SECTION PREMIÈRE
SUJET DU DtSGOUBS DE LÀ CËAÎRE.
Le sujet du discours judiciaire et du discours politique est une question de fait, de droit ou d'utilité, provoquée par un fait actuel et contingent. Ces discours ne traitent du genre ou de l'espèce qu'indirectement ou occasionnellement , pour aller plus loin ; l'orateur de la chaire s'arrête dans la catégorie de l'espèce ou du genre. Dans cette éloquence, la question individuelle, et même la question actuelle, ne manque pas, mais elle reste voilée ; cette partie du procès se traite dans l'ombre, dans le secret de la conscience de chacun. Ce qui paraît, c'est le générique et le constant.
Du reste, c'est toujours, de quelque nature qu'elle soit, une question qui s'enferme dans les bornes d'un discours. C'est dire d'avance la première règle ou la première condition du discours de la chaire; c'est dire que son sujet est un.
OHAPITRE I".
tJNltÉ DD SUJET.
L unité est un besoin inhérent à l'esprit humain. Nous ne voyons le vrai, le bien, le bonheur qu'où nous voyons l'unité.
Nous voulons, en morale, un principe moteur et directeur ; dans la vie, la conséquence ; dans les institutions, l'harmonie ; dans la poésie, une idée ; dans l'histoire, un point de vue ; dans l'univers, une seule raison de tous les effets.
Sous le nom d'unité, ce n'est pas l'identité que nous poursuivons ; là où il y aurait identité, l'idée même d'uiiité disparaîtrait ; il failt la pluralité pour donner lieu à l'unité ; les systèmes d'identité naissent de notre impuissance à trouver l'unité, et de notre répugnance à voir les choses sans liaison.
L'unité est essentielle à toute œuvre d'art, l'art luimême ayant pour premier objet de créer un tout par le rapprochement d'éléments dispersés (1). Quand on définirait l'art : l'ensemble des moyens pour faire une
(0 jérs À fotmé artus» — ' Af6>, adftpter ; — dlpa, donc, par conséquent ; — àf i, particule corroborante ; — Ap>3$, le Dieu de la force ; — àpen^, la vertu ; ~ dcprios, àecùmlpU, — Hafnnonie a la ifaftme élymologic.
i8 UNITÉ DU SUJET.
chose, on serait ramené à la même idée; car fairef c'est réunir, comme défaire^ c'est séparer.
Toute œuvre d'art est une œuvre de subordination et de coordination. Le premier emporte le second. Tous les éléments subordonnés à un même principe sont par là même coordonnés entre eux.
L'unité, dans les œuvres de l'art, ne consiste pas seulement à ne pas faire entrer dans un même tout, dans un assemblage, des éléments contradictoires, mais à rapporter toutes les parties à un même centre, à un même but. Ce sont deux degrés de l'unité. On pourrait appeler le premier unité négative^ et le second unité positive.
Le discours oratoire réclame encore plus impérieusement l'unité.
N'étant pas lu, mais entendu, il lasserait bien vite l'attention, s'il l'obligeait à se porter successivement de plusieurs côtés.
Ne durant, comparativement à d'autres productions, que peu de temps, il lui est moins permis d'entretenir l'auditeur de plusieurs sujets.
Appelé à agir sur la volonté, il gagne, sous ce rapport, à se concentrer dans une seule pensée. Il y a la même différence entre un discours plein, mais incohérent, incertain de sa direction, ou indiscipliné, qu'entre une multitude et une armée. Les pensées les plus fortes, mais sans lien commun, se nuisent les unes aux autres, et d'autant plus qu'elles sont plus fortes. Il faudrait des esprits bien forts pour tirer profit de ce qui n'est pas un, ou de ce qui ne se réduit pas de soi-même