EXPLICATION DES FAITS
La narration et la description peuvent se fondre Tune dans l'autre ; mais la seconde prend souvent la forme de la première, qui est plus oratoire (1).
La narration et la description ont leurs avantages respectifs. — L'une a plus de vivacité et de mouvement ; l'autre fait un corps de tous les éléments homogènes.
Nous n'avons pu méconnaître, que la narration et la description, dans le discours évangélique, sont en général auxiliaires ou subsidiaires. Elles ne sont qu'indirectement la matière du sermon. Ce sont des éléments, des matériaux pour la démonstration.
§ U. — > Explication des idées.
Entendons-nous sur le sens que nous attachons au mot A' idée.
Une idée, en général, est une vmc de l'esprit, la vue d'un fait très particulier comme de tout autre. C'est le fait réfléchi dans l'esprit, l'objet dans le sujet. Sous ce rapport, il se trouve que nous avons déjà parlé des idées dans le paragraphe précédent, en tant que la narration et la description cherchent à donner une idée des faits.
Mais nous prenons, dès à présent, le mot d'f(tte dans un autre sens. Il ne s'agit plus pour nous de la
nouvelle édition ; Massillon, sur le Jugement universel, tome I, page 33, édition Lerèvre, 1823; — sur la Férité de la religion (\i fin), tome I, page 145; sur let Tentations des grands, depuis : « Sa gloire, Sire... » tome I, page 565.
(i) Voyez Massillon, sur la Divinité de Jésus-Christ, tome 1, page 95, co hume 1, édition Lefévre.
lâi EXPLICATION DES lUËSS.
vue intellectuelle des faite concrets, mais des élémente purement intellectuels, au moyen desquels nous nous faisons cette idée, ou nous nous procurons cette vue, et sans lesquels nous ne pourrions pas nous la pro* curer*
Uidée, dans ce sens, ne se rapporte à aucun point déterminé du temps et de l'espace, quoiqu'elle puisse, par abstraction, avoir été dégagée d'une multitude de faite similaires accomplis dans le temps et dans l'es* pace ; elle est leur loi commune, elle est un fait générique ; elle est dans toute proposition (car l'idée n'existe pas hors de la proposition) l'attribut séparé de tout sujet, l'attribut substantifié : « Le monde est grand, » — « grandeur- » Le temps et l'espace ne sont plus pour rien.
Pour dire : Lb monde t$t grande ou pour appliquer l'épithète grand au substantif mondes ne fallait-il pas avoir préalablement l'idée de grandeur ? Sans doute. Il est vrai qu'on pourra dire que cette idée n'est pas née avant les objete ou avant leur impression sur nous. Sans ces objete, sans l'impression que nous avons reçue, elle n'aurait pas pu naître, non plus que l'idée de toute qualité. La qualité, la manière d'être, présuppose l'être. Mais, d'une autre part, on peut défier les objete et les sensations de faire naître dans l'esprit humain aucune idée générale, s'il n'y a dans l'esprit humain quelque chose d'antérieur, que nous n'appellerons pas idée, mais forme ou catégorie, que les impressions extérieures ne créent pas, mais dont elles nous font apercevoir. Quoi qu'il en soit de ces formes
SXPLICATION BBS îtiiËS, |83
antérieures à tout, il reste certain que, de quelque manière que nous ayons acquis des idées générales, il nous est impossible sans ces idées, sans les idées, de tirer aucun parti des faits, ni pour la pensée, ni pour la vie. C'est avec les idées que nous jugeons, mesurons, manions les faits. Un fait n'a jamais une forme, un nom, qu'au moyen d'une idée préalablement acquise. L'idée est la lumière dans laquelle, de toute nécessité, il fout voir les faits ; et plus elle est générale et haute, mieux elle les éclaire ; les grandes idées sont les plus propres à illuminer ou à dessiner nettement les faits sur l'ombre de notre ignorance. — D'ailleurs, la destination des faits, leur usage est de nous conduire vers les idées, de nous élever jusqu'à elles ; toute notre dignité est là ; et plus ces idées sont générales, c'est-à-dire, plus sont nombreux les groupes de faits qu'elles embrassent, plus nous nous élevons. L'idée de Dieu est la plus haute et la plus noble parce qu'elle embrasse tout, et que par delà il n'y a rien (1). Ainsi ridée apparaît tour à tour comme moyen et oomme but. L'idée est, d'un côté, la condition ou le
(t) Au lieu de ce paragraphe, nous lisons dans une rédaction plus ancienne, le oioroBaii raiTant» qu'il nous paratt utile de reproduire :
« Remarquons ici rimportancc des idées. La philosophie a reconnu qu'en sens • absolu, ridée précède le bit. L'esprit humain, atant toute expérience, présente « dans son intérieur un certain nombre de moules ou de matrices, sans lesquels les *t faits ne pourruent le pénétrer, ou resteraient sans forme, ce qui est la même « diose. RécfproqiiiemeMt, ces moules ou cea nuArioes resteraient étemeUeiiieiit in- «k tbcoaéê. Ces moules ou ees matrices sont les idées premières, les tLttributM prc- « miers H fJondamentaux dont se composent tous les autres. Ces attributs ou prédi- ^ CM8 ■i'atteBdem, pour ainsi dire, que des si^ets; mais ancune proposition, au- % cm jugenent ne peut, sa» eux, édore dans l'esprit humain.
« Or, ce que nous disons des idées priniliTfli et pwfiiitflnieiit aimpief, wma le
I U BULICATiON DBS ïùiBS»
moyen de la connaissance des faits/ le levier à Taide duquel nous les soulevons et les détachons du sol, ou^ si Ton veut, la lumière dans laquelle nous les discernons et les mesurons. Elle est, d'un autre côté, le but même de la connaissance des faits. Â travers les faite, nous voulons arriver aux idées, qui n'en sont pas seulement la représentation, mais la loi, et qui sont, en Dieu, les vrais faits, les faits suprêmes, dont les faits proprement dits ne sont que l'expression ou le symbole.
Que les idées jouent un rôle important dans la religion et dans la prédication, cela est évident. La religion, fondée sur des faits, se résout en idées.
La prédication s'occupe surtout des idées de la religion.
Les faits, nous l'avons vu, se racontent ou se décrivent. — L'idée, comme idée, se définit, en d'autres termes, se classe.
La définition est définie par l'étymologie du mot. Elle marque les limites de l'idée. Pour définir positivement la définition, disons qu'elle enseigne de quels éléments se compose l'idée totale. Elle consiste dans le rapprochement de plusieurs idées générales, dont l'une est restreinte par les autres. Quand l'idée est, pour ainsi dire, fortifiée, retranchée, de manière que.
M disons pareillement, et proportion gardée, de tout ce qui peut s'appeler idée, « c'est-à-dire de tout attribut séparé de tout si:ûet et substantifié. Ces id^ secon- « daires ne sont pas nées sans le secours ou le concours des faits; mais une fois « nées, elles deviennent la norme ou la mesure d'autres faits. Un fait n'a jamais «« une forme, un nom, qu'au moyen d'une idée préalablement acquise. » — Ici les deux manuscrits se rejoignent, (Éditeurs.)
.BKI^LKAIION DRS IDÉES. i 85
de tous les côtés, elle repousse les idées qui voudraient se mêler à elle, l'objet est défini.
Il ne faut pas confondre la définition et le jugement.
La définition ne fait que constater l'identité ; le jugement exprime un rapport. — La définition est une proposition analytique; le jugement est une proposition synthétique. La définition ne fait que décomposer l'objet ; le jugement compose , ou ajoute à la notion de l'objet, pris dans la totalité de ses éléments constitutifs, celle d'une qualité quelconque.
La définition veut faire connaître ; le jugement veut taire apprécier. — Toutefois, bien souvent, la définition fait apprécier, et implique le jugement ; et le jugement équivaut à une définition partielle. — Il ne faut pourtant pas confondre avec la définition ces jugements qui font ressortir avec force un des caractères d'un objet, et ne sont destinés qu'à exciter à son égard tel ou tel sentiment. — Exemples :
■*- c( L'existence de l'homme est le rêve d'une om- « bre. »
— « L'histoire de l'Église est l'histoire de la vérité. »
— « Les rivières sont des chemins qui marchent « et qui portent où l'on veut aller. »
— « Le beau est la splendeur du vrai . »
•^ « L'hypocrisie est un hommage que le vice rend « àla vertu. »'
— a L'envie est un hommage maladroit que la mé- ^ diocrité rend au mérite. »
— « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de ^ la nature ; mais c'est un roseau pensant. x>
186 BXrtIGÀTION DBS IDltlS.
-— « La vie est un combat dont la palme est aux « cieux. ))
— u La raillerie est un discours en faveur de notre « esprit centre notre bon naturel» »
— « Le temps est le trésor du pauvre. »
-*- « Un courtisan est un homme qui n'a ni bon* a neur ni humeur. »
— « Le temps, cette image mobile de l'immobile a éternité. »
— « Un tombeau est un monument placé sur la li* « mite de deux mondes, p
— « La nature est le trône extérieur de la magnifi- « cence de Dieu. »
— « La charité est Taccomplissement de la loi. »
— « On peut définir le vice le sacrifice de l'avenir « au présent. »
-« ti Hiêiaria testis temporum » lux verUatis, ntA c( memoricBy magistra viU»t nantia vetustaUs. 7> (Gici*
feOff.)
Quand la notion de l'attribut n'épuise pas celle du sujet, et qu'on ne peut pas indifféremment mettre l'un pour l'autre, ce n'est pas définition , c'est jugement. — La satire aussi définit à sa manière. — Ainsi U Rochefoucauld a défini la modération « une crainte de « tomber dans l'envie et dans le mépris que méritent i( ceux qui s'enivrent de leur bonheur; » -^-^ et La Bruyère a défini la gravité « un myât^ du corps des^ a tiné à cacher la faiblesse de l'esprit. » «-^ Selon Diderot, « la liberté religieuse est pour chacun le droit (c de persécuter à son tour, n i-^ Il est dair qu'il s'agit
BIf UGATION ras IDÉES . 187
ici de la fausse modération, de la fausse gravité, de la fausse liberté.
Une définition est bien un jugement, mais un juge* ment qui renferme ou qui engendre tous les jugements qui, en un moment quelconque, peuvent se porter d'un objet. Et réciproquement, en réunissant tous les jugements qu^on peut, en un moment quelconque, porter sur un objet, on a la définition.
Nous. pouvons donner ce nom aux propositions suivantes:
*- «c L'adresse est la juste distribution des forces «qu'on a. d {Montesquieu.)
— « La droiture est une pureté de motif et d'in- « tention qui donne la forme et la perfection à la vertu, «et qui attache Tâme au bien pour le bien même. » (Plichier.)
— <c Une armée est un nombre plus ou moins con- « sidérable d'hommes armés et rassemblés sous un chef
< pour défendre leur pays, ou pour attaquer^ dans l'in*- « térétde leur pays, une contrée étrangère. » (Fléchier.)
1 *** « La reconnaissance est la mémoire du cœur
< (le ressentiment des bienfaits reçus). »
^ « L'univers est une sphère dont le centre est « partout, la circonférence nulle part* »
•* a La foi est une vive représentation des choses ( qu'on espère, et une démonstration de celles qu'on « ne voit pointé » (Hébreux, XI, 1 .) (1).
(0 Voiries exenipleâ do définition tirés de Cicéroii dans la note de RoHin sur 'lotion, tome I, page S40, deQcmtiLiEN, lib. Y, csp. X, âe Locis argumen-
188 EXPLICATION DBS 1DBB8.
Une définition peut se compliquer d'un jugement, ou renfermer un jugement explicite : « La mort est Ja (c fin de ce rive inquiet qu'on appelle la vie. y>
Tout discours commence ou est censé commencer par la définition de Tobjet, à moins qu'il ne soit très connu — Presque jamais il ne l'est bien. — Et lorsqu'il est connu, il n'est pas distinctement présent à l'esprit de la plupart des auditeurs.
[ Cicéron rejette la définition formelle, comme présentant quelque danger par la rigueur dont elle a besoin, comme sentant trop l'école, enfin comme pouvant difficilement entrer dans l'esprit de l'auditeur qui n'a pas le temps de s'arrêter (1). « Au reste, dit Marmon- « tel, tous les genres d'éloquence n'exigent pas les « mêmes précautions que le plaidoyer, où l'agresseur « et le défenseur doivent être sans cesse en garde, et « frapper et parer presque en même temps. Ainsi la
« définition est moins critique et moins périlleuse
« dans le genre de l'éloge, ou de la délibération (2).»] Mais il est toujours nécessaire de se définir exactement l'objet à soi-même.
La définition n'est pas seulement un moyen de é^ té, un élément d'instruction, la base de l'argumentation : c'est souvent un commencement de preuve (3). — Au moins, la démonstration est ferme et assurée à proportion que la définition a été exacte et claire. Ainsi la définition du mot Uen dans Romains, VIII, 28:
(i) Cicéron, De Oratore, U, 25.
(2) Marmontel, Éléments de littérature, tome II, article Définition.
(3) Voyez QuiNTiLiEN, liv. V, ch. X.
EXPLICATION DBS IDiSbS, 488
« Toutes choses concourent ensemble au bien de ceux « qui aiment Dieu. »
La définition est directe ou indirecte: directe, lorsqu'elle va droit à l'idée; indirecte, lorsqu'elle y arrive par un détour.
La définition directe peut être stricte ou développée. Dans le premier cas, qui est celui de la définition proprement dite , elle se réduit à l'indispensable, ayant soin de ne rien omettre. Dans le second, on répète, sous des formes diverses, les termes mêmes dont la définition se compose (1), ou bien on les définit, ou encore on divise la matière de chacun de ces termes, ce qui est une énumération des parties (2).
La définition directe est tantôt simple, tantôt comUfée. Elle est combinée quand elle se complique d'une autre définition, par le rapprochement d'une idée ou différente, ou opposée, ou semblable, ou voisine, ou plus particulière, ou plus générale (3), etc.
La définition directe peut enfin être descendante ou
(i) Exemple : « Le monde,. c'est la créature prise en eUe-même, c'est tout ce *<|U passe, c'est tout ce qui n'est pas Dieu. »
H Voyez BoDRDALOUE, Avant, Sermon sur la récompense des saints, le com- ■neement de la seconde partie. (Édition Lefèvre, tome I, page 5.)
(3) La définition combinée a la forme
a) ou d'une distinction, — Une chose est ceci et non pas cela. Ainsi le monde, ^ le sens de i Jean, II, 15, ce n'est point Fensemble de l'humanité, ni l'ordre de )t création, ni le tumulte de la société. (Voyez la définition du courage dans VOmiton funèbre de Turewne, par Fléghier.)
i)oa de \ exclusion. — On définit le vrai zèle par les caractères du faux. (Voyez ^ Tartufe, acte I, scène YI.)
e) ou de la comparaison -^ avec les semblables {assimilation). Remords, repentir.
d) ou de là différence entre l'espèce et le genre. — République, démocratie; - •"wur-propre, vanité ; — justice, équité. ') ou de la preuve même de rexistenoe de Fobjet.
190 BXPUGATION DIS ID<I8.
asœndante. La forme descendante eat la plus oràmain La forme ascendante ou régressive consiste à oonstruir Tidée^ ou, si l'on veut, à en faire la genèse.
Ces différentes formes peuvent encore être combi nées (1).
Voici quelques règles sur l'emploi de la définitio directe.
l"" Ne pas donner à la définition trop de place dar le discours, dont il faut craindre de rompre le mouv( ment.
2"* Éviter les distinctions et les classifications trc subtiles, qui supposent chez l'auditeur une grande h bitude de l'abstraction et une connaissance délicate à la langue.
3"* Ne pas recourir sans nécessité à la définition for melle (2) ; -^ lui donner autant que possible la forme de la construction ou de la discussion (3) .
4** Ne pas vouloir tout définir. Ainsi :
a) ce qui est bien connu, et bien présent à l'esprit de tous ;
b) les idées qui sont trop simples, parce qu'elte sont la substance même qui sert de base commune à toutes les idées, les molécules organiques de la pensée
(0 Voyez RKmHARD, sur VSmbarroê {Sermons pour 1793,) sermon n, et Hil* srLtON, Carême, Sermon fur VtmmutàbiUté de la loi de Dieu, le eoromn» ment de la seconde partie. (Tome I, page 459, édition Lefèvre.)
(2) Si Pon eiamlne lee œuvres des maîtres, on verra que la définition (OrmeHeol rarement celle qu'ils préfèrent. Gomme ils prouvent en définissant, ils é(tixkÊ0 en prouvant. Leurs définitions sont rarement une stagnation du discours; on ne H entend pas dire comme l'Intimé dans les Plaideurs :
... Puis donc qu'on nous permet de prendre Haleine, etc.
^3) Voyez Ghrtsostome sur la vaine gloire.
BXPtlCATIOIf DUS IfitiSS. 49i
et du discours, quelque chose qui ne peut pas se définir puisqu'il ne peut pas se décomposer, et qui se définit par la vue même de l'objet ou du fait, non par des mots;
c) les idées qui, tout à la fois, échappent et répugnent à la définition, à cause de la sphère élevée ou toute morale à laquelle elles appartiennent. Leur nature se sent plutôt qu'elle ne se conçoit. On les définit . en renouvelant l'impression qu'elles ont produite. On les connaît, on les voit, quand on les sent (1). — La Bible définit formellement peu. Des idées prises audessus de la région de l'observation physique ou morale prennent, par analogie, le nom des rapports du monde visible et humain : Dieu est le père des esprits ; Jésus-Christ est V époux de l'Église. La métaphore est le seul nom de ces choses.
Enfin, quand les idées suffiraient pour faire comprendre les idées, cela ne donnerait pas des choses cette intuition vive, nécessaire au plus grand nombre des esprits. Alors, il faut remplacer ou compléter la méthode directe, dont nous avons montré les différentes fiwmes, par la méthode indirecte, qui consiste à traduire l'idée dans des faits, de telle sorte qu'on puisse raconter ou décrire l'idée comme on raconte ou décrit le fait. -— Remarquons seulement que cela, à propre* ment parler, ne remplace pas la définition, mais y supplée ou y amène. Il n'y a, en matière d'idées, que les termes abstraits qui puissent être exacts. On peut définir l'idée,
(i) Sens vaste el philosophique du mot connattre dans la Bible.
i92 JtXPUCAtlON DBS lùiBê.
a) par ses . symptômes extérieurs ou ses manifo lations(l);
b) par individualisation ou forme concrète ( penan' nificationjy en évitant toutefois l'abus du portrait (2); ,
c) par des exemples historiques ; — Via brevis p«r exempla. Aucun peut-être ne se superpose ligne pour ligne à l'idée ; mais en prenant dans chacun des faitai ce qu'ils ont de commun et laissant le reste, on construit ridée. Il n'est pas même nécessaire d'en citer plur sieurs (3). Mais il faut que le fait cité définisse, que les éléments^essentiels de l'idée y apparaissent distmctement.
d) par le rappel d'une situation ou d'une expérience faite par les auditeurs euxHoaêmes ; — la définition devient drame (4) .
e) par la mise en scène de l'orateur lui-même qui se place dans la position dont il veut donne: une idée : « Je ne sais, dit Pascal, qui m'a mh a au monde, ni ce que c'est que le monde, ni qu( « moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de
(i) Voyez la description de ForgueU dans Bourdalove, Pensées sur âivers Mjets de morale et de religion. (Édition Lefèvre, tome m, page 416.)
(2) Voyez la description du pénitent par Massillom, Carême, sermon sur Ufttit n&mbre des élus. (Édition Lefëvre, tome 1, page 302.)
(S) Abraham et Lot.
Alexandre et son médecin, [grandeur d'Ame.]
L'anecdote, racontée par Diderot, [du curé, qui ayant insisté auprès d'un oicier pour l'engager à prendre part à une collecte en faveur des nécessiteux de b paroisse, reçut un soufflet et insista de nouveau en disant] : « Ceci est pour moi; mais pour mes pauvres? »»
[Le trait de ce nègre, qui, interrogé sur les motifis qui FengigeaJent à doMtf des soins à un vieillard, répondit] : «c Massa, c'est mon ennemi. »
Voyez Hébreux, XI, 4, 5, 7, 8, il, 17, 20, 21, 22, 24, 29.
(4) Voyez BosscET, Premier sermon pour la fête de tous les saints {Sermaïf choisis, page 493) ; et Germond, dans le Recueil de sermons de divers mtutf/rev évangéliques du canton de Faud, page 246.
nruc4TioR DIS iDiss. 103
m toutes choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps,
<c que mes sens, que mon âme, et cette partie même
<c de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion
a sur tout et sur elle-même,' et ne se connaît non plus
« que le reste. Je vois ces effroyables espaces de Tuni-
< vers qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin
c< de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je
« suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pour-
« quoi ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est
« assigné à ce point plutôt qu'en un autre de toute l'é-
« ternité qui m'a précédé, et de toute celle qui me
« suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts,
« qui m'enferment comme un atome, et comme une
«ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout
«ce que je connais, est que je dois bientôt mourir;
« mais ce que j'ignore le plus, est cette mort même
« que je ne saurais éviter (1), etc. »
f) par une parabole. [Jésus-Christ a souvent usé de cette forme d'enseignement, et il semble que ce soit une des meilleures pour nous aussi, si nous pouvons . résister au désir d'y faire de l'esprit. Au reste, la parabole n'est qu'une prolongation de la métaphore, dont il faut toujours se servir pour expliquer les grandes choses. Si l'expression propre est finie, la métaphore est infinie. Il est des choses qu'on ne peut comprendre que par l'ébranlement de l'imagination (2).]
(0 Pascal, Pensées, Partie II, Art. II des anciennes éditions tome H, page 9; *<fition Faagère.
(2) Parabole d'Éphrem, syrien. — Bridaine, cité par Maury, Éloquence de la ^re, XX. — Voir aussi dans les Discours sur quelques sujets religieux, 1« ^m intitulé : Les trois révtiU^
On évite la définition tormelle^ mais on ne suppi ni ne mutile la définition; souvent tout cela ne qu'y introduire; et^ quoi qu'on fasse, alors mêmie le prédicateur semble le moins préoccupé du soa définir, il met tous ses soins à donner, directemen indirectement, une notion distincte, une intuition ^ de l'idée.
Autant qu'il est possible, la définition doit sollic et mettre en mouvement les forces libres et viws rame. — La définition parfaite serait celle qui k à la fois connaître, comprendre^ sentir et croire.