‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 65 sur 110 · DÉCLARATION DU DESSEIN · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU DESSEIN

« sans qu'il s'en aperçoive. Il dit même en termes force mels, car je m'en souviens, qu'il doit cacher jusqu*au a nombre de ses preuves, en sorte qu'on ne puisse les i< compter, quoiqu'elles soient distinctes par elles- « mêmes, et qu'il ne doit point y avoir de division du « discours clairement marquée. Mais la grossièreté des « derniers temps est allée jusqu'à ne point connaître « l'ordre d'un discours, à moins que celui qui le fait « n'en avertisse dès le commencement, et qu'il ne « s'arrête à chaque point (1). »

[ « Les harangues de ces grands hommes (Démosce thène et Cicéron), dit le même auteur, ne sont pas « divisées comme les sôrmons d'à présent.. . Les Pères « de r Église n'ont point connu cette règle... Lespré- « dications ont été encore longtemps après sans être « divisées , et -c'est une invention très moderne qui c( nous vient de la scolastique (2) . »

[Gaichiès , sans être aussi absolu , incline vers la même opinion, a Le prédicateur, dit-il, ne pourrait-il « pas quelquefois s'affrancàir de la servitude des divi- <c sions? Faut-il qu'il promette toujours tout ce qu*il <( veut donner î Les Pères ne 9*y sont pas assujettis. « Ils proposaient leurs sujets et conduisaient leurs « discours jusqu*à la fin, sans en distinguer les par* «ties(3).»

[Mais la plupart des maîtres, dont plusieurs sont aussi des modèles et avaient pour eux l'expérience,

(1) FÉNELon, Dialogues sur l'Éloquence, deuxième dialogue. > (2) Ibid.

(3) Gaicdiès, Mtmmes sur le ministère de la chaire, lit. H, chap. V.

ET BNONCÉ DU PLAN. 3(l9.

penchent, ou même se prononcent formeHement pour le procédé contraire ; ils n*admettent que comme exception ce dont Fénelon ferait volontiers la règle.

[HiiffeU, partant du fait, selon lui bien général et Men constaté, que la moitié des auditeurs, surtout à la campagne, se trompent sur le sujet même du discours mtendu , et n'en remportent que des points de vue accidentels et particuliers, insiste sur un pro(îédé qui a pour effet de les retenir dès l'entrée dans une certmne ligne, de leur faire prévoir de partie en partie ce qui doit suivre, et de les empêcher de prendre les chemins de traverse pour la grande route (1).

[Théremin s'exprime ainsi : « On peut, à la fin de « Texorde, annoncer les deux ou les trois parties qui « renferment tout le développement du sujet ; car pour- «quoi ne pas profiter de cette occasion comme de « toute autre , de venir au secours de l'attention de « l'auditeur, et de lui faciliter la conception de l'en- « semble? Si son attention est appelée à de trop grands « efforts, ou bien elle se relâche tout à fait, ou bien il « n'y a d'effet que sur l'intelligence et non sur la ^ volonté, ce qui est aussi fâcheux que si aucun effet « n'avait été produit. — Si cet usage n'est pas observé « par les anciens, s'ils n'annoncent pas, en général^ « la division de leur discours , cela peut provenir de «-deux causes. D'abord, leur marche leur était plus ou ^ moins prescrite par l'occasion même de leur discours, « circonstance qui n'existe guère pour l'orateur de la

(OticFFELL, Vber dos Jf^esen und den Beruf des evangelischrchrUtUchen ^^^^tlichen, tome I, page 294.

370 DÉQLMUTION DU DISSiKlN

<K didhie ; ^MmUtie cette marche était à peu près h « même dtns toutes les causes, il semblait inutile de « l'annoncer^ En second lieu, et cette raison me >pa- K ralt capitale, xine telle déclaration du {^n que Ttra K teur se proposait de suivre, aurait trahi tme étante « et une préparation, dont ils évitaient Vaippaieost « avec autant de soin qu'ils en mettaient à se donner « l'apparence 4e l'improvisation ; car ils avaient à iuie ut à un public soupçonneux , <[ui n'aurait attribué «ne « préparation de ce genre qu'à l'intention de te trcmw per. ïl en ert autrement de l'orateur chrétien, çjâ « peut toujours laisser pénétrer son loyal dessein, de « la ^couverte duquel il ne peu* rien résulter dans « l'esprit de l'auditeur que l'attente d'une instruiiioB it d'autant plus approfondie . L'oratear de la Kèadre « peut Bésfnmdns, danscetlains 'Cas, avoir ses rais^is « de 'taire son plan^ qu'il le taise alcws libreecient; car « ^tts doute il est toujours nécessaire de disposer m H pensées de fa manière la plus lumineuse «t la plus * convenabie au but, mais il n'ei^pate toujours néce»- « saire d'annoncer comment on les a disposées (1;).»1 Écoutons Ammon : « Après l'exorde vient l'éocmcé « de la proposition et de ses principales parties. C'est « <îe qtf on appelle la pmrtidon. Cette règle soofite « quelquie restriction dans les saumons analytiques.... « Mais dans les sermons synthétiques on ne devrai* « point s'en écarter : d'abord, parce que la partîlioB « détermine le point de vue d'où l'orateur se pr^K^

(1) TuÉREMiM, Du Beredsamkeit Hne Tugend, page 7S.

BT BNONCÉ DU FLÂIf • 874

4c d'envisaigeT la proposition ; ensuite, parce que c'est

« la meilleure manière de constater la justesse de sa

«( division ; enfin, parce que, à la faveur de la partition,

m l'anditeur, en possession d'une vue d'ensemble, suit

« plus fecilement le développement des idées, et re-

« trouve plus vite le fil du discours lorsqu'un moment

K de distraction le lui a fait perdre. L'orateur qui

41 énonce avec clarté et précision le thème de son dis-

€ODurs; qui, en tête de chacune des parties, énonce

M encore les propositions secondaires qu'il veut en

€ faire sortir; qui, ensuite, les développe avec soin et

€ tes accentue avec justesse ; cet orateur est sûr d'être

« parfaitement clair pour son auditoire, sans numéroter,

â comme le font quelques-uns, chacune des sections de

«son discours (1). »

Nous essayerons de résumer la discussion en la complétant par quelques considérations qui ne se trouvent pas indiquées dans les passages que nous ' ^vons cités.

On alloue en faveur de la partition : 1" que l'attention et l'intérêt de l'auditeur sont plus vivement excités fue par le simple énoncé du sujet (la partition en est ^ complément; le plan est quelquefois le vrai sujet) ; •^ î* qu'il lui est moins facile de se méprendre sur le sujet ou d'hésiter entre l'idée principale et les idées accidentelles ou de simple développement ; — 3* qu'elle ^àe l'auditeur à suivre la marche du discours et à rellt)uver son chemin, si un moment de distraction l'en ^ écarté ; — 4' que'elle prête secours à sa mémoire,

CO AVMOH» Ht^buch der Einleitung zur Kanzelberedsamheit, page tn.'

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