DES TRANSITIONS
uperposer exactement Tune à l'autre. « Des pierres : bien taillées, dit Gaichiès, s'unissent sans ciment.» lelte image est de Cicéron.
Mais c'est l'idéal, et* par conséquent l'exception. ious ne connaissons presque aucun chef-d'œuvre orar oire, et moins encore dans la chaire qu'ailleurs, qui •éalise absolument cette idée. Le ciment est souvent nécessaire. Il faut souvent, si l'on tient à ce que le iiscours ait de la continuité, jeter entre deux idées une iée intermédiaire, je veux dire commune à l'antécéente et à la subséquente. Ce sont ces idées interméiaires qu'on appelle idées de transition, ou siiaplement (Xïïtëitions.
Il vaut certainement mieux en faire usage que de îsser entre deux idées une lacune qu'on est à peu près ir que l'auditeur ne comblera pas.
Les transitions ont l'avantage de maintenir la connuité du mouvement, et de supprimer ces moments ^cheux où l'esprit, ne sachant que faire, s'amuse et B dissipe.
Lorsqu'elles sont bonnes, elles aident la mémoire à ^tenir la suite du discours. La manière quelquefois frappante dont deux idées ont été liées, est elle-même ^lûe idée qui porte et représente les deux autres.
Voilà les avantages des transitions. Mais l'art de la ^sition, art presque imperceptible, n'est pas uu ^sans difficulté. In tenui labor. Boileau le savait bien, ïuand il disait que La Bruyère avait évité la plus grande Kfficulté en s'épargnant les transitions. C'est cet art 'es transitions que les connaisseurs admirent dans
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Y'Histoire des variations (1). Une idée qtielcxmque de transition n'est pas difficile à trouver; meiff une transition quelconque ne vaut pas mieux qm'une lacune, qu'une solution de continuité. Une bonne tranfttion réunit plusieurs qualités.
Elle doit être aussi simple et aussi courte que possible, sans avoir rien de dur et de brusque. C'est un contour, ce' n'est pas un angle et un coude; mais le contour ne doit pas être un détour. Ce n^est pas im discours intercalé dans le discours. Il ne faut pas que fidée subsidiaire efface les principales.
Elle tes effacerait encore, quelle que fât sa brièvclé, si l'idée qui sert de lien était aussi marquée que d»cune des idées qu'elle doit lier ; si le fil du discours, en cet endroit, était aussi fort, aussi épais qu'avant et après. Ce n'est plus une transition, c'est une digression.
Il feut néanmfoins que les transitions soient intéressantes, fortes et franches : intéressantes, en présentant une^ idée ou un rapport qui vaille en lui-même de l'attention ; — fortes, en liant un morceau à un autre, non par un accident du discours, par un hasard du langage, par un mot ; par Textrémité de l'idée, oui, mais non par l'extrémité de la phrase ; non par un côté étroit de l'idée antécédente, mais par une de ses ' faces les plus larges ; de face et non de profil ; — franches par conséquent, et non pas, comme dans Bourdaloue et dans Massillon, dues à quelque hasard
(i) TransitioDS de Delille, les maiSj. les cependant ; cela ne- yaut pas nieiii ^ les et, c'csl-à-dire des numéros, Il y a dans la Pitié, dit-on, soixante-seize ini» tions opérées par le mot mais.
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arrangé. Démosthène se passe plutôt de transition (1).
Quand on le peut^ il faut opérer la transition par une idée qui soit un sentiment ou un mouvement de rame (2).
Les transitions ont d'autant plus de grâce qu'elles paraissent plus sincères, et elles le paraissent sans doute d'autant plus qu'elles le sont davantage. Ironsnous plus loin, et dirons-nous qu'elles doivent être non-seulement sincères, mais naïves, c'est-à-dire involontaires et purement objectives? Nous n'irons pas jusque-là ; nous demanderons seulement que le lien entre les deux idées ou les deux arguments ait été créé sans effort et sans artifice, et soit né de la considération attentive des idées qu'il s'agit de lier. A vrai dire, les grands maîtres ne font que des transitions naïves ou n'en font point.
Il est inutile d'ajouter que la transition ne peut, en aucun cas, être employée pour donner l'air de l'ordre au désordre (3).
[En indiquant les sources ou motifs de transition, nous n'oublions pas que nous parlons d'idées qui ne s^engendrent pas les unes les autres, ce qui est la transition par excellence, ou ce qui dispense de toute transition. Ces motifs pourront consister dans l'aggravation de l'idée, ou l'indication d'un degré nouveau
(i) Voyez le discours Pro Corona; voyez aussi la manière dont il passe de la défense de sa conduite à une série de récriminations contre Eschine.
(2) Voyez BossuET, dans VOraison funèbre de la duchesse d'Orléans : «« La grandeur et la gloire !... »
(3) [Maury, dans son Éloquence de la chaire, donne de fort bons préceptes et de fort mauvais exemples sur les transitions.]
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d'intensité, ou d'une extensiou de l'idée ; — dans la confirmation de l'idée précédente par la suivante ; — dans la distinction, l'opposition ou la subordination de deux idées; — dans une objection; — ou enfin, dans l'aveu de l'insuffisance de l'argument dans un cas donné.]