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soixante ans, C'est sous les voûtes de cette même église, sur le clavier des mêmes grandes orgues quil s est journellement fait entendre, on peut se demander si un exemple analogue s est jamais produit et si, exemple plus singulier et plus touchant encore, une longue ex15tence d'artiste s est écoulée plus harmonieusement que la sienne. Ces soixante années d'activité professionnelle, Eugène Gigout les a traversées sans que la solidité de son talent, la vivacité de son imagination, l'élévation de son esprit aient été Jamais effleurées. Si j'ajoute que la dignité, le charme de son caractère, la bonté de son cœur, son incroyable modestie ont également défié les ans, tous ceux qui le connaissent m approuveront. Mais ce que je puis personnellement aflirmer cest que, intellectuellement et moralement, le Gigout d'aujourd hui, depuis longtemps célèbre , est bien le même que le laborieux, l'exemplaire, l'exquis camarade d'école de jadis : Gigout na Jamais changé.
On sait combien sa sûre technique, sa brillante virtuosité, sa surprenante faculté d'improvisation, la noble tenue de ses compositions, ont suscité d'admira-
tions ferventes.: À la faveur des-notes qui vont suivre,
notes biographiques ou anecdotiques que Je dois à la tendre piété d'un témoin de sa vie, on saura mieux quel haut intérêt prirent au développement de sa carrière des personnalités, telles que Gounod, que César Franck, que Camille Saint - Saëns et on connaîtra mieux aussi par quelle longue suite de succès la réputation de Gigout s'étendit et se répandit au delà
de Saint Augustin, au delà de Paris et au delà de
la France.
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D ul Cohseratous comportent, comme toutes choses ici-bas, une part de soucis et une part de satisfactions. Parmi celles-ci, je nen ai jamais éprouvé de plus vive que le jour où j'ai pu appeler dans notre grande institution Vincent d'Indy, fondateur et directeur de la Schola Cantorum, laquelle passait alors pour une école rivale, et Eugène Gigout, héritier direct des doctrines de Niedermeyer. J'étais certain de l'éclat que l'un et l'autre ajouteraient
» e e e à l'enseignement du Conservatoire ; on a pu juger que
: IAA ILe ” - À Je ne meétais pas trompe. Cependant, le Jour ou la
candidature de Gigout à la succession de Guilmant fut discutée devant le Conseil supérieur, je crus apercevoir, chez quelques-uns de ses membres, peu documentés peut-être à l'égard de l'orgue et des organistes, une certaine indécision. Absent de Paris à ce moment- 3, Saint-Saëns mavait exprimé par une lettre les vœux quil formait pour le succès de Gigout. Cette lettre, je ne manquai pas de la communiquer au Comité. Elle se terminait par ces mots : «€ Il serait déplorable que Gigout ne fût pas nommé, car il est, sans contestation possible, le premier organiste de Paris. » Une telle appréciation de la part de celui qui, au temps où il émerveillait ses auditeurs de la Madeleine, était, lui, le premier orgamiste de Paris, une telle appréciation, dis-je, ne pouvait être que décisive et Gigout, à ma grande joie, fut nommé professeur d'orgue au Conservatoire.
Mais pour la mieux connaître encore, reprenons maintenant l'existence de notre ami depuis son premier jour.
Eugène Gigout est né à Nancy le 23 Mars 1844.
Dean Se ee jolie vois do
Brant
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Eucène GIGOUT Élève à NEcale Niedermeyer
les solos quil avait l'honneur de chanter à la cathédrale — où il était élève de la maîtrise — principalement dans les vieux Noëls Lorrains.
Remarqué par l'Evêque de Nancy, aumônier de l'Empereur, ce petit enfant de chœur qui, à dix ans,
1 ARS , suppléait alterna-
l'année de sa première communion tivement au grand et au petit orgue ses maîtres Hess et Bazile Maurice, n'eut pas de peine à être admis à | « Ecole de Musique Religieuse >, récemment fondée par Niedermeyer.
Il y entra à l'âge de treize ans. Ses progrès furent si rapides que l'année suivante, en 1858, il joua à la distribution des prix de l'Ecole qui, cette année-là, eut lieu exceptionnellement à la salle Pleyel, la
? 7 d'ä a pas cesse d être
fameuse Fugue en Ré, de Bach, qui n le cheval de bataille des organistes - virtuoses. Cette fugue, exécutée avec une admirable maîtrise sur le
nouveau pédalier de la célèbre maison, ne manqua
1 Dans le ÆManuel de Prières qui servit au jeune Eugène Gigout le jour de sa première communion, se trouve une pensée musicale émanant du curé de la cathédrale de Nancy et datée de 1864. Au verso, un autre autographe du curé actuel de la cathédrale, écrit à l'occasion de l'inauguration des travaux de restauration du grand
orgue, porte la date de 1921..: Deux dates qui ne manquent pas d'intérêt.