C. Involontaires et inconscients
3° Les mouvements involontaires et inconscients peuvent acquérir, dans certains cas, une énergie extraordinaire, si bien qu'on est tenté d'attribuer à une force étrangère les effets qu'ils produisent.
C'est cette dernière proposition qu'il convient maintenant de développer, attendu que l'inconscience du mouvement chez certains individus est l'explication de certains phénomènes dits de spiritisme.
C'est encore M. Chevreul qui le premier, en 1855, a présenté cette hypothèse, et Fa rendue très vraisemblable.
Il est assurément très facile de dire que, dans un cercle d'individus placés autour d'une table et touchant la table, toutes les fois que la table tourne ou se déplace, il s'agit d'une imposture. Mais, pour facile qu'elle soit, l'explication n'en est pas meilleure. Ce serait une vraie absurdité que de considérer comme des menteurs ou des farceurs tous ceux qui ont fait tourner ou mouvoir des tables. Qu'il y ait des imposteurs parmi les spirites de profession, ce n'est malheureusement pas douteux — et j'en ai vu pour ma part quelques uns. — Mais en dehors de ces cas spéciaux (assez rares , il faut le reconnaître) , on rencontre quelques individus dont la bonne foi est certaine, qui, en appliquant les mains sur uneHable et en ne faisant aucun mouvement volontaire, finissent par obtenir des mouvements de la table et même des mouvements intelligents, en ce sens que ces mouvements peuvent donner des réponses et des conversations.
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Il faut débarrasser ce phénomène de l'auréole de mystère dont on a cherché à l'entourer. De fait, presque toujours, rien n'est plus simple que ces mouvements intelligents de la table ; ce sont uniquement des mouvements inconscients du médium.
Nous avons dit plus haut que, parmi les gens qui se soumettent à l'expérience de M. Cumberland, il en est un certain nombre non susceptibles <le mouvements inconscients, involontaires.
Eh bien ! ceux-là mêmes qui peuvent involontairement et inconsciemment traduire leur pensée par des mouvements de la main, ceux-là, et ceux-là seuls, sont des médiums. Encore ne le sont-ils pas tous, et n'y a-t-il guère de véritable médiums que ceux qui ont des mouvements inconscients très forts.
Voici alors ce qu'on voit survenir. S'ils appliquent leurs mains sur une table légère, la plus petite pression fera mouvoir la table, à leur grand étonnement, puisque cette pression n'est ni voulue ni consciente ; et ils s'imagineront que ce mouvement de la table est dû à une force mystérieuse quelconque.
Cette force mystérieuse est simplement leur action musculaire. Et en effet, quoi qu'en disent plusieurs expérimentateurs, victimes, je crois, de quelque illusion, on n'a jamais pu constater de mouvements de la table quand il n'y avait pas de contact direct musculaire entre le médium et l'objet matériel.
On doit donc faire rentrer dans l'ordre des phénomènes normaux et simples les phénomènes dits spiritiques ; mais cela n'empêche pas qu'ils soient très intéressants à étudier. Le spiritisme envisagé ainsi constitue une méthode précieuse pour l'étude non seulement des mouvements, mais encore des pensées inconscientes.
En effet, ces mouvements inconscients ne sont pas livrés au hasard : ils suivent, au moins lorsqu'on opère avec certains mé-
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diums, une vraie direction logique, qui permet de démontrer à côté de la pensée consciente, normale, régulière, du médium, l'existence simultanée d'une autre pensée collatérale qui suit ses périodes propres, et qui n'apparaîtrait pas à la conscience si elle n'était pas révélée au dehors par ce bizarre appareil d'enregistrement.
C'est ainsi que, si l'on place un médium à une table, on pourra, après avoir fait des questions, obtenir des réponses. Réponses logiques, déductives, qui surprendront le médium lui-même; car souvent il ignorera les faits révélés par sa mémoire inconsciente, et traduits en mouvements par ses contractions musculaires inconscientes.
Je le répète, il serait d'une extrême absurdité d'attribuer à la supercherie tous ces résultats. En effet, ainsi que beaucoup de personnes, j'ai pu constater lamédifonfiité {\)\us ou moins parfaite) chez nombre d'individus dont la bonne foi était tout à fait incontestable.
11 faut être prudent dans les négations ; il faut nous méfier du scepticisme exagéré qui régnait il y a une trentaine d'années dans les sciences psychologiques. De fait, s'il y a par-ci, par-là, quelques fourbes, il y en a moins qu'on veut bien le dire, et, en général, il n'y a pas de mauvaise foi voulue.
Cependant, à côté de la mauvaise foi voulue, il y a une sorte de mauvaise foi inconsciente dont il faut grandement se défendre.
Pour peu qu'on s'observe soi-mêm^, si l'on pratique ces expériences de tables tournantes, on verra à quel point il est difficile de ne pas exercer de pression inteUigente pour faire marcher l'expérience dans le sens que l'on désire. 11 faut vraiment avoir un certain empire sur soi, pour ne pas donner une manière de coup de pouce qui fera réussir.
Si cela est vrai des individus qui, ainsi que moi, n'ont pas de
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mouvements inconscients, quelle ne doit pas être, pour le médium de bonne foi, la difficulté de séparer ses mouvements conscients volontaires des mouvements inconscients qu'il produit sans le vouloir?
Il était donc très important de soustraire à la conscience du médium les mouvements que produit son inconscience. On aura ainsi, si l'on parvient à éliminer tout phénomène de conscience, les phénomènes inconscients dans toute leur simplicité.
M. Chevreul avait précédemment indiqué un procédé très simple : c'est de fermer les yeux et de tenir à la main le pendule explorateur. Mais, dans ce cas, précisément la tendance au mouvement disparaît par le fait de l'occlusion des yeux qui dirigent ce mouvement. Quand on ferme les yeux, on ne déplace plus le pendule.
J'ai pu employer un procédé plus compliqué pour obtenir ainsi ces réponses inconscientes, soustraites à la conscience de celui qui les produit, et ne pouvant pas être modifiées par l'intervention de mouvements conscients.
Pour cela, voici comment j'ai procédé Soit une petite table autour de laquelle se trouvent placées plusieurs personnes, trois personnes, je suppose, E.,D., C, parmi lesquelles un médium^ (de fait ce médium était un de mes amis, non un médium de profession). Ces trois personnes rangées en demi-cercle ne peuvent voir que de côté ou d'une manière incomplète la table où est l'alphabet. L'alphabet est c^ché derrière un grand carton. Deux autres personnes, A. et B. sont placées à l'autre table. A. désigne avec le doigt, sans bruit, successivement, les lettres de l'alphabet, et B., sans que A. ait parlé, inscrit sur un carnet les lettres qui répondent à tel ou tel soulèvement de la table.
\. J'ai donné une description détaillée du procédé expérimental. Revue philosophique, décembre 1884, pp. 653 et suivantes.
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Le soulèvement de la table est indiqué par une sonnerie électrique, de telle sorte que le mouvement d'un des pieds se trouve instantanément révélé par la sonnerie.
Voici alors comment se fait l'expérience. L'alphabet est disposé de sorte qu'il est masqué et visible seulement à A. etàB. Quant à E., C. et D., ils ne prêtent aucune attention à ce que font A. et
B. Ils causent, parlent, discutent, récitent des vers : pendant ce temps, A. suit sur l'alphabet caché les différentes lettres. A un moment la table se soulève et la sonnerie marche : alors A. se remet à parcourir l'alphabet silencieusement — B. a pris note de la lettre correspondante. — C, D. et F. qui sont assis à la table continuent à parler d'autre chose, ignorant absolument quelle a été la lettre écrite, et ainsi de suite, jusqu'au moment où une série de mouvements rapides et répétés de la table indique que la réponse est terminée.
Il se trouve alors, et c'est toujours à la grande surprise de
C, D., E., que cette réponse a un sens et que c'est une phrase véritable. (Bien entendu, il arrive souvent que les lettres sont confuses et sans aucun sens.)
Ainsi , dans les expériences qui réussissent, les lettres n'ont pas été dites au hasard, et les mouvements inconscients du médium ont eu pour résultat des phrases tout entières, une véritable conversation qui depuis le commencement jusqu'à la fin a été complètement soustraite à sa conscience.
Ce qui donne à ce phénomène l'apparence du merveilleux, c'est qu'on ne comprend pas bien comment les mouvements de A., qui suit l'alphabet, peuvent être connus du médium C, que ce soit à l'état de conscience ou d'inconscience. Certes, je ne suis pas en état d'en donner une explication adéquate; mais il me paraît cependant que, si faibles que soient les mouvements de A. pendant qu'il suit l'alphabet, ces mouvements ne sont pas sans bruit. Ils
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peuvent à la rigueur être plus ou moins discernés, si C. est assis un peu de côté. Quoique C. ne porte pas son attention sur les mouvements de A. et quoiqu'il ne puisse pas voir l'alphabet, il a la vague notion, par le bruit ou par la vue, du rhythme produit. C'est donc un rhythme qui lui est plus ou moins connu, et, alors, inconsciemment, il épelle l'alphabet suivant le même rhythme ; de sorte que sa réponse inconsciente s'exprime par des lettres qu'il a inconsciemment et mentalement épelées.
Nous iavons cherché, mes amis et moi, à développer et perfectionner cette méthode ; mais nous ne sommes arrivés à aucun bon résultat. En employant un alphabet circulaire ou un alphabet disposé en ordre confus, ou en opérant dans une chambre voisine, ou en séparant par un grand paravent la table à réponse de la table à alphabet, nous avons échoué. Peut-être n'en eût-il pas été ainsi, si notre camarade C, qui était le médium, avait montré quelque persévérance. Mais ces expériences finirent par l'ennuyer; et de fait, elles étaient aussi longues que fastidieuses, bien souvent infructueuses et sans aucun progrès apparent; de sorte que depuis un an je n'ai pas pu décider C. à reprendre, d'une manière quelque peu suivie, ces études peu attrayantes pour lui.
Les réponses sont d'une extrême banalité. Elles sont, le plus souvent,, niaises, banales, et fréquemment aussi ordurières.
J'en donnerai quelques-unes, telles qu'elles ont été obtenues, c'est-à-dire sans modifier les lettres que B. a inscrites au fur et à mesure de la réponse de la sonnerie électrique. On remarquera que souvent ces réponses ont besoin d'être corrigées, c'est-à-dire qu'il y a souvent des lettres erronées et que c'est fréquemment la lettre voisine qu'il faut prendre pour obtenir une réponse intelligente \
i. Les lettres ea grandes capitales indiquent la réponse réelle. Dans la ligne
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tab t que vous aurez des ijdees
G.H.N.U.E.S.S.H.G.A.U.I.O.H. V.O.U.S. N.A.R.R.H.V.E. DI.V..TI..T..+ !..
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