PREFACE IX
Ces témoignages sont grands. Louis Yeuillot en a reçu de plus grands encore. Pie IX a dit de lui: a Veuillot a toujours été avec moi; c'est a mon ami»; c'est une colonne de l'Eglise. » Aussi, dans les circonstances les plus solennelles, ce grand pape l'a-t-il protégé par des actes publics, et le vit-on ratifier cette parole de l'un des évéques lesplusfermes elles plus justement illustres de notre temps, M"" Parisis: « U Univers est une grande institution catholique.» Pie IX mort, les encouragements de Rome ne cessèrent point. Lorsque Léon XIII, après son élection, daigna me recevoir, son premier mot fut à l'honneur de mon frère et de son œuvre.
Louis Yeuillot, dont on a prétendu faire un homme de rupture et de haine, a toujours voulu l'union ; mais il la voulait dans la vérité. C'était pour convaincre, etnonpour vaincre, qu'il combattait. Ce militant si redouté eût plus volontiers été un pacifique. Quiconque l'a connu sait avec quelle facilité, quel abandon, son cœur s'ouvrait, et combien il souffrit de certaines luttes. Montalembert l'indigna souvent, et cependant il ne put cesser de l'aimer. La haine n'entra jamais dans son cœur. Il frappait le méchant, il écrasait «la béte d'encre», pour protéger les bons et les faibles incapables de se défendre eux-mêmes, et non pour le plaisir de faire une exécution.
Dès 1841, au moment où il entrait résolument et définitivement dans les combats de la presse, il m'écrivait: « Les hommes sont vraiment mes frères. Je les aime et je les plains, et il ne me viendrait jamais à la pensée d'en accuser un seul, si je n'espérais par là servir tous les autres et le servir lui-même. » Vingt-six ans plus tard, en relevant YUniçerSy il exprimait le même sentiment: ce Plaise à Dieu que jamais un mot tombé de nos lèvres ne puisse détourner lésâmes! plaise à Dieu que jamais une défaillance ne nous empêche de prononcer le mot qui pourrait les éclairer! » Puis, lorsque déjà le mal qui devait nous le prendre l'étreignait, et qu'il jugeait en chrétien qui va mourir l'œuvre de sa vie, il me remit avec son testament quelques notes où il disait: «Que tous ceux