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actuels et celle que nous menions au moyen-âge. La féodalité, telle qu'elle existait chez nous, est, à peu de chose près , le gouvernement présent des peuplades de TAmérique septentrionale et de TOcéanie. La royauté y est ordinairement héréditaire, Taristocratie y existe partout, et les places de chefs sont réservées à un petit nombre de familles privilégiées qui traitent leurs sujets comme nous traitions les serfs et comme nos colons traitent leurs nègres.
Dans quelques îles, la caste noble appartient à une autre race, probablement celle des conquérans : tels étaient les Francs et les Gaulois. Là, comme partout, les classes aisées sont plus belles et plus fortes que les castes pauvres. La misère et Tcsclavage n'améliorent aucun peuple, ni moralement ni physiquement.
VIEILLARD, VIEILLESSE. Capricieux et fantasque, le vieillard reprend tous les penchans, tous les entraînemens , tous les abandons de Fenfant, hormis la gafté. Cependant, il a souvent son insouciance, son ignorance de l'avenir. S'il craint la mort, c'est avant l'âge de la décrépitude; mais rendu à ce point, il ne s'en inquiète plus, il n'y croit même pas. Dans cette situation, le vieillard n'est pas malheureux.
Il ne l'est pas non plus quand, avec la conscience de sa faiblesse physique et des souffrances qui l'accompagnent, il a conservé sa puissance morale. Il voit cette mort comme un terme à ses maux , et il l'attend avec résignation.
Nous avons blâmé le peu d'égard que le siècle avait pour la femme; il est un dédain plus lépréhensible encore : c'est celui qu'il a pour les vieillards. Ceci est un signe indubitable de la décadence du sens mo|*al d'une
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nation. A l'apogée de leur grandeur, c'est-à-dire de \m raison, tous les peuples que l'hisloire honore ont respecté les vieillards.
Il est pénible de dire que c'est un de nos grands écrivains et même de nos grands philosophes, Molière, qui a contribué le plus, en France, à ridiculiser la vieillesse et à affaiblir le respect filial. Chaque fois que cet auteur met un vieillard en scène, il nous le montre vicieux oa imbécile, et souvent l'un et Tautre.
Nous dirons, pour excuser Molière, qu'en ceci il suivait moins son goût que celui du public qui, entiché de la littérature grecque et latine, voulait encore trouver du grec et du latin dans nos comédies de mœurs. Molière a donc imité les Grecs et les Latins : Térence et Plaute , restaurés et fort embellis , mais non moralises , ont revécu dans ses pièces.
La mode de bîtfouer la vieillesse date donc, en France, de cet auteur qui l'avait prise des anciens déjà corrompus et décroissans. Mais chez ces anciens , chez ces Grecs, chez ces Romains, tandis que les poètes chansonnaieat les ancêtres, le gouvernement avait du moins le bon sens de les honorer et de les défendre.
Chez nous , tout au contraire , le gouvernement s'est mis de la partie , et quand un homme a atteint les limites de rage mûr, quels que soient sa supériorité réelle, sa science , son génie même , il est censé incapable et mis à la réforme, au grand détriment de nos affaires; enfin, il n'y a pas dans nos codes, si on retranche l'hôpital et le droit d'y entrer , une dispositioa en faveur des vieillards. Aussi voyez comme on les traite en fin mille et comme on les re^it dans les lieux publics i On les y tolère , mi|is c'est tout. Alle^ donc proposer à ce fashionable ipberbe de céder sa place au théâtre, fût-ce à Nestor lui-même , il fous rira au neg , et (cTna coup de coude il r^ettera Nestor à la porte.
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Comment compter sur Tavenir d'un peuple qui n'a pas e bon sens de covaprendre que la boue qu'il jette au ront de son père, son fils l'attachera au sien? Honore ■on père, si tu veux vivre; voilà surtout ce qu'une naion ne devrait oublier ni en politique ni en morale.
VIEILLIR. La vieillesse n'est que l'enfance d'une autre rie. Vieillir, c'est rajeunir, c'est se rapprocher d'ime exis- ;ence nouvelle , d'un état de bien-être dont nous ne »ommes sdparé que par un corps usé et cacochyme. La nort n'est que la crise qui amène le renouvellement de 'enveloppe. La mort, c'est le rajeunissement de la vie.
VIN FRANÇAIS : FALSIFICATION. On ne boit jilus de vin français à l'étranger ou l'on en boit peu. ?ourquoi ? Est-ce qu'il n'est pas bon ? — 11 est excellent. — Est-ce que l'étranger ne l'aii^e pas ? — 11 l'adore. — Bs|-C€ que les droits sont trop chers ? — Ils sont généralement modérés. — Pourquoi dope l'étranger n'en demande-t-ii plus , ou ne l'achète-t-il pa$ quaiiid nous lui en portons 9ans qu'il le den^nde?
— Pourquoi? Je vais vous le dire: c'est que nous le trompons, c'est que nous le volons; c'est qu'au lieu de riogt-cinq bouteilles par caisse , nous ne lui en livrons que vingt-trois: c'est qu'au lieu d'un litre dans chaque bouteille , nous ne mettons que soixante-neuf centilitres ; p'est qu'au lieu de bon vin, nous lui donnons de la pipette et quelquefois pis, car la piquette est innocente, mais le vin du commerce est empoisonné: le campêche en fait la couleur, la Htharge le bouquet.
Les conséquences sont toutes simples : mettez de côté ta loyauté, et votre ruine est proche.
Ce discrédit ne se borne pas aux Tins: vos draps, considérés comme les meilleurs de l'Europe , sont aujourd'hui tenus pour les plus mauvais, parce que pour gagner davantage, vous les avez fait tels. 11 en est ainsi de bien d'autres choses.
De ton les ces fautes, nos voisins profitent. Partout où ils voient que nons débitons des marchandises médiocres, ils en offrent d'excellentes et à moindre prix, dûssenlils y perdre. Mais ils n'y perdent pas long-temps, car dès qu'ils nons ont exclus du marché, ils vendent aussi cher qu'ils veulent; mais toujours ils vendent de bonnes choses.
Si nous voulons que l'étranger rende à nos produits l'estime qu'il leur portait, il faut que nous leur rendions la qualité' qu'ils avaient ; il faut que le gouvernement y tienne la main et qu'une expertise sévère, à la sortie de France , y déjoue les fraudes de toute nature. Tout le monde y gagnera , même celui qui voulait frauder, car il sera obligé de mieux faire , et il assurera ainsi un débouché constant à son industrie.
Quand nous aurons pris des mesures contre les fripons qui exploitent l'étranger , nous ferons bien d'en prendre aussi contre ceux qui exploitent la France. Je ne vois pas trop pourquoi nous serions drogués , sophistiqués, empoisonnés, volés, pour que mon voisin le cabaretier devienne gros seigneur ou membre du conseil général ; j'aimerais autant qu'il parvînt au même résultat par toute autre voie.
Quand on nous vend , par exemple , du cheval pour du bœuf , de l'eau de craie pour du lait , du poil de chameau pour de la laine de cachemire , etc. , n'ai-je pas le droit de me révolter?
— Dénoncez le coupable , me dira-t-on. — Bien. Mais en perte de temps et en frais, j'aurai doublé mon propre mal sans venir beaucoup en aide à celui d'autrui , car
si je gagne mon procès, ce qui n'arrive pas toujours, le falsificateur sera condamné à vingt-cinq francs d'amende, c'est-à-dire à la cinquantième partie de ce qu'il a gagné à sa falsi6cation qu'il peut renouveler quarante-neuf fois sans y perdre ; et c'est ainsi que sa condamnation , en tranquillisant sa conscience, devient pour lui une sorte de garantie ou de prime d'encouragement.
Ajoutez qu'il va dire partout que je suis un dénonciateur, et- que son avocat, pour arrondir sa période, me traitera de mouchard en pleine audience : de façon que ce sera moi le volé, et non pas lui le voleur, qui sera mis au pilori de l'opinion.
Ne pouvant donc le poursuivre sans danger pour ma bourse et mon honneur , j'aime mieux lui débiter un petit sermon : cela ne lui fera pas grand mal et me fera du bien à moi, en me rafraîchissant le sang. Je lui dirai donc : « Mon cher voleur , avec la moitié de la peine que vous vous donnez pour être un fripon, vous pourriez être un honnête homme , et probablement en étant honnête, vous gagneriez le double de ce que vous gagnez à ne l'être pas.
• Par conséquent, lorsque vous croyez me duper, il arrive bien souvent que vous vous dupez avec moi , et quelquefois même que vous vous dupez tout seul. »
 ceci il secouera la tête et me montrera son magasin bien fourni et son cofifre plein. Je ne dirai pas non , car la chose est palpable , mais j'ajouterai : tout ce qui luit n'est pas or , et j'en reviendrai à mon idée que c'est lui qui est volé.
11 y a deux moyens à peu près sûrs d'être toujours dupe en ce monde, c'est de tout croire, ou bien de ne rien croire. Oui, les trois quarts des embarras où l'on se trouve dans la vie marchande comme dans toute autre, viennent de ce qu'on n'a pas dit la vérité ou qu'on n'y a pas cru.
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li est des gens qui ëproarent le besoin de tromper; il y en a d'autres qui ne peuvent se passer de Tare. C'est tant pis pour les uns comme pour les autres, mais surtout pour les premiers.
Eu défini live, une tromperie est toujours un maiiYSis placement ; on y met du sien. Maïs y gagnerait-on en ce monde, il est à la fin un grand règlement de compte, un grand résumé final où tout individu est aune, coiiipté, mesuré, pesé pour ce qu'il vaut. Alors, cehii -qui croyait avoir fait bien des dupes reconnaît qu'il n'en a fait qu'une seule: luir-méme,,
La morale de ceci , mon très-affectionné foumisseir , est que vous me vendiez toujours de bonne narchandise, au meilleur prix possible.
yiNAIQRETTE. N'allez pas croire que te vinaigrette dont il s'agit ici ait quelque rapport avec ce mélange de bœuf froid et de persil, reste du bouilli de la veille et qui/ remplace le rôti dans les lieux où il B>f a pas de broche; non, la vinaigrette est un véhicule qai tient le milieu entre la litière et la chaise à porteur, et qui circule au moyen d'un quadrupède en deux volumes: Tun tire et Tautrc pousse. Ce quadrupède, en partie double, qui n'a jamais été décrit par Buffon m par aucun naturaliste , ne ressemble pas aux autres animaux : il est vêtu comme vous et moi, et fuaie sa pipe comae' un homme. L'espèce se nomme vinaigrier , et Piudivida Jacques , Pierre ou François , selon le goût ou la faitaisie de son parrain , car s'il a des enfaas , on les baptise.
La vinaigrette sert aujourd'hui encore, juillet 185t, ao transport des naturels nobles ou bourgeois d'une de nos bonnes villes de France, lorsqu'ils vont au bal, an spe&-
Ucle , voire même à J'ëgUse. C'est une boîte carrée montée sur deux roues , avec un brancard dans lequel se met la partie du quadrupède qui tire , taudis qu'à Farrière de la boîte se pose l'autre partie de Fanimal ou son arrière- train.
Le vinaigrier est ordinairement mâle; cependant il y en a qui sont hermaphrodites; c'est-à-dire qui sont homme et femme. Alors , le quadrupède s'appelle monsieur et madame: monsieur traîne et madame pousse.
De même qu'il existe des vaisseaux et des corvettes ou des naVires qui portent, les uns du trente-six et les autres du vingt-quatre, ceux-ci avec un équipage de cinq cents hommes, celles-là avec cent ou cent-cinquante, il y a aussi des vinaigrettes qui contiennent un bourgeois et. d'antres qui en contiennent deux, et parmi les bourgeois je comprends les bourgeoises. Quant a la manière de traîner , elle ne diffère en rien , et le quadrupède ne sMaforme pas plus de la nature du chargement que le mulet du sac de son ou de farine qu'on lui met sur le dos.
La vinaigrette est excessivement commode pour ceux qui sont dedans et à l'abri du vent et de la pluie. On arrive ainsi brouetté jusqu'à la porte du salon ou de la salle à manger. Cependant, la vinaigrette a aussi ses înconvéniens : comme le quadrupède ne va qu'au pas, il ne peut pas suivre le cheval qui trotte, et quand il sa trouve pris entre deux fringans équipages , il n'est pas à la Boce, non plus que celui, celle ou ceux qu'il charrie. Si» dans un moment d'effroi, il lâche le brancard, il en résulte que la boîte tournant sur l'essieu , comme la terre sur son axe, les pieds de la personne voiturée se trouvent, en une seconde, précisément au point où était sa tête, et si le vinaigrier n'est plus là pour abaisse! le brancard , force est au voyageur de rester dans œtte
position assez peu commode , surtout pour les dames. Mais heureusement qu'un tel accident n'arrive pas toas les jours , et qu'on est presque certain de ne pas faiije son entrée au bai en faisant le poirier, comme disent les gamins , c'est-à-dire la tête en bas et les pieds en haut.
En 1848 , quelques philosophes de la veille s'imaginèrent que traîner une voiture ravalait l'humanité, et que s'il était loisible à un électeur , à un ëligible de pousser une brouette , il ne l'était pas de s'y atteler : ils voulurent donc supprimer les vinaigrettes. Mais il aurait fallu d'abord supprimer les vinaigriers qui, plus amis de la soupe que des votes et trouvant l'ëtat bon, prétendirent que le premier droit du citoyen était de vivre de son métier quand il était honnête , et qu'il n'était pas plus dégradant de porter un homme sur son dos qu'un chien sous son bras.
Ce raisonnement convainquit tout le monde ; les 'vinaigrettes furent décorées de la devise sacramentelle: Liberté, Egalité, Fraternité, Comme par le passé, les nobles et les bourgeois s'y emballèrent librement, et les vinaigriers s'y attelèrent fraternellement.
VINGT-CINQ FRANCS PAR JOUR (Avril 1848). C'est trop ou trop peu.
Trop pour vivre, et pas assez pour faire fortune. Ce n'est qu'un incitant à vouloir la faire sans rien faire.
A ces vingt-cinq francs, que gagne un homme riche? — Un bon dîner par jour.
Qu'y gagne un ouvrier? — Un bon dîner par jour peut-être aussi , avec la perspective de trouver le sien , celui de sa femme et de ses enfans , mauvais pendant tout le reste de sa vie.
— Mais il économise , et met de côté viugt francs sur vingt-cinq.
— Autre inconvénient, car cela ne durera pas toujours. Alors, ce ne sera plus seulement son dîner qui lui paraîtra mauvais , ce sera son salaire comme ouvrier ; ce sera le prix de son travail comparé avec la rémunération de ce qui, pour lui, n'est pas un travail, tranchons [e mot, de ce qu'il gagnait sans rien faire ; car, en bonne conscience, que fait et que peut faire, dans une chambre législative, celui qu'aucun précédent, qu'aucune étude, iju'aucunc connaissance des hommes et des choses n'ont rendu apte à y siéger? 11 n'y fait rien, ou il y fait pis que rien : il bâille ou il crie.
Est-ce à dire qu'il faille l'en exclure? Pas le moins du monde. Avec leur ignorance et leur nullité , je préfère encore les ouvriers aux parleurs éternels , aux avocats brouillons , car si ces ouvriers ne font pas avancer la raison , du moins ils ne la font pas reculer : ils sont slagnans , mais non rétrogrades. On ne doit donc pas leur fermer les portes de la chambre ; seulement, il faut leur donner les moyens d'y entrer utilement eu aidant à leur instruction , à leur développement moral , et y envoyer un homme , non point parce qu'il est ouvrier , mais parce qu'il y est propre , parce qu'à défaut de science et d'esprit, il a au moins du bon sens. Mais le malheur fait que parmi les ouvriers, ce sont précisément ceux-là qui , par déliance d'cux-m«!mes et peut-être des autres» ne veulent pas y aller. J'en pourrais citer vingt preuves.
Revenons à la question du salaire. C'est un mal , puisque cette réfection quotidienne de vingtrcinq francs assimile une magistrature à une œuvre à la tâche, à un métier manuel.
Cest un mal aussi parce qu'elle devient un incitant
pour les spéculateurs , les affamés , les fricolcurs , catégories nombreuses et agiles quMl faudra ajouter à cette des ambitieux parmi lesquels se recrutaient naguères presqu'exclusivement nos députés qui avaient, du moins, le vernis d'hommes d'Etat et la dignité de leur ambition.
C'est un mal encore , parce que c'est un encouragement au commerce des votes.
• Un négociant, disait un journal, désire trouver one somme de cent mille francs ; il en céderait volontiers la moitié à celui qui la lui procurerait. > Ainsi dira le candidat à ses mandataires : nommez-moi, et partageons.
C^est un mal encore par le péché d'envie que ce bon lopin fait naître parmi les éligibles pauvres. N'y pouvant prétendre tous , ils ne veulent pas le voir à l'un d'eu. C'est principalement ceci qui, dans nos départemens, a empoché la nomination et même la candidature des artisans. — Est-il riche, disait l'électeur artisan lui-même? — Non. — Est-il artisan comme moi? — Oui. — 11 est pauvre, il est artisan, donc il n'aura pas ma voix.
Or, il la lui aurait donnée si ce salaire n'eut pas dépassé cinq francs. — Pourquoi ? — C'est que celte somme eut été plus en rapport avec le prix de ses journées; c'est que la distance de l'électeur à l'élu lui eut semblé moins grande; c'est qu'il en eut été moins humilié et, en imagination, moins pauvre; bref, le démon d'envie ne se fut pas mis entr'eux.
Ces inconvéniens ne sont pas les seuls , mais ils suffisent pour démontrer qu'il y en a plus d'un à payer les représentans.
— C'est un mal nécessaire, dira-l-on.
— Un mal n'est jamais nécessaire. Mais celui-ci peat être inhérent à l'éligibilité universelle : renoncer à Ton serait supprimer l'autre.
Faut-il donc détruire cette éligibilité et se priver dn
concours d^hommes utiles , seulement parce quMIs sont pauvres? Non, tout homme honnête et capable doit être éligible: le nombre nVn est déjà pas si grand pour qii^on en élimine. Dès- lors , une rétribution est indispensable. Ne pas raccorder à Pélu qui ne peut vivre sans elle , c^est , de fait , annuler son élection ; cVst lui prendre d'une main ce que vons lui avez donné de Pautre.
Si je conçois qu'on Taccorde à Phomme qui en a besoin, je ne m'explique pas pourquoi on la donne à celui qni peut s'en passer , et moins encore pourquoi la loi l'ohlige à la recevoir. Ceci n'est pas seulement une erreur, c'est un abus.
— Mais ne pas la recevoir, c'est humilier le pauvre.
— Prétexte.
— Mais c'est faire deux classes de députés, c'est mettre nnc démarcation enlr'eux.
— Mensonge. Cette démarcation n*existe-t-elle pas de fait? Le député qui a vingt mille francs de rentes et qui touche en sus vingt-cinq francs par jour, en a-t-il moins Tingt mille francs de plus que celui qui n'a que ces vingt-cinq francs? M. *** le comte, le marquis, le propriétaire millionnaire, est-il devenu l'égal de M. *** manœuvre ou domestique, parce qu'il touche journellement le même salaire? Non. M. le marquis a sa voiture, ses gens, et vit au premier, dans un vaste hôtel. M. le manœuvre, s'il a de la conduite , va à pied , loge au grenier et vit où il peut , à soixante-quinze centimes par repas.
Les vingt-cinq francs par jour n'égalisent donc rien. Ils servent à l'un à vivre, ce qui est juste; et à l'autre à satisfaire ses caprices, ce qui ne l'est pas, parce qu'en délinitive c'est le contribuable, c'est le pauvre qui {hic, et qu'avec ces vingt-cinq francs, vingt-cinq familles auraient peut-être été sanvées de la faim.
D'ailleurs, pourquoi vingt-cinq francs? Est-ce qu'un IV 20
homme, quels que soient son appétit et son ampteor» ne peut pas vivre et se loger avec cinq francs par vingtquatre heures? Est-ce que sur trente*six millions de Français , il n^y en a pas trente millions qui vivent à moins?
— Mais la famille des représentans pauvres , de quoi vivra-t-elle? — Eh ! bien, ajoutez cinq francs pour la hmille, en tout trois cents francs par mois, ou trois mille six cents francs par an. Quoi! n'est-ce pas assez? Mais comptez donc: de nos cent mille magistrats, fonctionnaires, employés, de nos cinquante mille officiers, il D*y en a pas six mille qui, après vingt-cinq ans de service, d'études, de travaux, de dangers, enfin d'un métier sonvent plus rude que celui de manœuvre , arrivent k ce traitement de trois mille six cents francs. Ne voyez-vous point que par cette magnificence, que par cette aisance obtenue sans travail, vous dégoûtez le pauvre du travail?
Quoiqu'il en soit, va pour les dix francs par jour, mais que TEtat n*en poie que la moindre part, et qoe les contribuables pauvres n'en paient pas une obole.
— Où les prendre, direz-vous?
— Où? dans la poche des représentans riches. Oui, ce sont eux qui doivent supporter la dépense de leurs collègues pauvres. Ah! citoyens représentans, vous prêches la fraternité: c'est donc à vous d'en donner l'exemple Entre frères, entre collègues, tout est commun tant qu'on siège ensemble.
Je taxerais donc les députés d'après leur revenu on leur traitement. Des sommes recueillies , je formerais une masse qui serait répartie entre tous, en raison in^ .ve^e de leur fortune : de façon pourtant que l'indemnité journalière accordée aux plus pauvres ne pourrait pis excéder dix francs, ni celle laissée aux riches descendre plus bas que cinq centimes.
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Si la chambre n*avait pas assez de membres riches pour défrayer tous les membres pauvres, l'Etat alors, et seulement alors, y subviendrait.
Mais une peur me vient : c'est que cette proposition ne paraisse auarChique et montagnarde. Quel autre, en effet , qu'un ^nemi de la république , peut trouver injuste de donner vingt-Kïinq francs par jour à celui qui en a déjà le double, le triple, le quadruple, et ceci pour rémunération de trois à quatre heures de séance journalièrct déduction faite des dimanches et fêtes, ainsi que des jours de promenade, de congé, de sommeil, etc., etc. Si l'on allait y voir une atteinte à la dignité de la chambre, une attaque au gouvernement, crimes prévus, etc., etc....
Assez , assez ; si j'ai failli , je me repens. Admettons que je n'ai rien dit. Je vote pour le projet contraire , ' c'est-ù-dire pour qu'on paie les représentans en raison directe de leur fortune, et d'autant plus grassement qu'ils seront plus riches, ce qui d'ailfeurs est conforme à l'ur sage. Quand vous donnez un pour-boire à un serviteur, il est toujours mesuré sur la fortune de celui qu'il sert : un franc au valet du fermier , cinq à ^ui du propriétaire , dix au laquais d'un ministre , vingt à celui du pr^ident du conseil : c'est le tarif ordinaire. Adoptez-le donc et jntitulez-le : chambre de 1848, tarif républicain.
VIPÈRE. Animal sans pattes, et aussi à deux pattes, deux mains et une langue.
Mous avons parlé des bécasses et de leurs coups de bec. ILes bécasses agacent, picotent, ^ratignent même, et si elles font parfois beaucoup de mal, c'est sans autre intention fpie d'en faire un peu et parfois même de n'en pas faire.
liais la vipère , celle à deux mains et à deux pattes , tue avec, la vohwtié de tuer , et die est d'autant plus
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dangereuse que rien n'annonce le venin quVUe porte. Souple, insinuante, elle s'approche de vous pour i^tudier rendroit sensible , l'endroit mortel. Puis , prudente à l'excès, elle vous fera piquer par une autre qu'elle aura piquée elle-même. En vous transmettant son venin par un interme'diaire, elle fera deux victimes d'un coup.
Cependant la vipère n'est pas une bête féroce, elle ne mange ordinairement qu'à sa faim. On ne peut pas non plus l'appeler rancunière , elle n'en veut pas plus à celui qui lui a fait du mal qu'à celui qui lui a fait du bien. C'est la mesure de son dard qu'elle veut prendre, c'est une expérience qu'elle désire faire; c'est un être qui se porte bien , qu'elle veut voir languir et mourir pour jouir de ses convulsions. On peut la comparer à un praticien opérant sur la vie, non pour l'avancement de l'art, mais pour l'agrément de la chose , pour le spectacle de la mort. Bref, la vipère aime les combats humains comme un autre aime les combats de coqs , de chiens ou de taureaux. C'est ainsi qu'elle méditera silencieusement les moyens de mettre deux individus aux prises, de brouiller le fils avec le père, le mari avec la femme , d'empêcher un mariage ou de faire naître un procès ; et tout ceci sans danger pour elle-même, car ce n'est pas par l'injure et la menace qu'elle y parvient, mais par un propos mielleusement empoisonné, par un mot à double entente, par un éloge même , par un avis anonyme , lettre sans signature et à l'écriture déguisée ou falsifiée. Tels sont ses moyens et ses armes.
La vipère est surtout redoutable quand elle se fait pamphlétaire ou journaHste. Malheureusement, c^est son état de prédilection , et l'on en rencontre de cette profession dans presque toutes nos villes, petites et grandes.
Chose bizarre! c'est qu'elle semble moins dangereuse dans ces dernières que dans les autres: la distraction
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et le mouvement des capitales offrent plus de moyens de neutraliser ses poisons. Mais dans les provinces, quand ses blessures ne sont pas mortelles, elles ne se cicatrisent pas; et les plus honnêtes gens ne peuvent effacer, même par les plus nobles actions, par toute une vie pure et intègre, la piqûre du reptile.
Il y a deux espaces de vipères : la vipère née vipère et qui pique par nature, et la vipère d'occasion. L'une pique pour tuer, Fautre pique seulement pour piquer.
Nous avons parlé de la première; nous dirons un mot de la seconde.
Cest une bête venimeuse sans doute, mais plus inconséquente encore: elle veut jouer et vous donner un petit coup de langue, et sa langue vous empoisonne sans qu'elle veuille trop vous empoisonner. Elle ne connaissait pas toute la malignité de son venin, elle s'en doutait seulement et n'était pas fâchée d'en acquérir la certitude.
Moins cruelles que les autres, ces vipères sont pourtant plus dangereuses. Il n*est presqu'aucun moyen de s'en préserver , parce qu'elles mordent sans que rien puisse faire prévoir leur morsure, et qu'elles atteignent ainsi ami et ennemi. On croirait que la surabondance de leur poison les oblige à s'en délivrer sur le premier venu et qu'elles le piquent, non pour lui faire du mal, mais pour se faire du bien et pour la conservation de leur précieuse santé. Vous avez donc moins à vous plaindre d'elles que de votre mauvaise étoile qui a voulu que vous vous trouviez sous leur dent quand leur accès les prend.
Les hommes traitent souvent les femmes de vipères; les femmes pourraient leur retourner le compliment, et peut-être se tromperaient-elles moins. Le fait est que la ▼ipère n'a pas de sexe ; elle pique parce qu'elle est méchante, et non parce qu'elle est homme ou femme.
Cependant , on pourrait faire une catégorie distincte
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des enfans vipères, car cenx-^ k sont «saDS qu'ils s'en doutent. Les blessures qu'ils font ne sout ni (es moins fréquentes ni les moins terrik^s , et la paix dn ménage a souvent été troublée par le gazouilUge de petits npéraux à peine gros comme une allofiiette. L^aspic se trouve ici caché dans un bouquet de fleurs ou un comeC de bonbons. Aussi, gens de tonte taille et de toute couleur, quand vous avez un secret^ ne le laissez pas deviner aux enfans, pas plus aux vôtres qu'à oeux des autres, et souvenez-vous des enfans terribles.
La conclusion de ceci , c'est que grande on petite , k vipère de la civilisation, la vipère des boudoirs^ ia vipère des salons, est infiniment plus redoutable que la vipère des broussailles. Cette dernière né pique que quand on l'inquiète , elle se défend et n'attaque point. Elle a , m outre , plusieurs bonnes qualités : de toutes les mères , c'est la plus tendre, la plus soigneuse; elle veille sur ses petits avec la sollicitude la plus tonchante; elle leur donne , au moindre danger , un refuge dans son sein , oui , elle les caclie dans ses propres entrailles : elle les avale; puis les dégorgeant, les rend à la liberté quand l'ennemi est* loin.
Elle est susceptible de s'apprivoiser , et ses caprices même ne sont pas dangereux , si Ton a le soin de loi faire épancher son venin on l'obligeant à mordre un morceau d'étoffe ou tout autre objet.
Mais il n'y a nul préservatif contre la vipère humaine; elle ne s'apprivoise qu'en apparence , et son venin ne tarit jamais.
Quant à ses petits , si elle eu a , eRe les apprend à darder leur langue , et elle s'en sert comme auxiliaires. C'est donc spécialement contre les vipères humaines qu'il faut vous tenir en garde, car elles ne sont pas même bonnes k faire de la thériaque.
ylVEUl^. Mot nouveau qui vent dire un homme qui aime à vivre; mais à vivre comme quoi ? Comme un imbécile et un goinfre.
Un viveur est celui qui, n'ayant que vingt francs, en mettra quarante à son dîner, et attrapera une indigestion qui lui en coûtera autant en drogues et en médecines.
C'est celui qui, dans un banquet, sera gris au premier service, impertinent an second, et souffleté ou dessert.
C'est un homme qui, admis dans une maison honnête, reçoit ordinairement l'invitation de n'y plus revenir.
C'est un homme enfin qui n'a pas assez d'esprit pour être aimable, pas assez de bon sens pour être utile, pas même assez de raison pour être heureux. En place d'avoir une maîtresse fidèle, il en a deux qui ne le sont pas. Au lieu d'avoir un bon cheval, il aura trois rosses.
Pervertissant tout ce qu'il touche, un viveur est une peste pour la jeunesse. S'il est militaire , il corrompt sa compagnie. S'il est bourgeois , il devient le fléau de la ville qu'il habite.
A-t-il un revenu , il mangera en six mois celui d'une année, et on trois ans le capital, puis il ira finir à l'hô" pital s'il est honnête, ou au bagne s'il ne l'est pas.
C'est, en toute circonstance, un animal fort ennuyeux. S'agit-il d'une aifoire sérieuse , il l'entrave par ses remarques saugrenues ou ses quolibets hors de propos. Dans une partie de plaisir , il répand rembarras et la méfiance, parce qu'on le voit toujours prêt à dépasser le but : son incessant bovardage , ses cris et ses éclats de rire vous étourdissent, et sa grosse joie vous attriste.
S'il a une certaine position sociale , s'il a beaucoup d'or surtout, il se croit tout permis. S'il n'en a plus, iï se le croit encore, parce qu'il n'a plus rien à perdre, pas même Thonncur.
Le viveur marié sera mauvais mari, mauvais père. S'il
n'est point trompé par sa femme, c'est qu'elle est laide ou qu'elle a une vertu plus qu'humaine, car il fait tout ce qu'il faut pour Têtre. Il lui raconte toutes les bonnes fortunes qu'il a et même celles qu'il n'a pas. 11 lui dira aussi celles qu'il compte avoir. Plaignez , après cela , le pauvre homme , s'il est sujet aux accidens et s'il crève d'une purgation arsenicale.
Quant à la physionomie du viveur, si toutefois le viveur a une physionomie , c'est celle d'un sensualisme grossier ou d'une tendresse alcoolique. Son costume, bien que des plus belles étoffes et du plus beau liuge, a toujours quelque chose de débraillé, sans avoir rien d'artistique ; il est le contraire de ce qu'on appelle tiré à quatre épingles; sa chemise est ouverte, son gilet déboutonné , sa cravate chiffonnée. 11 y a enfin , dans ses habits comme dans sa personne, quelque chose de flasque et d'abandonné: chez lui, tout traîne ou pend.
Nous n'avons parlé que du viveur de Paris; le viveur de province lui est encore inférieur. C'est un homme passant sa vie dans les cafés ou les estaminets; c'est, à proprement parler, un godailleur, sorte de bête gloutonne tenant autant du pourceau que de l'espèce humaine. Le viveur de Paris est débraillé, celui-ci est sale et puant.
Néanmoins , en province comme à Paris , il est une sorte de viveurs qui n'en ont que l'apparence et qui, sous l'enveloppe d'une grosse gaîté et d'une prodigalité de gestes et de paroles, trouvent le moyen de faire payer les autres. Ces viveurs parasites, spéculant sur la facilité des viveurs réels ou de fonds et sur la vanité des sots, les guettent partout, ils les amorcent au moyen de quelque avance de politesse ou quelque semblant de confidence et d'amitié. Ce sont eux qui vous consulteront sur des affaires qu'ils n'ont pas, sur des constructions qu'ils ne font pas faire, etc.
N'ayant eux-mêmes rien à vendre ni à acheter, ils se mêlent de toutes les ventes, de tous les achats, et trouvent quelquefois moyen de duper le vendeur et Tacheteur. Ce sont des industriels assez adroits pour ne jamais dépasser la ligne qu^alteint la loi ; ils friponnent dans le cerde des friponneries permises; ils sont ce que le peuple nomme: honnête homme tout juste, c'est-à-dire tout juste fripon.
Ce n'est pas qu'ils veuillent s'enrichir à ce métier; non, car alors ils rentreraient dans la catégorie des voleurs ordinaires; ils ne veulent que bien vivre sans qu'il leur en coûte rien , parce qu'ils ne peuvent bien vivre qu'ainsi, non peut-être parce qu'ils sont pauvres, mais parce qu'ils ne trouvent bon et savoureux que ce qu'ils ne paient pas.
Chose étrange! c'est qu'il en est qui se vantent de cette façon de faire, et qui sont aussi fiers de vous avoir vendu un chevnl taré ou un mauvais tableau, que s'ils avaient gagné un procès ou remporté une victoire. Oui^ ils sont heureux de vous avoir attrapé; et en disant partout que vous êtes leur dupe , ils croient se donner un grand relief. Bref, l'indélicatesse leur semble un jeu d'esprit; ils en font un passe-temps bien plus qu'une spéculation. La preuve , c'est qu'ils ne s'y enrichissent guère, et que s'il s'agit de grands intérêts, ils ne seront peut-être pas moins honnêtes que d'autres. Ils ne nieront jamais un dépôt , mais peut-être le dissiperont-ils en y puisant sou à sou : si bien que quand ils voudront vous le rendre, il n'y aura plus rien.
Il ne faudrait pas trop leur donner confiance, car en norale et en probité, lorsque le premier pas est franchi, on passe facilement au second. Je vons dirai donc, en confidence, qu'un viveur qui vit pour lui et à ses propres dépens , comme celui qui vit aux vôtres et même le viveur ad honores, sont également à fuir.
lY 20.
Ponr en finir avec !e Tivear et son histoire , nous dirons qu'assez souvent iî devient ivrogne dans sa vieil- * Icsse , s'il y parvient , chose assez rare , car à qnaranle ans , le viveur n'a plus ni dénis ni clievenx , et s'il m meurt pas lentement d'une gastrite on dn docteor , on le trouve nn matin dans le ruisseau, mort d'une apoplciie foudroyante ou d'une ivresse rentrée.
VOCABULAIRE. « Recueil ; liste des mots d'âne langue , d'une science , avec une explication succincte , dit le Dictionnaire. »
J'aimerais assez un vocabulaire des proverbes et des maximes. C'est un travail à faire. '
Aux proverbes et aux mots connus , on pourrait en ajouter quelques-uns de création nouvelle, et ouvrir un concours de pensées, de sentences , de remarques, de réflexions. Chacun y apporterait les siennes, et Ton choisirait. J'en Jette ici quelques-unes au hasard:
Marghbb. 11 vaut mieux bien marcher que courir mal.
PuDBUR. La pudeur est, chez la femme, la première de toutes les coquetteries.
Respirer. Quand on est content , on respire bien , on respire l'espace, l'univers, la vie.
Imprimerie. Il est des choses si nécessaires et en même temps si palpables et si simples, qu'on ne comprend pas qu'on ait été si long-temps à les découvrir: l'imprimerie est du nombre.
Causerie. On trouve souvent plusse plaisir à causer avec soi-même qu'avec les autres. Est-ce égoîsme? Non , c'est seulement parce qn'il y a beaucoup de mauvais causeurs.
Corbespondamce. Quand un coq chante, un autre lui répond. Le premier qui s'éveille donne le signal et , de coq en coq, ce màne chant fait le tour de la terre.
Crihibs. Antroiois, Ton nVxcDsait que les crimes da riche; aujourd'hui, Ton ne pardonne que ceux du pauvre.
Sonnette. Chez quelques peuplades nègres du Sennâp, on orne les enfans dos familles riches, pour les distinguer du peuple, d'une sonnette au derrière.
Puce. La puce est un animal qui aime Fombre. Les peuples qui vont nus n'ont pas de puces ; il est vrai qu'ils ont autre chose. Les nègres de certaines parties de l'Afrique redoutent fort de devenir les esclaves des blancs qui , disent-ils , mangent les nègres , et qui ont chez eux une petite bêle qui mange les nègres et les blancs.
Normands et Picards. Voici la différence que M. P** établissait entr'eux : quand le Normand sort de chez vous les mains vidos, il croit y avoir oublié quelque chose. Quand le Picard n'y a rien demandé ou rien obtenu, il croit que vous lui avez volé son temps.
Dents. Depuis deux siècles , les Européens se sont condamnés à n'avoir plus de dents, pour avoir le plaisir de se faire la barbe.
Frontière. D'un voisin défendant son ruisseau, à une nation défendant sa frontière , il n'y a que la différence du nombre, et le nombre n'est rien quant à la validité des raisons.
Mots. Les mots grandissent ou rapetissent les choses. La corruption des mots annonce celle des mœurs. Un peuple dont les habitudes sont pures n'attache que pea ou point d'indécence aux mots : c'est qu'en réalité , il n'y a d'indécens que ceux qu'on fait tels.
Douleur. La douleur s'use moins vite que le plaisir, mais elle s'use.
Si vous pouviez séparer le siège de la douleur da siège de la pensée, le malade ne souffrirait plus.
MuiT. C'est une situation anormale et toute de localité.
Dans certains mondes , dans le soleil par exemple , les habitans, s'il y en a, doivent à grands frais faire les ter nèbres, comme Ton fait le jour chez nous.
Iybesse. Qu'est-ce que Tivresse? — La vie se laissant aller à la matière. — Qu'est-ce que la matière? — L'absence de la pensdc. — Qu'est-ce que la pensée? — Le combat de la vie intellectuelle contre la vie présente ou matérielle, ou le combat de l'activité contre l'immobilité.
Volonté. Plus la volonté se divise, moins elle devient . exécutoire, ou d'autant plus son exécution est difticile. Le but de tout gouvernement est l'unanimité. Il faut donc gouverner de manière à n'avoir en présence que le moins de volontés possibles , ou le moins de divergence dans ces volontés.
Vie. La vie, c'est la variété des pensées et des sensations.
Le mouvement de la matière vient de celui de la vie, ou bien encore du défaut d'équilibre.
Destruction. Une vie nouvelle est-^elle cachée dans la destruction, s'est demandé je ne sais quel curieux ? Puis il a ajouté : nous allons le voir tout à l'heure ; et il s'est brûlé la cervelle.
Science. Génie. L'homme de génie sait tout sans avoir rien appris ; le savant ne sait rien qu'à force de rapprendre. Le génie, c'est la qualité d'un homme. La science, c'est la qualité du perroquet. Cependant, il est des cas où le perroquet se fait homme.
Spécialité. Un grand homme de notre temps est sonvent celui qui saura le mieux faire un éleignoir.
EspBiT. L'esprit et le bon sens sont deux choses fort différentes. Le jugement vaut mieux que Tua ou l'autre, car c'est le résultat de l'esprit et du boa sens réunis.
Poésie. La poésie n'est qu'un combat contre la stérilité de la pensée ou la pauvreté de la langue.
Sacrifice, Holocauste. Tout sacrifice, hors celui que nous faisons de nous ou de ce qui est à nous , est nn acte d'égolsme : on sacrifie autrui pour se sauver soi-même.
Idée. La durëe d'une idée , notamment quand c'est une sottise , n'a pas de terme : témoins certaines lois , certaines superstitions qui, pendant vingt siècles ou plus, ont résisté à Texpérience, à la raison, au témoignage des sens et de la réflexion , et qui y résisteront peutêtre vingt siècles encore. Le paganisme grec a vécu à peu près ce temps. Les religions persane, égyptienne, phénicienne, ont duré plus long-temps. Celle des Indoux, plus encore. Le mahométisme est nouveau , mais il a chance de longévité ; cependant , il passera à son tour.
VÉniTÉ. La différence de la vérité au mensonge est celle de Thomme aux choses , ou plutôt de Thomme à sa conscience. La conscience, c'est Dieu; l'homme, c'est l'être déchu, l'être condamné à vivre sur la terre.
DÉMONSTRATION. Toutcs Ics démonstrations de nos mathématiciens, astronomes, arithméticiens, sont seulement arrivées à prouver ceci : deux et deux font quatre.
MouvExAiENT. Le mouvement de la matière est défini, à mes yeux, par une balance dans les plateaux de laquelle on a mis deux poids inégaux qui tendent à s'égaliser.
Equilibre. Entre ces fauteuils rangés autour de ma chambre et ces astres suspendus là-haut, la différence est moins grande qu'on pourrait le croire. Les uns comme les autres sont d'aplomb , les fauteuils sur le plancher , ces astres sur l'éther ; et ils y sont par une cause identique : le contre-poids opposé au poids. Ces étoiles , si nous les supposons fixes ou immobiles, resteront pendant des siècles là où elles sont. Ces fauteuils n'y resteront que durant quelques jours. 11 y a là une inégalité de durée, mais rien de plus.
VOLONTÉ. La volonté ne sVveîlle que par la ué-
cessilé, le besoin ou la douleur; elle sVtend ensuite par le désir et la passion.
Mais la douleur, comme le besoin, comme le désir, comme la passion , ne se constitue , ne se réalise pour l'amc que par la pensée. La volonté ne peut donc être qu'une conséquence de plusieurs pensées, de leur rapprochement et d'une comparaison, car l'être qui n'aurait qu'une pensée, qui ne sentirait ou n'aurait senti qu'une chose , ne pourrait pas vouloir : pour vouloir , il fant choisir , et pour choisir , il faut comparer. La volonté est donc un acte d'indépendance, comme elle est un acte de réflexion.
C'est la volonté qui , d'abord , constitue l'être. Il ne sent et il ne sait qu'il est un être que lorsqu'il veut ou a voulu. Ainsi , la volonté ou la puissance de vouloir précède partout et chez toutes les créatures, la faculté d'exécuter ou la puissance de l'œuvre.
La vie ne peut agir sans la volonté, ni la volonté s'appliquer sans la réflexion.
La volonté n'est qu'une suite, une confirmation de la pensée, car en déflnitive, penser c'est vouloir.
II n'est pas de volonté sans liberté, ne fût-ce que celle de celte volonté ; et cette volonté, quel que soit son but, aperçoit ou espère une possibilité de l'atteindre. Sans cette espérance, elle n'aurait pu naître : là où la volonté se montre, c'est que Fimpossibilité ne se montre pas.
La volonté ne peut donc provenir que d'un sentiment quelconque de la possibilité d'exécution, et ce sentiment naît nécessairement d'un souvenir, d'une expérience ou d'une réflexion.
C'est ainsi que la volonté s'étend à mesure que la pensée grandit : celui qui a le plus de volonté est ausn celui qui pense le plus.
A la tolontë se joint on snccède l'amour de la propriété, car la volonté est un désir, et tout désir constitue ridée d'une possession ; c'est toujours quelque chose qu'on veut avoir, car l'action même de refuser est à la fois un acte de volonté et de possession : celui qui refuse d'obéir veut conserver sa liberté; il veut conserver son indépendance ou la propriété de sa personne.
Si la pensée ne peut jamais être le résultat de la matière, et pourtant si la pensée existe dans la matière, il faut qu'il y ait un principe de pensée séparé de cette matière. Aussi , la volonté ou la faculté de vouloir est antérieure à la naissance; elle est innée. Le nourrisson se fâche et crie quand on l'éloigné du sein de sa mère; il en sera de même du petit rat , du petit pourceau , du petit chien. C'est moins peut-être parce qu'on met obstacle à son appétit, car il se fâchera également n'ayant pas faim, que parce qu'on blesse ses idées de propriété et surtout sa volonté, base de l'action et le plus puissant dos seutimens de la nature.
La faculté de vouloir est donc commune à tous les êtres, et c'est d'elle que sont nés le sentiment et l'amour de la liberté.
Mais quelle a été la ' première volonté lors du début de la vie ou de son réveil, et quelle est la première encore dans l'existence actuelle?
Le premier besoin de l'embryon on peut-être du germe est la faim qui éveille le goût. Si ce fœtus a fait usage d'un sens avant de paraître au jour, il a pensé, car on ne peut user d'un sens sans penser ou sans qu'il en résulte une pensée. Mais la volonté est une action plus forte que la pensée, c'est un calcul de cetle pensée, il fant une comparaison. Aussi avons-nous dit: pour constituer une volonté, le rapprochement de plusieurs pensées est nécessaire.
La volonté, quelle qu'elle soit, démontre déjà une certaine vigueur intellectuelle. S'il n'est pas prouvé que Fembryon veuille, on ne peut mettre en doute que cette volonté ne se manifeste en lui dès le moment qu'il voit le jour. Or , avant d'avoir usé de la vie présente , s'il n'y a pas en lui un fonds de souvenir, de savoir, d'expérience, d'idées enfin, qui aient précédé sa naissance, comment établir cette aptitude à vouloir?
Approfondissons la question : dans quel but veut-il? Par quoi sa volonté est-elle éveillée? — Par le besoin. — Mais comment ce besoin peut-il établir cette volonté? Il a donc une notion du moyen de la satisfaire? Cette science ne peut naître spontanément ni émaner du néant. S'il n'a pas encore pensé, comment sait-il quelque chose, et surtout comment le veut-il et le veut-il avec énergie? car aiusi veut Tenfant. D'où cela peut-il venir, s'il n'était rien précédemment, s'il n'y avait rien de lui? On ne peut compter sur quelqu'un et avoir la conscience d'une chose, que lorsque cette personne ou cette chose a été ; et notez bien ceci : il ne suffit pas qu'elle soit , il faut encore qu'elle ait été pour nous ou qu'elle soit en nous. Nous l'avons souvent dit : nul être ne peut avoir l'idée de ce qu'il n'a pas senti d'une manière quelconque.
Cette volonté ne peut donc être que la conséquence de l'usage et de l'expérience, c'est-à-dire d'une suite de sensations et de réflexions , en un mot , d'une liberté passée. La volonté est non-seulement un désir , mais un calcul et une prescience : on ne demande comme on ne refuse une chose que parce qu'on la comprend ou qu'on croit la comprendre, et qu'on lui attribue un effet.
La volonté de Têtre est une dérivation ou une analogie de celle de Dieu : comme celle de Dieu , elle est individuelle. Elle embrasse moins de choses sans doute,
parce qu'elle conçoit moins, mais ce qu'elle peut concevoir et saisir est analogue à ce que Dieu conçoit et saisit.
Celte puissance de Thomme, comme celle de Dieu, n'a pour borne et môme pour fondement que la justice , l'ordre et la raison, sans lesquels elle ne serait pas, car ce qui est caprice ou folie est accident et non puissance.
£q résumé, la volonté est le principe et la cause de toute œuvre.
. L'état de chaque être ou le rang qu'il occupe dans la création, est la conséquence de cette volonté.
Sans la volonté, la liberté n'est qu'un mot : on n'est libre que lorsqu'on peut vouloir et, ensuite, exécuter ce que l'on veut.
La volonté et la liberté constituent l'individualité et distinguent i'ame de la matière ou la vie de la mort. La volonté, c'est la conscience; la volonté, c'est l'être; la volonté, c'est Dieu.
VOTONS. — POUR QUI? (5 décembre 1848). Je réponds : mets la main sur ton cœur et vote en conscience.
Voter en conscience, c'est voter, non pour un homme, non pour un parti, mais pour la France, pour son repos présent, pour sa prospérité future.
Vote en honnête homme, vote comme tu votas lorsque, juré, tu avais à prononcer sur la vie de ton semblable. Aujourd'hui, tu voteras pour celle de millions d'hommes, jpour la tienne peut-être et celle de tes enfans.
Oublie donc tes haines, tes préventions, tes affections même. Te guider par elles serait une faiblesse; te guider sur tes intérêts personnels serait un crime.
Ne sacrifie rien, même à Tespoir d'une palme, ni au triomphe d'un système. Fût-il bon , il ne l'est pas eu ce
41ê VOT
moment s'il est inapplicable. Attends : ce n*est pas sut un corps épuisa qu'on fait des expériences.
Te désigner un candidat, je ne le ferai pas plus qu'an juri je ne te dirai : absous ou condamne. Je le ferais si je pouvais lire dans ton cœur ou dans celui de ton éln.
Mais sMI te faut choisir entre le plus capable et le plus honnête , prends le plus honnête , car Fintelligence que ne dirige pas la probitë est souvent une arme contre cette pn bité même. Prends celui dont la vie, les actes, les opinions offrent le plus de raison ; prends un homme qui veuille le bien, qui veuille quelque chose du moins. Nul n'est plus à redouter que celai qui vent tout ce que veulent les autres; il a ses bonnes qualités à lui , et il a les défauts de tous.
En votant pour le moins faible , rote aussi pour le moins ambitieux, à moins que son ambition ne soit le bonheur du pays , cette ambition qui veut la paix, ceRe qui ne demande pas des lauriers et des champs de victoire, mais des accens d'amour et de reconnaissance.
Vote pour le plus religieux, le plus croyant. L'homme sans croyance , l'homme qui attend tout de ce monde , ne voyant rien que le présent, ne fera rien pour l'avenir. Homme du ne'ant , il ne peut vouloir pour toi ce qu'il n'attend pas pour lui.
Vote pour celui qui saura aider le faible sans opprimer le fort , sans démoraliser ce faible , sans en faire une menace. La tyrannie des petits est mille fois plus redoutable que celle des grands, car nul n'y échappe; elle est partout et ne profite à personne. C'est l'oppression réciproque, c'est la terreur enfin.
Je t'ai dit ce que j'attends du candidat. Je voterai d'apr^s mon dire, je voterai pour celui qui, dans ma conviction, se rapprochera le plus ou s'éloignera le moins des qualités que je lui veux.
Ceci, je le dis à toi. Ce qui suit, je le dis à tous.
Jusqu'au moment du vote , ëclairez-vous les uns lès autres; discutez le mérite des prétendans et le plus ou moins de con6ance que chacun vous inspire. Mais le vote accompli , arrêtez-vous. Quel que soit le résultat do scrutin, respectez-le. Si vous ne le faites pas, vous serez la risée de l'Europe.
Quel exemple donneriez-vous à cette Europe qui, marchant à la liberté, vous a pris pour drapeau? Hélas! au lieu de Taider à avancer dans la carrière , vous l'y aurez ùiit reculer.
Ayez donc la pudeur de votre position , et sachez respecter votre œuvre. Vous avez accepté le suffrage universel, i^ faut eu subir les conséquences.
En attaquant son résultat , en donnant ici nne telle preuve de légèreté, disons plus, de mauvaise foi, vous vous jetteriez au-devant des périls que vous voulez éviter. Votre urne électorale aurait été véritablement la boîte de Pandore. En déconsidérant la République en la faisant tenir pour impossible , vous ouvrirez , par l'anarchie, la porte à une révolution nouvelle. Sera-t-ellc impériale ou royale? Je ne saurais le dire ; mais ce que je sais, c'est que n'étant pas née viable, clic ne sera que transitoire. Si elle ne vous ramène pas à 1793, elle vous rejettera à 1814, c'est-à-dire à l'invasion, puis à un démembrement, car, ne vous y trompez pas, l'Europe vous déteste ; à tort on à raison, elle vous attribue l'esprit de destruction qui la dévore et vous rend responsable du sang qui coule.
Unis, vous n'avez rien à craindre; n'avez -vous pas deux millions de gardes nationaux, n'avez-vous pas aussi une armée formidable?
Mais si vous vous divisez, si l'armée égorge le peuple, ou le peuple Parmée; si vous avez une république à l'est,
une monarchie à Tonest et des factions partent; si vous dépensez en émeutes et en barricades -votre or et votre sang, malheur à vous! Vous serez envahis; vous cesserez dVtre Français. N'est-ce point par des discordes civiles que Bnissent tous les peuples? L'invasion n'en est que la conséquence : ce sont leurs fauteà , ce sont leurs crimes qui appellent l'étranger.
Ainsi s'éteignirent les Républiques grecques; ainsi tomba Rome ; ainsi s'écoulèrent les empires d'Orient et d'Occident; ainsi mourra la France, si ses fils aveugles continuent de s'abandonner à cet esprit de vertige. Au nom de vos pères, au nom de vos enfans, soyez enfin des hommes !
Divisés aujourd'hui entre deux prétendans, une partie de vous aura bientôt à donner une preuve solennelle de son équité et de sa raison. La donnera-t-elle? Question de vie ou de mort.
Ici , n'écoutez pas les sophistes. Tenez-vous en garde contre leurs passions mauvaises , et plus encore contre les vôtres. Quand la majorité aura prononcé : Respect à la chose jugée, dieu feba le beste.
VOYAGEUR. EXTRAIT de son album. Ce que je recommande très-expressément à tout promeneur, touriste et voyageur qui traversera à pied la bonne ville de Jéricho , cette capitale de l'ancien pays des Jébuséens, c'est (le ne pas marcher contre les murs, et quelqu'attiré qu'il soit par la beauté des hôtels, l'éclat des boutiques ou celui des yeux des marchandes , de n'en approcher qu'à distance , et ceci pour deux raisops capitales oa sous double peine de mort.
La première, c'est que les caves ouvertes en manière de trappes sur la voie publique sont , malgré l'appa-
rence, moins d'honnêtes celliers construits pour y mettre vin, bière, cidre, huile, etc., que pièges et tre'buchets à prendre des hommes par un procédé analogue à cchii qu'on emploie pour attraper les loups, dans les pays où Ton en attrape.
Secondement , parce que les trottoirs , placés de loin à loin à hauteur difFérente, en manière de jeu d'orgue, présentent au piéton un obstacle aussi perlidc dans ses moyens que dans ses conséquences , car si ce piéton trébuche à l'une des extrémités , il est à peu près sûr d'aller, par une perpendiculaire, se casser le nez à l'extrëniité opposée.
Quelquefois même ces deux terribles inconvéniens se trouvent réunis : le troUoir formant inégalité convexe et la cave présentant une inégalité concave, il en résulte que celui qui se prend le pie<l dans le trottoir, va droit, en style de nageur, piquer une tête dans la cave. C'est ce qui est justement arrivé à un voyageur de commerce qui , heureusement , alla finir son plongeon dans une barrique de mélasse , d'où on le i-etira vivant et tout entier , sauf son toupet qui s'était incorporé à la marchandise.
A celte double calamité, il serait sans doute des adoucissemens et hiéme des remèdes: nous allons les indiquer.
Le premier adoucissement serait de placer à Texlrémité de chaque trottoir deux hommes avec un brancard, pour porter à l'hôpital ceux qui se seraient cassé bras oa jambe, ou simplement ouvert le front.
Le remède serait de faire mettre partout des trottoirs on de n'en permettre nulle part , ou bien de laisser les trottoirs où ils sont et comme ils sont, et de faire tailler en biseau ou en pente douce les angles droits des pierres de jonction.
Si ceci di^plaisait par trop aux propriétaires, on pour-
rait s^en dispenser et éviter les accidens en défendaBt, à qui que ce soit , de circuler dans les rues après le soleil couché.
Quant au danger de Touverture des caves, un procédé simple eu apparence serait de placer cette ouverture contre le mur du logis et non dans la rue. Mais il est inutile d'en parler, car cette seule proposition causerait à Jéricho une émeute et peut-ctre une révolution.
Si vous devez faire séjour dans la ville et que vous ayez l'avantage d'être gras, il est des endroits que je vous indiquerai volontiers , mais où je vous conseill^nà en même temps de ne pas passer : ce sont ceux où Ton tue les pourceaux au be^u milieu du chemin , moins pour la commodité des passans que pour celle des dits animaux qui , ainsi que vous aurez pu le remarquer , n'aimeut pas à marcher quand ils digèrent. IVéanmoins, quand ils s'aperçoivent du motif du voyage , il leur preud parfois Tenvie de courir, et par contre-coup, an boucher ou à ses aides , celle de courir après. Dans cette sorte de course au clocher, entraînés par leur ardeur réciproque et la passion qui s'en mêle , les uns comme les autres sont sujets à d'étranges distractions. Par exemple: le cochon prenant Fouvcrture de vos jambes pour une porte cochère, y entrera tête baissée et restera tout ébahi d'avoir envoyé tomber , les quatre fers en l'air , ce qu'il prenait pour un édifice. Le bouclier de son côté , qui veut absolument rattraper son animal et égorger quelque cliose, pourrait très-bien, vu rétra&ge position où il vous trouve et par nne erreur à jamais déplorable , vous prendre pour ce que vous n'êtes pas ; et c'est spécialement pour vous en préserver que je vous engage à ne pas passer par les dites rues, si vous êtes gras.
Autre pre»tfiptijon non moins essentielle » car il s'agit
encore de la vie; mais celle-ci n'aura force de loi que pendant la saison de la foire, car il y a une foire à Jéricho. Quand vous entrez dans le champ où elle se tient, ayez bien soin, si vous avez plus de quatre pieds et demi de haut, autrement dit un mètre cinquante centimètres, de vous courber de manière à ce que le siège de votre intelligence , ou votre chapeau qui le contient , ne dé^ passe pas la hauteur de ces quatre pieds de rigueur , sinon ce front ou ce chapeau ira infailliblement s'ap^ platir sur chaque porte-ombre, abat-jour et autres engins que Tusage, la pluie ou le soleil maintiennent ainsi depuis Torigine des boutiques et des boutiquiers, c'est-àdire depuis la création du monde.
Autre danger :
Vous savez qu'en tous pays civilisés , il est défendu de rien jeter par les fenêtres , soit du premier , soit du second , c'est-à-dire de n'en précipiter ni hommes , ni femmes, ni enfans, et en fait de liquides, ni vin, ni eau, ni bière , ni.... etc. Il faut le dire à la louange de la dite ville , que dans la plupart des habitations cette loi est strictement exécutée, et ceci parce que la maison n'a ni premier ni second. Cependant il n*en faut pas conclure , parce qu'il n'y a qu'un rez-de-chaussée , qu'on ne puisse rien jeter , ni que l'abord de ces maisons , surtout au lever du soleil et parfois aussi de la lune, en soit moins dangereux ; non , et si la partie supérieure de votre corps est à l'abri des inondations , il n'en est pas de même de la partie inférieure , car ce n'est pas de haut en bas et par la perpendiculaire que cette inondation vous arrive , c'est horizontalement et à hauteur d'appui. Ceci vous paraîtra un phénomène rare, inouï et qui n'a été prévu par aucun législateur , par aucun maire, par aucun adjoint, par aucun commissaire, enfin par aucune loi ni divine ni humaine. Eh 1 bien ,
ce prodige se voit dans la dite ville, et ce qu'on ne peut jeter par la fenêtre, puisqu'il n'y en a pas, on le jette par la porte dont sont pourvues toutes les maisons , c'est une justice à leur rendre.
Je ne vous dirai pas que ceîte varie'té de projectiles soit moins dangereuse que Tautre. Le liquide versé par la fenêtre faisant l'effet d'une bombe lancée a toute volée et décrivant une parabole ou une courbe , ne touche qu'un point et n'inonde qu'un seul individu. Il n'en est pas de même du pot vidé par la porte, surtout lorsque dans une intention louable sans doute , on veut que le contenu aille tomber le plus loin possible de son point de départ. Alors , semblable à un boulet qui , en ricocbant , atteint toute une tile , ce contenu , passât-il dix personnes en ce moment , n'en épargne aucune : rien de tout ce qui se trouve dans Talignement de son jet tfy échappe, tout est éclaboussé, mouillé, souillé.
De l'excès du mal naît quelquefois un bien , et c'est ici le grand nombre de blessés qui fait le salut du coupable ; et tandis que chacun examine les taches de son voisin , nul ne songe aux siennes, ou chacun s'en console en le croyant plus mal arrangé qu'il n'est lui-même.
Pendant ces réûcxions des victimes, Tauteur du déluge, s'il est poltron , ferme sa porte et se barricade ; s'il est brave, il remplit de nouveau le pot pour soutenir l'assaut et protéger son domicile.
Le remède le plus sûr ici serait peut-être de défendre de rien verser par la porte, en permettant de tout jeter par les fenêtres ; et comme Ton a vu qu'il n'existe point de fenêtres au premier, par la raison qu'il n'y a pas de premier, et qu'au rez-de-chaussée, par un procédé propre au pays, les fenêtres ne s'ouvrent pas, on sent bien qu'on ne pourrait plus rien jeter du tout et que U passant serait sauvé.
On me demandera ici pourquoi les fenêtres ne s'ouvrent pas dans cette bonne ville? Ceci est une question qui m'a gravement préoccupé et sur laquelle j'ai consulté bien des savaus architectes, physiciens, naturalistes et maçons. Après une étude approfondie qui a duré plusieurs années et qui a nécessité une foule de recherches et d'expériences, ils ont reconnu unanimement que si Ton n'ouvrait pas les fenêtres à Jéricho, c'était pour n'avoir pas la peine de les fermer.
Autre inconvénient. Celui-ci est plus difficile à aborder, parce qu'il touche aux beaox arts et à la peinture : quand vous rencontrerez une barrière à l'entrée d'une promenade, d'un pont ou de tout autre lieu de passage, ayez grand soin de passer à côté, car cette barrière est ordinairement enduite d'une maliîFré brune dite goudron ou brai gras, matière plus généralement utilisée sur mer que sur terre, et pour cause.
Celte cause redoutée ailleurs , et qui n'est autre que l'éternelle liquidité de l'enduit aux rayons du soleil, at-elle déterminé la préférence des peintres et administrateurs locaux? Je serais tenté de le croire. En effet, ils ont trouvé ce moyen simple de marquer leurs administrés , car de tous les individus que leurs plaisirs on leurs affaires conduisent en dehors ou en dedans des dites barrières , il n'en est pas un qui n'en revienne avec la marque de l'artiste ou de son ingrédient.
Je ne donne pas ceci pour un grand mal ; c'est même, aux yeux de quelques personnes, un bien véritable. Le goudron est essentiellement conservateur , et l'endroit du vêtement qu'atteint cette utile substance acquiert une solidité extraordinaire. Ajoutez que l'odeur du goudron chasse les mites et le mauvais air.
Comme il n'est rien de bon qui n'ait aussi son côté faible, et que la plupart de ces barrières ne conduisaient IV 21
m voY
qu'à la pelouse et aux ombrages solitaires, les marqaes restées sur quelques robes domièrent lieu à bien des dires et cancans aussi tenaces , aussi bon teint que te peinture qui les avait fait naître.
Le remède à ceci serait de peindre les barrières à la couleur ordinaire qui, moins volage, moins disposai à s'attacher à tout le monde et plus fidèle à sa destination , resterait paisiblement sur les poteaux où on Ta mise, et Ton serait ainsi dispensé de la renouveler. Mais selon bien des gens, il y aurait encore un moyen plus simple , plus économique : ce serait de ne pas mettre de barrières du tout , car , sauf l'avantage de marquer ainsi les passans, si cela est un avantage, il a été impossible aux érudits, après avoir bien étudié la question présente et consulté la tradition, de savoir à quelle fin ces barrières avaient été mises en ces lieux et placés et pourquoi aujourd'hui elles s'y trouvaient encore. La seule réponse rationnelle qu'on ait pu faire , c'est qu'elles y étaient aujourd'hui parce qu'elles y avaient été hier. Il est juste de dire que s'il y en a à Jéricho partout où il n'en faut pas, il n'y en a jamais où il en £aut : dès-lors, il y a compensation.
Autre inconvénient et inconvénient très-grave :
La dite ville compte vingt mille habitans humains, et ils y vivraient à l'aise en travaillant, s'il n'y avait ea outre deux à trois mille chiens qui se promènent tonte la journée comme des rentiers qu'ils sont , ou ce qui est pis, qui dorment étendus en travers des rues et des portes, de façon qu'à chaque pas vous risquez de marcher sur les pattes ou la queue de quelques-uns de ces rois de la rue.
Quand ce malheur vous arrive, le chien vous mord; c'est juste, il connaît le proverbe ; mais après vous avoir mordu , il en est qui ont la malice de crier. Alors le
propriétaire, savetier, épicier ou autre, sort de sa boutique armé d'un fouet ou d'un bâton. Vous croyez qu'il va corriger le chien ; non , c'est vous ; mais généreux dans sa colère, le dit bourgeois vous en tient quitte ordinairement pour une verte mercuriale et la menace qu'il vous fait du commissaire de police , protecteur-né des chiens, quand d'ailleurs ces chiens ne sont pas enragés, ce qui n'arrive jamais dans Jéricho et sa banlieue depuis le dernier passage de saint Hubert.
C'est probableiiient aussi cette intervention miraculeuse qui les préserve des conséquences des boulettes , car , bien qu'on en sème tous les ans selon l'ordonnance et que les chiens les mangent sans jamais en laisser une , pas un seul jusqu'à ce jour , c'est une justice à rendre aux pharmaciens , ne s'en est moins bien porté ; et si les dites boulettes ont fait peu d'honneur à l'officine, elles ont prouvé la bonté du cœur du fabricant.
Est-ce pour remercier le ciel de ce bienfait qu'on les voit partout dans les églises? Non, tel n'est pas leur but, et c'est moins comme dévots qu'on les y rencontre que comme badauds et flâneurs.
Sachant qu'en pareil lieu vous ne pouvez ni les poursuivre ni les battre, ils abusent de leur privilège jusqu'à venir lever la patte , non-seulement contre la chaise où vous êtes agenouillé, mais sur votre personne elle-même. Uo Turc, un païen ne ferait pas pis.
Une seule circonstance vous en délivrera et les fera fuir. Ce n'est pas la voix du gros chantre ni celle du serpent qu'ils aiment assez ou qui tout au plus les fait grogner sournoisement , c'est le chant de 1* orgue , c'est l'accord de certains tuyaux auquel ils ne résistent pas et qui les pousse invariablement vers la porte , la queue entre les jambes , désireux qu'ils sont de s'éloigner de ces sons étranges qui ébranlent leur système nerveux.
S'il y a beaucoup de chiens à Jéricho , on n'y est pas, pour ceci, privé de chats, non qu'on les y mange, mais parce qu'on en aime beaucoup la voix. C'est un goût propre au pays.
lin autre obstacle au repos des habîtans et à la sûreté des rues, naît des baudets qui sont plus fiers à Jéricho qu'en aucun autre lieu du monde. Cependant , il fanl ajouter qu'il y a ici moins de la faute de ces animaux que de celle de ces mêmes rues qui , par une grande injustice , n'ont pas été faites pour eux. Or , chaque matin , à l'heure où les laitières et les marchands de carottes de Canaan parcourent la ville , la scène des barricades se trouve renouvelée et la circulation totalement interrompue.
11 n'en f3ut pas induire qu'il y ait , de la part des baudets ni de leur conducteur, la moindre intention insurrectionnelle ou révolutionnaire; non, jamais laitière, jamais marchand de carottes , jamais béte asine n'ont essayé de causer le moindre trouble dans l'Etat ; et pourtant il n'en est pas moins vrai que lorsque , chargés de choux ou de carottes ou même de leurs simples bâts et paniers, ces ânes font leur entrée en ville, ils présentent un front de bataille véritablement redoutable.
Cependant le danger est plus apparent, que réel: tant qu'ils cheminent sur les places et les chaussées , vous en êtes quitte pour vous jeter à droite ou à gauche ; mais lorsque ce front de bataille se subdivise en compagnies, puis les compagnies en pelotons, et que chaque animal se précipite dans la ruelle par laquelle il a Pliabitude de passer, c'est alors que le vrai péril commence. Malheur à l'homme engagé dans ces autres Thermopyles! Quelque leste qu'il soit , quelque mince qu'il se fasse pour se dissimuler contre le mur, pour s'y annihiler, il n'en a pas moins le ventre raboté par ces pièces de bois
qui, complément obligé du bât et terminées en angle, servent à retenir les paniers et contenir leur charge.
On me fera observer que le passant est maître de rebrousser chemin. C'est aussi ce que fait Thomme sage et prudent qui prdfère la vie au phiisir d'arriver un quart d'heure plus tôt. Mais que peut la prudence contre lès coups du sort! Au moment où le voyageur croit s'échapper de la rue malencontreuse, un autre baudet y fait son entrée, et l'infortuné, pris ainsi entre deux barricades ambulantes qui, froides et impassibles comme le destin , se rapprochent sans cesse , ne sait plus à quel saint se vouer. Heureux si quelque porte ouverte lui offre un refuge , ou bien si un hasard favorable fait qu'un des baudets ait reconnu l'enseigne d'une pratique ; alors , tournant le nez ou le derrière , la bête asine laissera peut-être, entre sa queue et la muraille, un espace sufOsant au passage de l'homme assez courageux pour braver les ruades et autres accidens. Mais sans l'une ou l'autre circonstance , il en sera de sa personne comme il en était des Macédoniens qu'atteignaient les charriots armés de faux des légions de Darius, car jamais laitière de Jéricho , jamais ânier de Canaan n'a fait arrêter sa bête pour un ipdividu, quel qu'il soit. Le roi, l'empereur, le pape y perdraient Irar latin. La procession, oui, la procession même, fait halte devant ces impassibles conducteurs. Les baudets seuls consentiront quelquefois à entendre raison ; c'est donc toujours à eux qu'il faut adresser votre supplique.
Quoiqu'il en soit , comme celle ressource pourra paraître fort incertaine, nous croyons utile d'en rechercher quelques autres.
La première serait d'élargir les rues et de leur donner en largeur retendue de deux baudets chargés, ou de se borner, pour éviter la dépense, à démolir ces rues d'un cOté.
Le second moyen serait de prier M. ringënieur Brunel de venir à Jéricho et d*y faire, sous chaque rue étroite, un tunnel à Pinstar de celui de la Tamise , tunnel qui servirait aux piétons à Theure de la circulatiou des baudets et des carottes.
Le troisième , plus simple en apparence , serait de charger les légumes et les paniers en long, au lieu de les charger en large. Peut-être les baudets y consentiraient-ils. Quant à leurs maîtres, il n'y faut pas compter ; aussi ne vous indiquerai-je ce moyen que comme mé^ morandum.
Mon intention n'est certainement pas de passer ici en revue toutes les petites incommodités auquelles les rues de Jéricho peuvent vous exposer; nous ne nous arrêterons qu'aux principales ou à celles dont les •conséquences offrent des dangers réels. Nous avons parlé des périls résultant de Timprudence ou de l'entêtement des hommes et des animaux; nous dirons quelque chose de ceux qui naissent de la volonté des enfans et notamment de leurs jeux.
En première ligne de cette nomenclature des plaisirs de l'innocence locale , nous mettrons le jeu du pic. Le pic est un morceau de bois à l'extrémité duquel est ajustée une >ilène de cordonnier , bien aftilée et solidement fixée. A l'autre extrémité sont deux cartes placées en croix. Quand le joueur a rencontré une porte ou nn volet dont la forme lui semble propre à servir de but à son adresse, il va se planter vis-à-vis, le nez en l'air et le jarret tendu, et d'un bras aussi vigoureux que le lui permettent son âge et sa taille,' vibrant le dard, il l'envoie de toute sa force vers le point qu'il ajuste. Mais s'il arrive qu'en ce moment vous ouvriez la porte ou la fenêtre , l'alêne vous entrera de deux pouces dans le ventre , ce qui vous décidera probablement à la fer-
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mer au plas vite, an grand dësappoititement dn gamin qui frappera furieusement à Thuis pour que vous lui rendiez son pic.
Ici l'enfant a raison, et le propriétaire n*a que ce qu'il mérite. Pourquoi ne laisse-t-il pas sa porte et son volet fermés? Aussi ce n'est pas pour les gens domiciliés que je réclame, c'est pour les passans étrangers qui, en entendant le pic leur siffler aux oreilles comme la flèche des Parthes , n'y voyant rien qui ressemble à l'arc de Cupidon, éprouvent quelquefois de singulières émotions, car ils croient toujours , les poltrons , qu'on va leur crever un œil.
Quant à l'habitant, il est si bien accoutumé au sifflement du pic qui fît aussi l^ délice de son jeune âge, qu'il n'y songe point. Il sait, par expérience, que s'il y a quelques nez piqués, quelques joues traversées, quelques yeux endommagés, la chose n'est pas générale, et que tout calcul fait, la chance est favorable aux passans. Je ne vois donc pas de nécessité absolue à supprimer le jeu du pic , si cher à Tenfance et si utile au débit des vieilles cartes à jouer et des alênes réformées.
Ajoutons que ce même jeu fait fleurir Tart de la me* nuiserie et le commerce des planches , car il ébranle et perfore si bien les portes et les volets, qu'il faut les renouveler à chaque lustre, et qu'on peut, avec raison, le considérer comme un supplément à l'impôt des porteset fenêtres.
A ceci , il y aurait un préservatif facile : ce serait d'avoir des portes d'airain , comme au baptistaire de Florence, ou en fer fondu. 11 est vrai qu'on ne pourrait les ouvrir qu'à l'aide d'un cabestan , mais on resterait plus souvent chez soi, et il n'y aurait pas grand mal.
Les pétards sont aussi fort en vogue parmi la jeunesse de Jéricho, de l'âge de dix à quarante ans; c'est un jeu
in YOY
extrêmcoM^nt galant et qui consiste à. allumer et lancer ce pétard de manière à le faire éclater à propos , c'està-dire entre les pieds des chevaux d'une diligence on d'une chaise de poste, ou ce qui est encore plus spirituel et délicat, sous les jupes d'une femme ou d'une fille, ad libitum.
H faut nous hâter de dire que ce jeu, vraiment amosant pour les personnes qui ne portent pas de jupes, n'est pas quotidien, et qu'il n'a lieu que dans les grandes occasions , telles que les journées de juillet , la fête de Sa Majesté, celle d'un principal de collège, maître de pension ou autre grand personnage, enfin lors des noces et baplêmes.
On ne peut nier qu'il n'y ait dans le jeu des pétards quelques inconvéniens , mais ils paraîtront bien faibles comparativement à l'importance de ces solennités. D'ailleurs , ces inconvéniens se bornent à Caire cabrer un cheval, verser une voiture , casser une tête, une jambe, brûler une robe, y compris le contenu, et incendier une maison de temps en temps. Mais, comme dit le proverbe, il n'est pas de bonne fête sans verres casses, et les pétards valent encore mieux ^ pour les gens de goût, que les décharges de fusils et pistolets dont les tireurs oublient quelquefois de retirer la baguette , ce qui vous expose à vouç trouver, en revenant de la noce, dans la même position que : la dinde qu'on y a mise sur la table.
Le jeu du cheval fondu , à Jéricho comme partout , n'a d'autre incommodité, si vous vous placez étourdiment en face de la colonne , que de vous procurer un coup de tête dans l'estomac et l'ennui de rouler dans la poussière avec le sauteur trop bien lancé pour s'arrêter à temps, m/iis qui, vous croyant solide sur vos jambes, vient s'accrocher à vous. Aussi, quand vous avez si mal répondu à sa confiance et qu'H est tombé dans la booe
en votre compagnie, celte victhiie de votre faiblesse et de votre défaut d'aplomb, vou$ foudroie-t-elie d'un regard annonçant le plus profond mépris.
Ici le préservatif était simple : c'était de ployer le dos et de vous mettre dans la même position que les autres joueurs. Il est vrai que tous , grands ou petits , vous juraient passé sur le corps, peut-être même le farceur de la troupe y serait resté à califourchon , mais enfin vous seriez sorti de ces diverses épreuves sans poussière ni crotte et surtout sans dédain , sentiment désobligeant de quelque part qu'il vienne et véritablement plus lourd que le gamin que vous auriez eu sur Téchine.
Je ne parlerai pas du jeu du volant ni de celui de la corde, ils sont connus partout: vous n'y risquez, quand accideutellement vous vous trouvez au milieu d'une partie qui a envahi la rue, que d'avoir le nez relevé d'un coup de raquette venant d'en bas, ou la figure rabotée d'un coup de corde venant d'en haut : c'est un petit mal, et l'on s'en consple ; mais je m'étendrai davantage sur un autre passetemps dont les inconvéniens sont souvent plus graves : c'est celui du petit palet ou du bonhomme, pour me servir du nom local ; jeu q^ui consiste à mettre de Targent sur un boucRon et à chercher à l'abattre avec le palet ou le gros sou qui en fait les fonctions. En apparence, rien de plus inoffensif que ce passetemps, et pourtant rien de plus dangereux pour le promeneur, car il arrive que des joueurs s'établissent sur un chemin public et qu'au lieu de jouer en long , par je ne sais quel caprice ils jouent en large. Force est donc au promeneur de passer entre le but et celui qui y vise. Que le sou vous attrape la cuisse ou la jambe, comme il est assez mollement jeté , le mal physique est peu de chose. Il n'en est pas de même des conséquences morales ; le choc de deux corps célestes, celui de SaUurne IV 21.
et de Jupiter ou du soleil avec la terre, ne causerait pas nn ëbranlemont plus grand dans le cerveau des joueurs, et vous eussiez tué père et mère ou mis le feu à la Tille , qu'un concert plus unanime de malédictions ne tomberait pas sur vous. Celui qui joue prétend que le coup était gagné quand vous en avez arrêté Teffet. Celui qui ne joue pas soutient, au contraire, que le palet devait tomber à deux pieds du but. Partagés entre ces deux opinions, les intéressés et même les simples spectateurs ne sont d'accord que sur un point, celui de vous maudire. Oui , pour eux , vous êtes un brouillon , un trouble fête. Passer ainsi quand on joue, c'est indigne! Ne pouvez-vous pas attendre la fin de la partie ou passer ailleurs? Ou plutôt, pourquoi passer? Qu'avez- vous à faire dans la rue, rôdeur, fainéant, voleur! Oui, il y en a qui vous appellent voleur. Pour quel motif? Je ne vous le dirai point ; à moins que vous ne leur voliez leur temps en les forçant à recommencer.
Ne croyez pas que vous en soyez quitte en prenant la fuite ; non , et deux heures après , le perdant vous maudira encore , appelant tous les anathêmes sur vous qui êtes la seule cause du guignon qui le poursuit.
L'album du voyageur citait encore beaucoup d'autres jeux plus divertissans pour les joueurs que commodes pour les passons. Mais c'en est assez sur ce sujet , et après avoir vu comment les choses se passent aujourd'hui à Jéricho , nous allons dire comment elles s'y passaient.
Nous commencerons par remarquer que les ingénieurs de l'époque étaient beaucoup moins sévères que ceux du moment; en voici la preuve: un spéculateur du temps planta un jour six moulins en façon de batardeau au beau milieu de la rivière, au grand ébabissement des bateliers, canotiers et autres gens vivant de la rame,
qui se trouvèrent, par suite de cette invention, obligés de se faire meuniers, yu que la navigation devint nulle. Cet état de choses dura environ trois cents ans' et en aurait duré trois cents encore, malgré le tollé général, si les moulins, moins entêtés ou plus patriotes que les meuniers, n'avaient pas pris le parti de déménager dans la rivière.
L'on ne se permettrait pas non plus aujourd'hui de ces constructions qui, d'une rue, faisaient deux impasses; de telles infractions aux réglemens de la voirie paraîtraient fort étranges. Mais on ne peut se dissimuler que cette manière de faire n'ait été naguère en grande recommandation dans la bonne ville de Jéricho : la preuve, c'est qu'on y voit une douzaine de rues qui ont été et sont encore hermétiquement fermées pour le bon plaisir de tel ou tel nobible qui trouvait commode de mettre sa maison en travers.
Un usage non moins abusif est celui qui permettait aux serruriers de faire une tranchée devant leur domicile, en long ou en large, à leur choix, pour y rafraîchir les rours qu'ils avaient à garnir. 11 est vrai que la règle les obligeait à couvrir d'une planche la tranchée quand la nuit était venue ; mais à Jéricho comme ailleurs , la nuit vient à des heures diverses, selon la saison et les réverbères. 11 en résultait que les jambes des passans n'étaient assurées qu'à des heures fort incertaines et véritablement assez rares. Aujourd'hui, elles le sont moins.
Les maréchaux ferrans avaient une habitude plus bizarre encore : c'était d'ériger sur la voie publique et en saillie devant leur maison, des espèces de pagodes consistant en un toit suspendu sur quatre poteaux solidement implantés dans le sol. La destination de cette bâtisse anormale était d'abriter les chevaux et de les ferrer à couvert. C'était fort commode pour les chevaux; mal-
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heureusement les passans , surtout quand ils étaient en voiture, n'en pouvaient dire autant, et maintes fois une roue s'accrocbant à i'iidjGce hors ligne, envoyait le véhicule se reposer sur Tautre roue. Les moyens de secours, il est vrai, se trouvaient sous la main, le maréchal était là pour remettre les fers., le sellier était à deux pas et le chirurgien n'était pas loin ; mais généralement les voyageurs préféraient passer leur chemin que d'avoir affaire à tant de gens.
Un danger plus grand que le bris d'une voiture et même que celui d'un membre , a également dispara : c'était celui d'être noyé en prenant le frais. Voici comment : dans certaine rue murmurait une petite rivière limpide, peu profonde et tout-à-^fait propre, pendant la canicule , à prendie un demi-bain des plus agréables. Aussi, la nuit venue, le bourgeois, en peignoir, sortait de sa maison , descendait dans la rivière , s'y asseyait paisiblement et jouissait de la situation. Mais il arrivait qu'un tanneur , suivi de ses garçons et de quelqnes peaux de vaches ou autres, venant en tapinois et sans s'informer s*ii y avait quelqu'un, lançait dans l'eau une peau, puis une autre, puis une troisième, et avant que le malheureux baigneur ait pu se reconnaître, une dou^ zaine de dépouilles animales, toute fraîches et saignantes, lui arrivaient sur la tête. Le mal était petit s'il pouvait s'en dépêtrer , et le tanneur ne refusait jamais , à sa première réquisition, de lui donner un coup de. main; majs un soir, l'un de ces baigneurs , qui dormait sans doute, ne souffla mot; le tanneur ne s'aperçut de rien, et, ce ne fut que huit jours après que, sons une peau d^ hé(e, il reconnut un chrétien en asseï: trkite état, car i{ y en ayait sept qu'il était noyé, Au surplus, ce pértt q'e^iste plup; on est remonté à ,1a source du mol, on a>s«pprj|Q^ )qa rivière et, par. »uiite, lestonn^urs.
D*aprè$ ce que Ton. vient de voir, on ne peut se dissimuler que la bonne ville de Jéricho, malgré son grand mérite, n'ait en et u^ait encore, comme toutes les choses de ce monde, ses petites imperfections; mais, il faut dire à la gloire de ses babitans, qu'elles n'ont altéré en rien l'amour exclusif et véritablenïont platonique qu'ils lui portent. Avisez-vous de vanter devant eux une autre vill^ , (jnelle qu'elle soit , ils vous regarderont avec un superbe dédain et auront l'air de vous dire: on voit bien que vous ne connaissez pas la noble capitale des Jébuséens, la grande, la belle, la superbe Jériclio.
Eh ! bien , oui , l'estime que Thabitant lui porte est fondée; oui, Jéricho est tout cela. C'est une cité grande et magnifique , ce qui ne veut pas dire qu'elle soit propre, claire, bien parée, bien percée. Non, cette antique rivale de Canaan est^ il faut l'avouer, une beauté chiffonnée et parfois négligée, une beauté qui porte un cachemire et des bas troués , c'est*à-dire qui , à côté d'un hOlel, vous offrira une maison couverte en chaume^ avec une haie pour tenir Heu de muraille. Mais ces contrastes qui peuvent choquer l'étranger ont des charmes pour l'indigène ; il aime sa ville telle qu'elle est , il rado)ire comme on l'a faite ou plutôt comme elle s'est f^ite elle-même. Dès que l'on y touche, fût-ce même pour y boucher un trou , il se désole , il se lamente , il crie au. sacrilège, car il chérit jusqu'à ses ruisseaux, jusqu'à sa boue , et c'est avec un regret d'avare qu'il la voit transporter hors de ses murailles.
La même anxiété fera battre son cœur s'il entend dire qu'on y creuse et laboure le sol pour y établir quelque bâtisse industrielle; il semble que c'est sa peau que l'on déchire, que ce sont ses entrailles que l'on fouille. Oui, il soigne sa ville comme une maîtresse; il craint pour elle le bruit et la fumée. Aussi, quand quelqu'étranger.
car un indigène n'aurait jamais eu cette idée dc^plorable, a voulu y fonder une usine , une fabrique , une manufacture quelconque, on a vu les bons hnbitans se lever comme un seul homme contre une semblable prétention, et faire si bien des pieds et des mains, que le malencontreux industriel allait se réfugier ailleurs.
Où Tesprit de constance ou d'attachement au statu quo de rhabitant s'est montré dans tout son éclat, c'est lors de la magnifique défense qu'il a faite contre le projet de redresser sa rivière et de lui donner une navigation facile. Jéricho fut vaincue dans cette lutte, mais ce ne fut qu'après une résistance de dix années.
La bonne ville eut donc, quoiqu'elle eut pu faire, une rivière navigable et un commerce florissant. Mais la malheureuse cité ne devait pas en être quitte pour si peu : depuis , d'autres calamités de m^.me nature sont venues fondre sur elle. Malgré ses efforts pour s'y soustraire, on lui a donné un port, un quai, un entrepôt, un chemin de fer, etc., etc. Mais que de cris, que de gémissemens n'a-t-elle pas poussés , à mesure que ce déluge de maux l'envahissait ; que d'injnres , que de haines ne sont-elles pas tombées sur les coupables instigateurs de ces innovations, de ces hérésies, de ces plaies faisant renchérir le beurre et les carottes 1 De tout ceci, les bons habitans ne se consoleraient pas, s'ils n'avaient l'espoir qu'une révolution ou la bonté de Dieu les en délivrera un jour.
YACHT. Bateau de plaisance qui est, sur mer, ce que nos calèches , nos coupés , nos tilburys et autres voitures de luxe sont sur terre.
Il y a , en Angleterre , plusieurs sociétés nommées yacht-clubs, dont la première condition d'admission est d'avoir à soi un yacht avec ses matelots : dépense bien autre que celle d'une voiture, fût-elle à quatre chevaux, avec cocher , laquais , chasseur et groom. Aussi , tout membre d'un yacht-club doit-il être riche, et parfois il s'y ruine.
Ces yachts ont depuis dix tonneaux et quatre hommes d'équipage , jusqu'à trois cents tonneaux avec vingt hommes.
Le gouvernement anglais encourage ce genre d'amusé* meut, et le gouvernement français ne le décourage pas ,
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tous ses ports sont ouverts aux yachts qui y jouissent de maints privilèges. Néanmoins, il n'y a pas de yachts français , car nous ne pouvons nommer ainsi ces petits bateaux poissonniers que possèdent quelques amateurs 4e carpes et de poules d'eau.
Les Anglais déploient dans la construction, Tarmement, la tenue de ces navires , un luxe et un confortable qui laissent peu à désirer. Ils servent à les transporter d'un port à Tautre , souvent avec leur famille et leurs gens; aussi les nomme-t-on yachts de plaisir.
Ces clubs ont un but louable, celui de former des marins et de les faire vivre d'une vie douce sans être inutiles. Aussi, de tout temps, le roi d'Angleterre en at-il été le patron ou président-né , et aujourd'hui la reine Victoria et le prince Albert le sont encore.
Voici la liste de ces sociétés, celles du moins qui ont un caractère officiel:
The royal St.-Georgês yacht-club ; vice-président , le marquis Conynghan.
Royal tliames yacht-club ; vice-président , l'amiral sir Charles Adam.
Royal yacht-squadron ; vice-président, le marquis de Donegnll.
Ce club est le plus nombreux ; en 1849 , il possédait cent-quatre-vingt-sept navires , dgnt l'un de trois centquatre-vingt-douze tonneaux.
Il y avait aussi en 1847: le royal Mersey yacht-club; le royal Victoria yacht-club; le royal Western yachtclub; enfin, Je yacht-club impérial de St.-Pétersbourg.
Je ne sais pourquoi les yachts-clubs d'Angleterre et des autres puissances maritimes ne s'entendent pas pour avoir un ou deux navires équipés à frais communs et allant entrependre de grandes explorations transatlantiques. Si j'avais l'honneur d*être membre d'uu y^cht-
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dub , c'est la première motion que j'y ferais ; bref , je voudrais uu yacht-club européen et , s'il se pouvait , universel : ce serait un moyen de confraternité entre toutes les nations et un pas de fait vers l'harmonie.
YÈBLE. Petite espèce de sureau dont les feuilles sont souveraines pour chasser les punaises quand elles veulent bien s'en aller.
YETOMANIE. Manie étrange, car c'est celle de se battre : or , on ne se bat guère sans s'exposer à être battu, et parfois même a pis encore. Cependant, la ma** nie de se battre est une des plus répandues dans la nature ; elle existe non-seulement chez les hommes, n^ais chez les animaux et même ceux qui sont réputés pa<^ ciGques.
On comprend qu'un individu veuille se battre quand, pour prix du combat , il voit la dépouille du vaincu; on conçoit aussi qu'il attaque quelqu'un pour s'en venger ou pour acquérir ce qu'on appelle de la gloire, ou bien encore pour le manger. Mais il est des hommes qui se battent pour le seul plaisir de la chose^ c'est-àdire pour donner des coups et pour en recevoir.
Je dis en recevoir, car si cette chance n'existe pas, ces gens se tiendront cois. C'est ainsi qu'un taureau , toujours prêt à en attaquer un autre, n'attaquera jamais. uo veau, parce qu'il sait qu'il ne peut pas se défendre. De même ce buveur hargneux et dont la raison chancelle, en conservera encore assez pour ne pas se ruer sur un enfant ; c'est à un homme comme lui qu'il s'en prendra, souvent uiême à plus fort que lui : on croirait qu'il désire être rossé, satisfaction qu'il obtient assez fréquem-
M% YÉT
ment. 11 n'y a pas de mal , car il n*en est pas moins fier de s'être battu : meurtri , bosselé , éreintë , il se relève content.
La manie de se battre n'est pas étrangère aux femmes. Il y en a qui provoqueront leur mari avec une persévérance incroyable; il ne leur suffira pas qu'il se fâche, il faudra absolument qu'il les batte , et pour Fy déterminer, elles commenceront.
11 y a aussi des enfans de ce caractère. Ils veulent être battus, a6n d'avoir le droit de crier ; et cela est si vrai, que si vous en faites seulement le simulacre, ils hurleront absolument comme si on les assommait.
Ne sont-ils plus sous vos yeux, laissez>les seulement deux ensemble, ils ne pourront même s'arranger pendant une heure.
11 n'y a pas jusqu'aux petites filles qui , dans leur pensionnat , se prendraient aux cheveux , si l'on n'y mettait ordre.
Le goût des coups est donc naturel à toute l'espèce, et ce qui le prouve, c'est que l'on n'a pas trouvé on peuple , dans l'état de nature , qui n'ait été ou ne soit encore en guerre avec quelque voisin, ou à défaut, avec son frère; et c'est ainsi que toutes les populations de la terre se partagent en battans et battus, en vainqueurs et vaincus.
Cette folie est sans doute la suite du péché d'Adam et un reste de la malédiction céleste, car si elle n'existait pas parmi les hommes, s'ils avaient autant de propension pour l'ordre et la paix qu'ils en ont pour la guerre, les neuf dixièmes des maux qui nous accablent cesseraient, et nous ne verrions que peu de crimes.
L'amour en a fait commettre sans doute , mais pas la moitié , pas le quart , pas la centième partie que la passion contraire : le goût des coups.