‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 82 sur 110 · S50 TEN · texte numérisé non relu

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dians, c'est-à-dire un sur soixante habitans. C'est beauconp.

Dans ce nombre , combien en est-il qai , sans être riches, ont rigoureusement de quoi vivre?

Combien en est-il encore qui ne sont pauvres que de nom?

Ces hypocrites de pauvreté sont punissables; ils volent les vrais pauvres. Ces vrais pauvres forment , je crois , ta petite minorité; mais cette petite minorité ne devrait pas même exister. Sous un gouvernement rationnel , il ne doit pas y avoir de mendians : l'hospice aux inBrmes, aux vieillards, aux enfens abandonnés; du travail à ceux qui peuvent travailler; le dépôt de mendicité, la prison, puis enfin la déportation aux vagabonds qui ne veulent rien faire. La mendicité est Fécole des voleurs et des incendiaires.

La misère est, à mes yeux, une chose qui vient presque toujours de la volonté. Chacun se crée lui-même la sienne ou du moins ne la repousse pas, croyant toujours que quelqu'un est chargé de la repousser pour hii. L'animal, qui ne compte qae sui* lui-même, ne meurt jamais de faim là où il y a possibilité de vivre; il meurt quand tout meurt, tandis que l'homme, placé «ous l'arbre qu'avec un peu de soin il pourrait rendre fécond, sous cet arbre qui lui offre ses fruits , ne sait pas même étendre la main pour les cueillir.

Assurément il y a, chez nous, moins de mendians qui meurent de faim qu'il n'y en a qui meurent d'ivresse et d'excès de tous genres; mais n'en mourrait-il qn'un seul , c'est déjà trop ; et l'on ne s'explique pas que dans notre civilisation, au milieu de tant d« gens qui regorgent de superflu, il y en ait qui puissent mourir fonte du nécessaire. Il y a donc, dans cette civilisation, un vice radical.

Les hommes s'associent en penple , en nation , pour avoir un roi , un consul « un président , des chambres , des tribunaux, nne armée, un bourreau, etc., et chacun met son denier à la bourse commune pour solder tout cela. C'est bien ; mais pour en jouir , il faut vivre , et celui qui est mort de faim ou qui doit bientôt en mourir, aura donné son denier en pure perte.

Or, qu'est-ce qu'un pacte social, si ce n'est une assurance mutuelle contre la souffrance et la mort? Il serait donc logique que les hommes , en s'associant , reconnussent que tous les membres de la famille ayant un même besoin à satisfaire et un même droit à la vie, un morceau de pain et une cruche d'eau leur soient assurés chaque matin, sauf à eux à y ajouter quelque chose.

Ce morceau de pain serait le premier droit civique ; les autres ne viendraient qu'après. Qu'est-ce qu'une liberté publique qui nous garantit tout, excepté la vie?

Pour nous procurer ce pain quotidien , que . nous manque-t-il donc? EsI-cg la volonté ou la matière? — La volonté sans contredit — Comment la matière manquerait-elle? La terre n'est-elle pas. là; elle contient à peine la ^ntième partie, des hommes qu'elle peut nourrir. Mais c'est qu'il n'y a nulle part de nourriture toute faite: partout il faut la gagner, la trouver ou la faire; partout il faut travailler, et malheureusement beaucoup de gens ne veulent pas travailler, et ce qui est pis, venlent empêcher que les autres travaillent. Ces grandes armées qui couvrent l'Europe n'ont pas d'autre destination. Nous ne prenons les armes contre nos voisins que dans la crainte qu'ils ne deviennent trop heureux: nous voulons les contraindre à sdnflrir comtne nous souffrons nousmêmes. C'est là ce qu'on appelle ^équilibre de l'Europe. Faire des pauvres est la. politique dé tous les cabinets, et l'art de gouverner n'est ^ue la science de s'entre*nuire.

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Des grands , cette croyance est passée anz petits , et rartisaii lui-même dépense autant de temps pour contrecarrer son voisin que pour faire aller son métier.

Telle est , n'en doutons pas , la vraie source de la pauvreté en Europe , et ce qui est cause que tant de gens tendent la main.

Voyez : Misère.

TENDRESSE POUR LES BÊTES. Je ne vois pas de mal à aimer les animaux, tant s*en faut, et j'ai en défiance les individus qui les maltraitent ; mais je n'ai pas non plus beaucoup d'estime pour ceux qui leur sacrifient des hommes , comme jadis on sacrifiait des enfans à Moloch.

Tel domestique est l'homme lige, le serf, l'esclave du chien de sa maîtresse; lequel chien ne se contente pas toujours d'avoir un seul valet , il en veut deux , trois , quatre ou plus, et il est telle famille, telle bonne maison bourgeoise dont le perroquet ou le chat est le véritable maître.

Le chat surtout , flatteur insinuant , obtient tout ce qu'il veut de ceux qu'il s'est mis en tête de séduire; et si les Egyptiens l'embaumaient, il est des gens chez nous qui Fadorent.

Les animaux domestiques, quand on cède à leurs fan* taisies , deviennent de vrais tyrans ; ils ont toutes les manies des enfans gâtés, et ils finissent par en avoir tous les vices.

Les passions des animaux se développent comme celles des hommes. A trois mois, ce petit chat se contente d'une plume; son ambition est de prendre une mouche. A six mois , il lui fout une squris ; à un an , un rat ; peut -^ être à deux vou«hra-t^â un lapin, et même un

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lièvre. S^it gr<ys9issaU dans la proportion de ses désirs , il lui fiiodrait bientôt un ëtëphant.

Cette tendresse excessive pour les animaux a le grave inconvénient de fermer trop souvent notre cœur à des amitiés rationn^les. Ce chasseur qui pteure son chien, ne pleurera peut-être pas son frère ; et W^^ Jean , ma portière, croirait f^re injure à son chat si elfe établissait la moindre comparaison entre lui et M. Jean, son mari.

Quant à mon métayer , digne homme , obligeant et aumônier s*il en fut , il donnerait sans difficulté trois créatures humaines pour sauver sli vache malade. C'est luie bêle si douce , si intelligente ! D'ailleurs , elle lui fournit quinze litres de lait tous les jours , et trois ^ chrétiens ne lui en procureraient pas un seul. On peut aimer son prochain comme soi-même, sans l'aimer comme sa vache.

L'intérêt, on le voit, entre bien pour quelque cbose, notamment chez l'homme des champs, dans l'amitié quMl porte à ses bêtes. Un propriétaire me disait qu'il vit un soir entrer che» lui, Vâir effaré, un fermier son voisin; il venait lui demander un peu de thé. — Avez -vous quelqu'on de malade, dit M. die V***? — Oui, monsieur. — Qui donc?— Notre cochon. — El le thé? — C'est pour lui ; c'est que -nous lui sommes fort attachés, ma femme et moi : il vaut soixante-quinze francs.

L'Arabe attache aussi un grand prix à son cheval, mais raniitié n'y est pas complètement étrangère ; et tout intéressé qa'it est, on Ta vu reiuser des monceaux d'or ponr conserver un animal chéri.

ie conçois cette faiblessie pour les chevaux, et ce qni m'a fait renoncer à en avoir , c'est que je ne pouvais , sans éprottver de véritables remords, me défeire de ceux qui m'avaieQt servi long-temps.

On a vu ) dans ks régimens de cavalerie , les soldats

s'éprendre pour telles bêtes ayant figuré dans une affaire célèbre ou qui seulement étaient restées long-temps au corps. On les aurait mécontentés tous en se défaisant de ces vieux serviteurs ; et les colonels bien inspirés les conservaient même à leurs frais. Après la mort de Turenne, ses soldats demandèrent son cheval pour général : « Laissez faire sa pie, disaient-ils, elle saura bien nous conduire. >

M. de Chateaubriand cite un coq conservé religieusement dans répinette d'uu navire de guerre; il avait chanté pendant un combat.

Un chat était également devenu le favori des matelots, pour s'être sauvé sur une planche dans un naufrage.

Un officier anglais m'a montré la cicatrice d'une blessure qu'il avait reçue d'un gros perroquet à l'abordage d'un négrier. Cet oiseau, perché sur une vergue, s'était bravement jeté sur lui pour défendre son pavillon.

Fait prisonnier, le perroquet fut l'objet des attentions des deux équipages, et sa possessioa, que chacun réclamait, manqua d'amener un nouveau conflit.

Mais si l'on peut citer quelques traits de l'amitié des hommes pour les bêtes, on en trouverait beaucoup plus de l'amitié des bêtes pour l'homme.

Voyez : Amitié des animatAX,

TENTATION. Quafid chaque matin, dans nos prières, nous disons à Dieu : « Ne. nous induisez pas ea tentation, » il faut bien comprendre ce que nous voulons dire. Nous lui demandons qu'il nous aide à résister à cette tentation, car ce serait se faire une étrange idée de Dieu que de croire que c'est lui qui nous la présente et qu'il peut jouer le rôle de tentateur. C'est au serpent seul à qui nous pourrions adresser celte singulière requête.

Eq demandant que Dieu écarte de nous la tentation, nous ne lui faisons pas, non plus une demande absolue; vous allez voir pourquoi. Si la tentation du mal nous conduit au mal, c'est aussi cette tentation qui nous mène au bien. Qu'est-ce qu'une bonne action? C'est le choix de la bonne voie : or, pour choisir la bonne, il faut qu'il y en ait au moins une mauvaise.

Ce n'est pas assez : il faut que nous ayons non-seulement la liberté de nous engager dans cette mauvaise, mais même que nous en ayons le désir.

Pour que nous l'ayons, il est indispensable que celle mauvaise ait quelque chose de plus attrayant que la bonne. Sans toutes ces conditions , plus de désir , plus de tentation, plus de volonté,, plus de choix: dès-lors, plus de bien ni de mal possible. Toute la vertu humaine ressort donc de la tentation, qui résulte elie-^méme des choses tentantes.

Les choses tentantes peuvent nous attaquer de deux manières : par elles-mêmes et leur propre nature , on par la sauce qu'on y ajoute ; et dans la catégorie des sauces, je comp^rends la gentillesse, la grâce et l'amabilité, on à défaut, la coquetterie pure et simple.

Par exemple: quand Proserpine tentait saint Antoine, était-ce comme chose et matière qu'elle se présentait , ou bien était-ce comme esprit', esprit de corruption s'entend , et agent provocateur? Bref , le saint était-il attaqué ici par le cœur ou par les sens?

11 est évident que si la reine des enfers s'était pré* sentée dans son costume officiel et sa robe infernale, sentant de vingt pas le soufre et le roussi, le bon ermite, bien loin d'être tenté, se fût bouché le nez, et que son compagnon, aussi peu séduit que lui-même, eut reçu la dame à coups de boutoir.

En vain elle eut prononcé les plus belles paroles et

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déployé toute la grâce du inonde , rien n'y eut fût. Aussi ne s'offrit-elle pas comme esprit, mais comme matière, matière appétissante, jeune, fraîche, sétluisante, sans phrase et sans diplomatie; enfm ce n'était pas une tentatrice, mais une tentation. Aussi saint Antoine échappat-ii à grand' peine , non qu'il eut à soutenir un assaut contre la belle, mais bien contre lui-même« C'était 1» nature qui se révoltait contre le froc, c'était l'homme qui se batUiit contre le saint. L'homme disait: elle est belle; le saint disait : c'est pécher. Bref, le saint l'emporta ; en d'autres termes, les sens furent domptés par la raison.

Nos sens : voilà quelle est la tentation. Notre raison : voilà notre ange gardien. Nos sens représentent la matière. Notre raison représetUe l'esprit. Dans cette lutte incessante de l'esprit contre la matière oa de l'amour de nous-même contre le droit d'autrui, eit la double voie du bien et du mal moral, ou de ce qui constitue le vice et la vertu. Là , sont le saint et le réprouvé. Sans cette double action , sans cette conscience du juste et de l'injuste ou de ce qui est utile ou nuisible, sans la possibilité de faire l'un et l'autre, sans un double désir, celui d'être sage ou de ne pas L'êtjre , celui d'écouter Proserpine ou de ne pas l'écouter , celui enfin d'âtre Antoine le prédestiné, Antoine le chaste et le saint oa Antoine le viveur et le tibertin , il n'y aurait ni tentation, ni conscience, ni liberté, ni volonté possibles. Une volonté unique n'est pas une volonté , n-est pas même une possibilité. Pour qu'elle le soit, il en faut au moins deux ,. et deux qui se contredisent. A cette condition senle, Pêtre pense et agit, Têtre existe; il n'est plus mécanique, il n'est point matière*

Dans tout ceci, qu'aiirait à faire aujourd'hui un ten** tateur? A quoi servirait-il à r.ensemble et à la marche dcs..choses? Ces choses, nous venons de le dire, suffisent

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de reste pour nous tenter, et ces tentations sont si fréquentes, si bien semées sur notre route, que nous ne pouvons pas faire ^ deux pos sans en éprourer une , et qu'il n'est pas un homme , quelque faible et perverti qu'il soit, qui s'abandonne à toutes et qui, dix fois par jour, par calcul ou par peur, ne résiste à ce que ses sens, son caprice on sa perversité le poussent h faire.

S'il n'y a pas d'homme qui ne soit tenté, sMl n'y en a pas non plus qui cède toujours à ce qui le tente, il CD est de même des animaux , car l'animal est tenté comme l'homme, et sait, comme lui et parfois mieux que lui, résister à la tentation.

Comme l'homme aussi, il fait avec délice ce qu'on lui défend. Cet âne , qui sait fort bien quMl ne doit pas manger les choux qu'il porte au marché , trouve à la feuille quMI peut attraper lorsque son conducteur a le dos tourné, un goût meilleur, un arôme plus fin qu'à celle qu'on lui donne; et cette saveur du fruit défendu acquiert, pour son palais, d'autant plus de piquant que la défense est plus terrible on quelle peut lui attirer, s'il est découvert, un plus grand nombre de coups. De râne à l'homme, il n'y a ici de différence que dans les oreiHes; encore pas toujours.

Si la tentation est nécessaire pour manifester la moralité de l'être en lui donnant le choix entre le péché et la résistance , elle Test aussi pour faire apprécier le mérite des choses et même pour leur en donner un qu'elles n*ont pas : c'est Tépice qui parfume le mets.

Nous avons dit qu'il n'était pas d'homme qui cédât à toutes les tentations; il n'en est pas non plus qui y résiste. Tous les saints ont été tentés, sinon ils ne seraient pas saints. Mais parmi ces saints, il n'en est pas un qui n'ait cédé quelquefois, ne fût-ce qu'à boire deux verres d'eau fraîche quand un seul eut suffi pour appaiser sa

soif, ou manger une noix de plus que ne le comporte sa faim. Dans tout ceci encore, Proserpine n^ëtait pour rien: la noix et le verre d'eau étaient les seuls tentateurs.

Comme on pourrait ne voir ici qu\m simple babillage, nous allons en déduire quelques conclusions sérieuses.

Quand un homme a cédé à une mauvaise inspiration, que se dit-il à lui-m(*>me? — « L'entraînement était audessus de mes forces; je ne pouvais plus résister. J'ai cédé, parce qu'il était impossible que je ne cédasse pas : la fatalité a tout fait. «

Je réponds: la fatalité n'a rien fait, et tout ce dire est mensonger. La tentation que peut éprouver un être ne saurait jamais être au-dessus de ses forces. Si elle l'était, ce ne serait plus une tentation, mais une violence, un fait imposé et devenu pour lui, par cela même qu'il n*a pu s'y soustraire, un acte purement mécanique; bref, il ne serait ici qu'un instrument passif.

Toute tentation comporte donc une volonté, un choix, une résistance. L'homme froid est sans doute tenté moins puissamment que l'homme ardent et passionné, mais celuici peut opposer une passion à une autre, c'est-à-dire la passion du bien à la passion du mal, car la puissance de l'un est toujours la conséquence de la puissance de l'autre.

Ajoutons que la tentation ne devient violente en nous que par l'habitude d'y céder. L'homme qui est tenté pour la première fois ou qui a toujours résisté, ne l'est point fortement tout d'abord ; et si l'on remontait aux circonstances qui ont signalé les débuts des plus grands coupables dans la carrière du mal, on s'étonnerait du peu d'effort qu'il leur eut fallu faire pour se soustraire à ce premier entraînement.

11 n'en est pas de même lorsque l'habitude en est venue. Sans doute l'impulsion n'est pas encore irrésis-

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tible, mais la balance n'est pins égale : le mal a pris le dessus, il est passé à Tétat de besoin. Dans le principe, ce n'élait qu'un plaisir que nous Toulions nous donner; aujourd'hui, c'est une nécessité qae nous croyons satisfaire, nécessité factice sans doute, mais qui n'en devient pas moins une cruelle privation.

La douleur est-elle moindre quand vous avez cessé de combattre? Non, vous souffriez en résistant, et vous souffrez encore en cédant : blasé sur votre vice et par son excès même, vous en avez à la fois le dégoût et le remords. C'est alors que l'enfer commence. Oui, l'enfer est pour vous sur la terr* lorsque l'habitude du mal vous attache à ce mal, miéme lorsqu'il n'a plus de charme pour vous , même lorsqu'il vous répugne et vous fait horreur. C'est ainsi qne de faux pas en fiaux pas, d'aber^ ration en aberration, les passions mauvaises nous conduisent à nous torturer nous-même et à devenir notre propre bourreau.

N'oublions donc pas que de toutes les pentes, la plus rapide est celle du mal , qu'une faute conduit à une faute, un crime à un crime. Mais souvenons-nous aussi qu'à côté de cette pente , il est une voie toujours ou^ verte ; oui. Dieu a mis en nous une puissance qui peut dompter jusqu'au mal même : c'est la volonté. Avec elle; l'ame est toujours reine; et quelque profondément que nous soyons enfoncé dans l'abîme, à toute heure, à tout instant elle nous en fait sortir, et toujours nous pouvons revenir au bien.

TERRE. Les anciens ont d'abord cru que la terre était ronde , puis ils ont voulu qu'elle fut plate. Elle n'est ni l'un ni l'autre : c'est un ellipsoïde ou un globe un peu alongé, quoique moins qu'un œuf. .

On la riBprësânte anâsi oomune une sphère légèrement àpplatie, dont la plus grande ëlëvalion est sous Tëqnateur et la moindre sous les pôles.

La surface entière de la terre est d'environ 25 mil^ lions 800 mille lienes carrées, on 148 millions d'arpens. La terre a, selon les uns, 3,000 Keaes de diamètre; selon les autres, 2,900 et même seulement 2,800. Le soleil en a 319 mille, et il est 1 million 400 mille fois plus gros. La terre n'est qu'une noisette à c6té^ comme le soleil lui -môme n'en est qu'une compara titement à d^auCres astres. Syrius est un million de fois plus ^ros que hii ; et d'autres étoiles^ bien qnoi prises aassi parmi les pIûs petites , un million de fois plus grosses que Syrius. Qu'est-ce donc que les grandes étoiles elles-mêmes auprès du soleil «entrai autour duquel gravitent tous tes autres soleils avec leur cortège de planètes!

Le rayon de la terre, contenu 23,504 fois dans l'espace compris entre elle et le soleil, s'en trouve à 35 millions de lieues. Sa rotation sur elle-même est uniforme, mais non sa révolution autour du soleil. Sa marche se ralentit à mesure qu'elle s'en éloigne, et reprend sa rapidité quand elle s'en approche. C'est ainsi qu'elle fait par an, autour de cet astre, 416 millions de lieues, ien raison de 18 millions par mois ou 602,000 par jour, 35)000 par heure, 416 par mikiute. C'est mieux que la vapeur, mais pas si bien que rëleclricité.

L'atmosphère de la terre tourne avec elle. Ainsi ^ il n'y a pas de frottement , ou ce frottement existe non entre la terre et son atmosphère , mais entre cette atmosphère est ce qui est en dehors.

Si l'atmosphère de la terre ne l'accompognait pas dans son mouvement, nous sentirions^ après quelques heures^ le parfum des roses de l'Asie.

On n'est pas fixé sur l'étendue de l'atmosphère de

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la tfim. Les uns lui donnent 4,500 Urnes, les autres 44^331 , quelques-uns 300 lieues. Delalande ne lui en accorde que 1&. Cela prouve qu'on n'en sait rien.

Une colonne d'air de la hauteur de l'atmosphère pèse^ dit-on , autant qu'une colonne d'eau de 2i% pieds. Or , comment le saLt^oq, si l'on ne connaît pas l'étendue de cette almosphèie?

Ce qui fait peut<-être qu'on est si peu d*aeeord sur cette étendue, c'est qu'elle est variable. Soun>ise, comme nos marées , aux actions combinées du soleil et de la lune* elle éprouve les mêmes déplacemens.

L'atmosphère qui environne la terre étant un fluide, les rayons du soleil qui le traversent s'y brisent. C'est ce qu'on appelle réfraction.

Rien, d'ailleurs , de plus utile qu'une atmosphère. Son existence est même , pour les habitans d'un globe , une question de vie ou de mort.

Une chose non m^ios nécessaire à la terre, c'est jsa cbakur inlerne, car celle du soleil ne lui suffirait pas, et le refroidissement intérieur auquel nous remédions encore par des engrais, amènerait, avec la Gn de la végétation, la mort de toules les créatures. Nul doute qne ce refroidissement ne s'opère, mais il est très-lent : c'est une garantie pour les propriélaires. Newton a calculé qu'un globe de fer égal à la terre et rougi au feu, serait 52,000 ans à se refroidir. Combien, de ces 52>000 ans, avons-nous (ke .fait? Sonu»es«nous à ooflAmencement ou jk fin djB bail, et le^ premiers jours du m.0Qde a'étaieut-ils pas des siècles?

U faut b\tn reaonnatUre que comparativement à d^nutres globes, notre, portion est assez médi«cee: la terre «st cotum^ eu exii dans un coin de l'espaoe. Sans doute; le sobil i^eu .est qu'à 35 miUiOns dr lieuQs;,sa lumière BODf parvient ea nûi^ dn 8 minntes, et, il ne faudrait;

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que 6 ans à un boulet laocë à toute vitesse pour y arriver , mais c^est le seul voisinage que nous ayons, car je ne compte pas la lune qui n'est que notre compagne de misère, ni les autres planètes qui, dans aucun cas, ne peuvent nous chauffer ni nous éclairer. Les étoiles sont les seuls "soleils sur lesquels nous pourrions compter; mais la ressource est médiocre, car {es plus rapprochées de la terre en sont 400 mille fois plus loin que notre soleil , ou à 3,566 milliards de lieues ; et leur lumière , eelle de Syrius par exemple, en faisant 70,000 lieues par seconde , met 3 ans et 81 jours pour arriver jusqu'à nous. Jugez de la distance de celles dont les rayons ne nous parviennent qu'après quelques millions d'années.

Le grand éloignement des autres soleils a l'inconvénient de ne nous donner de lumière que 12 heures sur 24 , terme moyen : ce qui peut nous paraître d'autant plus dur que nous avons sous les yeux des globes qui, ayant 2 à 3 soleils à leur service, n'ont pas même idée de ce que c'est que la nuit. H est vrai, si ce peut être pour nous un motif de consolation , que les habitans de ces globes si bien illuminés doivent être faibles en astronomie et ne pas se douter qu'il existe d'antres astres que leur soleil. C'est à cettç circonstance ou au demijour dans lequel est la terre, que nous devons tous nos astronomes grands et petits.

On pourrait donc, à la rigueur, se consoler de n'avoir qu'un soleil, et même prendre son parti sur les 12 heures de nuit, s'il n'existait d'autre inconvénient; n^ais il en est un des plus graves, c'est que ce soleil unique n*est pas lui-même très-solide, et bien qu'il soit l million 500 raille fois plus gros que la terre , il n'a pourtant , d'après les savans , que 250 mille fois plus de matière. Or , toute proportion gardée , la- terre . est donc i fois plus étoffée que Ini, et conséquemment i fois plus

dense. Si , mal^é cette densité , elle ne passe pas pour très- forte , qu'est-ce donc du soleil? Ceci ne doit -il pas nous donner à penser? Ces immenses macules noires dont nous l'avons vu plus d'une fois couvert et le refroidissement des saisons qui en a, chez nous, été la suite, ne sont -ils pas un signe de décomposition et n'annoncent-ils pas un astre malade? Quant à moi , je serais tenté de le croire.

Ajoutons qu'il y a des gens qui prétendent que ce soleil n'est lui-même qu'un prête-nom , un éditeur responsable, un astre de paille enfin. Ils assurent qu'il n'est pas chaud par lui-même, que c'est un corps froid comme la terre, comme la lune, ou n'ayant qu'une incandescence interne qu'il garde pour lui seul : dès-lors, que la chaleur qu'il répand n'esf que l'effet de celle qu'il reçoit, qui nous arrive à peu près comme ^ lumière de la lune par réflexion, ou bien par concentration comme dans un verre ardent.

Ils disent pis encore : le soleil ne serait pas même un astre de premier ordre, une tête de système, un globe directeur , mais le satellite d'un autre soleil , d'un vrai soleil dont il tiendrait son éclat, et qui le cliaulferait à peu près <iomme on chauffe une chaudière pour faire marcher un wagon.

A l'appui de kur dire, ils soutiennent qu'il ne se consume pas, et que ce que nous prenons ponr des taches sont des mers iQimenses qui, depuis long-temps, seraient réduites en vapeur si le soleil brûlait.

Nous n'aurions donc de la chaleur et du jour que de seconde main , et un jour supporté et ayant déjà servi à d'autres.

Ainsi, notre système solaire secait de fait un système non solaire , n'existant que sous le bon plaisir d'un autre astre qui , au premier signe d'une réduction de lumière

et (le chaleur dans ses satellites, prétendrait que c'est à nous, parasites, à nous en passer.

Placée si loin des belles régions du ciel et exposée à tant de passe-droit et de dangers, cette terre est un si vilain monde , un lieu si malsain , de si mauvaise corn* pagnie , que personne , sauf peut*étre quelques médians rutiles , n'y resterait sans l'attraction qui vous y cloue comme à une croix ou comme Proniéthée à son rocher.

Cependant, comme en toute chose il faut être équitable et présenter le pour et le contre, nous ajouterons que s'il est des gens qui ne veulent pas que la terre ait un soleil à elle, il y, en a qui assurent qu'elle en a deux faisant leur service tour-à-tour, mais qui se ressemblent si bien, qu'on jurerait que c'est toujours le même. Cette opinion, toute bizarre qu'elle $emble% était celle d'un homme qui s'y connaissait, John Herschdl, qui voyait dans notre soleil une étoile double , c'est-à-^dire l'une tournant autour de l'autre et exécutant sa révolution en un grand nombre de siècles.

S'il en était ainsi , ce serait à la fois une consolation et une garantie , car si l'un manquait , nous aurions Tautre. Il n'y aurait à craindre qu^une seule chose, c'est qu'il ne leur prit fantaisie de se montrer tons les denx à la fois et de nous chauffer à toute vapeur. On sait que les rayons du soleil ne tombent perpendiculairement sur la terre que sous la zone tarride on un espace de 47 degrés, séparés par l'équateur en deu^ parties égales; le reste de la planète ne reçoit qu'obliquement les rayons da soleil : or , si tout le reste de la terre allait devenir aone torride et si celle-ci aHait doubler de chaleur, on ne sait trop ce qui pourrait en arriver et si toutes k& eaux du globe suffiraient pour éteindre l'incendie.

La lune élant une dépendance de la terre et Fun de ses départemens, nous en pouvons dice nut moL

C'était la plus petite des planètes connues avant oeltê que Von a nouvellement découverte; elle n'a que 782 lieues de diamètre. C'est peu pour un Éionde, mais i] est à croire qu'il en est de bien moindres encore et que nous ne puuvoos voir par suite de rinsufflsancc de nos yeux et de l'imperfection do nos télescopes. Que Tart de l'opticien fasse de nouveanx progrès, et nous les verrons comme les voient sans doute certains oiseaux dont les yeux valent toutes nos lunettes.

La lumière de la pleine lune est 300 mille fois plus faible qut celle du soletl qui , cependant , est éOO fois plus loin de la terre. La lumière de la lune, rassemblée au foyer du plus grand miroir, ne produit pas d'effet sensrble sur le thermomètre. Nous ne voyons , d'ailleurs, qu'un des côtés de cet astre. Les habitans de l'autre côté, s'il est habité, n'ont aucune idée de la terre.

La terre met 24 heures à peu près pour accomplir sa rotation sur elle-même. La lune fait sa révolution autour de la terre en 27 jours 7 heures 43 minutes, d'occident à orient; mais son mouvement n'est pas égal et va plus ou moins vite selon qu'elle se rapproche ou s'éloigne de nous. Elle ne décrit pas un cercle régulier, mais un ovale dont la terre , tout en tournant elle-même autour du soleil, occupe non le centre, mais l'un des foyers. La distance de la lune à la terre varie ainsi de 80 à 91 mille lieues.

En vérité, ce n'eSt qu'un pas, et je ne désespère point qu'on ne puisse un jour y arriver. Excellente position pour en faire un Botany-Bey, un siège de déportation pour nos condamnés ou de transportation pour nos prévenus.

Il est vrai que des gens malveillans, probablement ceux qui ne croient pas au soleil , prétendent que la lune n'a pas d'atmosphère ; dès-lors , qu'elle n'a ni ah', ni eàu,

ni nuage, ni pluie, que c^est un monde éteint et mis au rebut, une masse glacée, qui n'est ni ne peut être habitée, pas même par les mouches et les taupes.

D'autres , moins exclusifs ou plus généreux , lui accordent une petite atmosphère de 8,000 pieds. C'est tout autant qu'il lui en faut pour y faire vivre ses habitans, et nous ne lui en demandons pas davantage. Aussi deux savans allemands, le professeur Gruilhausen et son confrère l'astronome Schroeter, y ont-ils découvert des traces de végétation et des signes évidens du séjour d'êtres animés. Ils y ont vu, ils l'assurent du moins, de grands chemins tracés dans diverses directions , un édifice colossal et un ensemble présentant l'aspect d'une ville considérable. Si vous en doutez , lisez le Journal de Paris du 22 octobre 1835 , n^ 2,898; et il ne s'agit pas ici d'une mystification comme dans la fameuse lettre datée du Cap, mais d'une assertion sérieuse et faite de bonne foi.

Malgré mon respect pour les savans allemands, je pense que leur découverte exige confirmation , et jusque-là je m'en tiendrai à celles de nos lunettes, qui n'ont vu dans la lune que de vastes mers , des vallées assez profondes et des montagnes d'une médiocre élévation , puisque la plus haute n'aurait guère que 2,800 mètres , ce qui est à peine le tiers des nôtres. D'ailleurs, à leur forme circulaire, toutes paraissent volcaniques, et Tune a été vue plusieurs fois lançant des feux.

Selon les mêmes astronomes, l'atmosphère de la lune serait respirable comme la nôtre; mais on y passerait brusquement d'une chaleur brûlaple à un froid excessif, et le thermomètre y descendrait à plus de 60 degrés audessous de zéro: triste séjour, comme Ton voit, mais qui nous consolerait un peu de celui de la terre, car la Sibérie, comparativement à la lune, jouirait d'un printemps perpétuel.

Ajoutons que c'est un astre lent et paresseux. On dira qn'il parcourt 13 fois 1/2 son ellipse pendant que la terre ne parcourt qu'une fois le sien , et l'on en tirera la conséquence qu'il va 13 fois 1/2 aussi vite dans son cercle que la terre dans le sien. Tout ceci n'est que prestige, et en réalité, la lune ne fait que 14 lieues par minute , tandis que la terre en fait 418 ; et si la première semble marcher plus vite, c'est qu'elle n'a pas tant de chemin à faire ni un orbite aussi vaste à décrire.

Maintenant, le soleil, la lune et la terre sont-ils en état de croissance ou de décroissance? Pour les deux premiers astres, je dirai que je n'en sais rien. Quant à la terre , je crois et j'ai tâché de démontrer ailleurs qu'elle atigmente de poids , de volume et d'étendue.

Cette croissance de la terre sera, je le sais, vivement combattue, et l'objection la plus puissante qu'on pourra faire est que si la terre avait augmenté de volume , le mouvement de la lune ou de son satellite aurait varié, et qu'ainsi la durée du jour sidéral ne serait plus la même ; tandis qu'il est mathématiquement prouvé que depuis que les hommes ont tenu note des révolutions célestes, il n'y a eu aucun changement.

Je répondrai à ceci par un article spécial sur la constitution du ciel; seulement, je ferai observer que les hommes qui tiennent ces notes sont nouveaux sur la terre, et que leurs observations rationnelles sont plus nouvelles encore.

Quant à ce qu'il adviendra, dans les temps futurs, de la terre comme du soleil et de la lune , je dirai : tous les astres ont commencé, tous doivent finir. 11 n'y a rien d'éternel dans les œuvres dont les élémens font la base: tôt ou tard ces élémens se désunissent. Ainsi les soleils s'éteignent et les globes tombent en dissolution. L'ame seule est éternelle, comme Dieu dont elle émane.

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THÉÂTRE ENFANTIN. Il se compose d'acteurs en bavette qui , pour le naturel et la finesse de leur jeu , approchent des marionnettes, sans pourtant les égaler.

On dira que c'est une pépinière d'acteurs. Une pépinière n'est pas un théâtre. Pourquoi voulez-vous des acteurs? pour vous amuser ou vous instruire. Alors , pourquoi en avoir qui vous ennuient et ne vous apprennent rien?

Puis, si un théâtre est, comme vous le dites, une école de mœurs , doit-il blesser à la fois la morale , les convenances et la vérité? La jolie chose qu'un amoureux de dix ans débitant des fadeurs à une amoureuse de huit! Ou le gamin comprend , ou il ne comprend pas : s'il comprend, quel bienfait pour lui ? S'il ne comprend pas, quel agrément pour vous?

Un spectacle enfantin ne peut et ne doit offrir que des scènes d'enfans, des scènes dont les personnages n'aient pas dépassé l'âge de ceiix qui les représentent, des personnages surtout qui n'aient perdu ni la pudeur de l'adolescent ni la décence de l'homme. Hors de là, tous ces petits acteurs , non-seulement ne m'amusent pas , mais me révoltent. J'y vois a la fois la perte de l'art et celle de l'innocence , et en dé6nitive , une école de détestables comédiens, parce que dès leâr principe, faussés de cœur et d'esprit, ils joueront faux toute leur vie.

Ayez donc , si vous voulez , uA conservatoire ou des écoles de déclamation, laissez vos acteurs s'y former à huis-clos, mais des théâtres enfantins, n'en ayez ni à Paris ni ailleurs.

TIMIDITE, FAIBLESSE, INDECISION. La timidité est une espèce de peur qui n'est ni celle de h douleur ni celle de la mort: c'est la crainte du ridicule.

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