LA PARQUE
D'après le dessin de Fragonard, d'après Raphaël.
finit par chercher ses modèles dans les peintres de second ordre. On se rend bien compte du saisissement de Fragonard, gardant encore aux yeux la vision de bergerades dans les paysages bleutés de son maître, en face du dessin serré d'un Raphaël, des grandioses compositions d'un Michel- Ange ou devant la naïveté d'un Pérugin. Son émotion fut grande et lui fait honneur. Voici ses premières impressions telles qu'il les racontait et que les rapporte Le Noir dans
HONORÉ FR AGONAHD.
l'article de la Biographie Universelle : « L'énergie. de Michel- Ange m'effrayait; j'éprouvais un sentiment que je ne pouvais rendre. En voyant les beautés de Raphaël, j'étais ému jusqu'aux larmes et le crayon me tombait des mains. Je restai quelques mois dans un état d'indolence que je n'étais pas le maître de surmonter, lorsque je m'attachai enfin à l'étude des peintres qui me donnaient l'espérance de rivaliser un jour avec eux, c'est ainsi que Baroccio, Piètre de Cortone, Solimène et Tiepolo fixèrent mon attention. »
Citons encore un paragraphe de la correspondance de Natoire qui peindra bien le caractère versatile et léger du jeune Fragonard, en même temps que des irrésolutions bien naturelles d'ailleurs à son âge. La lettre est datée du 30 août 1758 :
« Fragonard avec des dispositions est d'une facilité ethonante à changer de party d'un moment à l'autre, ce qui le fait opérer d'une manière inégale. Ces jeunes servelles ne sont pas aisées à conduire ; je tacheray toujours d'en tirer le meilleur party sans les trop gêner, car il faut laisser au génie un peu de liberté. »
On voit quelle sollicitude de part et d'autre, à Paris comme à Rome. On se préoccupe de ses progrès; on s'inquiète de ses aptitudes. A propos de la copie imposée au pensionnaire du Roi, Natoire juge encore assez bien son caractère, sa tendance à se contenter trop souvent de l'a peu près. Le 18 octobre 1758, il écrit à Marigny :
« Le sieur Flagonard avance celle qu'il fait d'après Piètre de Cortone aux Capucins. Ce jeune artiste a un peu de peine à peindre les chairs et à donner le vray caracterre des airs de teste. Je l'exhorte à ne point se lasser pour la retoucher de nouveau car il s'imagine déjà avoir fait tout ce qu'il faloit et tout ce qu'il pouvoit. »
SA VIE ET SON OEUVRE
Enfin après divers retards, le 22 août 1759, le Directeur annonce l'envoi attendu : « Par ce courrier vous recevrés les études des pensionnaires, qu'ils ont l'honneur de vous envoyer. Ils vous prient de leur faire grâce en faveur de l'envie qu'ils ont de faire mieux par la suitte. J'espère que vous serés content des deux académies peintes par les sls Flagonard et Monet... Les trois copies sont enfin terminées. Je les envoyerai dès que je scauray qu'on peut les fier au passage de la mer. »
Le jugement ne se fait pas attendre. Cochin, dans son rapport officiel à M. de Marigny sur les travaux venus de Rome, se montre clairvoyant en signalant déjà des tendances à l'imitation chez l'artiste, des tons de couleur maniérés, et des demi-teintes aurores qui ne sont pas naturelles dans sa figure académique d homme. Baroccio, suivant lui, est un peintre dangereux à imiter.
S'inspirant de son conseil, Marigny répondait avec justesse à Natoire à ce sujet, le H octohre 1759 :
« On est satisfait de l'exécution soignée et de l'étude qu'on remarque dans la figure académique d'homme peinte par le srFragonard, cependant on craint que l'excès des soins ne réfroidisse entièrement le feu que Ton connoissoit dans cet artiste. La peine s'y laisse appercevoir et l'on n'y découvre point de ces heureux laissés, ny cette facilité de pinceau qu'il portait peutêtre cy devant à l'excès, mais qu'il ne faut cependant pas perdre entièrement en les rectifiant. Sa couleur ne présente point de ces tons frais, hazardés par l'enthousiasme et qui sont suivis du succès dans un artiste qui a étudié son talent et qui se livre avec connoissanec aux mouvemens de son génie. Tout est fondu, tout est fini; il est tems que le sieur Fragonard prenne confiance en sestalenset que travaillant avec plus de hardiesse
HO NO RË F R.ÀG ONA RD.
il retrouve ce premier feu et cette heureuse facilité qu'il avoit etqu'il semble qu'une étude trop sérieuse a captivé presqu'au point de les détruire.
a On est très satisfait de ses desseins, ils sont purs, savans et corrects, mais ne sont-ils pas dessinés avec trop peu dar-