‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 101 sur 105 · FÉLIX, POLYEUCTE, PAULINE · texte numérisé non relu

FÉLIX, POLYEUCTE, PAULINE

ALBIN

Pauline.

U I de vous deux aujourd’hui m’assassine) Sontrce tous deux ensemble , ou chacun à son tour? Ne pourrai-je fléchir la nature ou l’amour?

Et n’obticndrai-jc rien d’un époux, ni d’unpere?

Félix.

Parle* à votre époux.

TRAGÉDIE. Il

POLYtUCTÎ.

Vivez avec Sévere.

Pauline.

Tigre! assassine-moi du moins sans m’outrager.

POLYEUCTE

Mon amour par pitié cherche à vous soulager ;

11 voit quelle douleur dans l’amc vous possédé •

Et sait qu’un autre amour en est le seul remède. Puisqu’un si grand mérite a pu vous enflammer.

Sa présence toujours a droit de vous charmer;

Vous l’aimiez ; il vous aime, et sa gloire augmentée.,..

Que t’aî-jc fait, cruel! pour être ainsi traitée.

Et pour me reprocher , au mépris de ma foi ,

Un amour si puissant que j’ai vaincu pour toi?

Vois pour te faire vaincre un si fort adversaire.

Quels efforts à moi-même il a fallu me faire ,

Quels combats j’ai donnés pour te donner un coeuf Si justement acquis à son premier vainqueur;

Et , si l’ingratitude en ton cœur ne domine ,

Fais quelque effort sur toi pour te rendre à Pauline } Apprends d’elle à forcer ton propre sentiment,

Prends sa vertu pour guide en ton aveuglement ,

Souffre que de toi-même elle obtienne ta vie ,

Pour vivre sous tes loix â jamais asservie.

Si tu peux rejeter de si justes désirs ,

Pcgardc au moins scs pleurs , écoute scs soupirs •

Vt désespéré pas une ame qui t’adore.

POLYEU CTE.

It vous l’ai déjà die et vous le dis encore ,

tv r O L Y E U C T E ;

Vivex avec sévère , ou mourei avec moi.

Je ne méprise point vos pleurs, ni votre foi ;

Mais de quoi que pour vous notre amour m’entretienne ,

Je ne vous connois plus si vous n’ëtes Chrétienne. . . .

C’en est assez Félix , reprenez ce courroux ,

Et sur cet insolent vengez vos Dieux et vous.

Pauline.

Ah ! mon pere, son crime à peine est pardonnable ;

Mais s’il est insensé, vous êtes raisonnable.

La nature est trop forte , et scs aimables traits Imprimés dans le sang ne s’effacent jamais :

Un pere est toujours pere , et sur cctre assurance J’ose appuyer encore un reste d’espérance.

Jetez sur votre fille un regard paternel :

Ma mort suivra la mort de ce cher criminel;

Et les Dieux trouveront sa peine illégitime ,

Puisqu’elle confondra l’innocence et le crime»

Et qu’elle changera , par ce redoublement ,

En injuste rigueur un juste châtiment.

Nos destins , par vos mains rendus inséparables ,

Nous doivent rendre heureux ensemble ou misérables;

Et vous seriez cruel jusques au dernier point,

9i vous désunissiez ce que vous avez joint.

Un cœur à l’autre uni jamais ne se retire ,

Et pour l’en séparer il faut qu’on le déchire.

Mais vous êtes sensible à mes justes douleurs, |

Et d’un œil paternel vous regardez mes pleurs,

Félix.

Oui, ma fille , il est vrai qu’un pere est toujours perej

Rien n’en peut effacer le sacré caractère :

Je porte un coeur sensible , et vous l’avci percé •

Je me joins avec vous contre cet insensé...

Malheureux Polyeucce ! es-tu seul insensible i £t veux-tu rendre seul ton crime irrémissible ?

Peux-tu voir tant de pleurs d’un tril si détaché ? Peux-tu voir tant d’amour sans en être touché ?

Ne reconnois-tu plus ni bcau-pere, ni femme,

Sans amitié pour l’un, et pour l’autre sans flamme ? Pour reprendre les noms et de gendre et d’époux , Veux-tu nous voir tous deux embrasser tes genoux ? .

POLYEUCTE

Que tout cet artifice est de mauvaise grâce !

Après avoir deux fois essayé la menace ,

Après m’avoir fait voir Néarque dans la mort ,

Après avoir tenté l’amour et son effort.

Après m’avoir montre cette soif du Baptême ,

Pour opposer à Dieu l’intérêt de Dieu meme ,

Vous vous joignez ensemble î Ah ! ruses de l’enfer ! ïaut-il tant de fois vaincre avant que triompher ?

Vos résolutions usent trop de remise i Prenez la vôtre , enfin , puisque la mienne est prise. Je n’adore qu’un Dieu Maître de l’Univers ,

Sous qui tremblent le Ciel, la Terre et les Enfers.

Un Dieu qui, nous aimant d’une amour infinie , Voulut mourir pour nous avec ignominie ;

Et qui, par un effort de cet excès d’amour.

Veut pour nous en victime être offerr chaque jour. Mais j’ai tort d’en parler à qui ne peut m'entendre. Voyez l’aveugle errçuï que vow oî« détendre:

«4 POLYEUCTE

Des crimes les plus noirs vous souillez tous vos Dieux, Vous n’cn punissez point qui n’ait son maître aux deux: La prostitution , l’adultcrc , l’inceste ,

Le vol , l’assassinat , et tout ce qu’on ddteste ;

C’est l’exemple qu’à suivre offrent vos Immortels,

J’ai profané leur Temple et brisé leurs Autels;

Te le ferois encor , si j’avois à le faire ,

Môme aux yeux de Félix , môme aux yeux de Sévère p Môme aux yeux du Sénat , aux yeux de l’Empereur.

Enfin , ma bonté cede à ma juste fureur.

Adore-les, ou meurs.

POLYEUCTE

Je suis Chrétien.

Félix.,

Impie !

Adore-lcs , te dis- je, ou renonce à la vie.

POLYEUCTE

Je suis Chrétien.

Félix.

Tu l’es ? ô coeur trop obstiné !....

Soldats, exécutez l’ordre que j’ai donné.

Pauline.

Où le conduisez- vous i

Félix.

A la mort.

POLYEUCTE

A la gloire....

Cher? Pauline , adieu , conservez ma mémoi. c.

X>AULINI.

TRAGÉDIE. Jf

Pauline.

Je te suivrai par-tout , et mourrai si tu meurs.

No suivez point mes pas , ou quittez vos erreurs.

Qu’on l’ôte de mes yeux , et que l’on m’obéisse i Puisqu’il aime à périr, je consensqu’il périsse.

( Polytucte , Pauline et 1er Gardes sortent. )

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