‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 31 sur 105 · SCENE vri · texte numérisé non relu

SCENE vri

HORACE, SABINE, l'ROCULE.

Sabine.

A QUOI s’arrête ici ton illustre colcre ?

Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton perc , Viens repaître tes yeux d’un spectacle si doux ;

Ou situ n’ct point las de ces généreux coups , Immole au cher pays des vertueux Horaccs ,

Ce reste malheureux du sang des Curiaccs.

Si prodigue du tien , n’épargne pas le leur ;

Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur.

Nos crimes sont pareils, ainsi que nos miseres,

Je soupire comme elle et déplore mes frères :

Elus coupable en ce point contre tes dures loix , Qu’elle n’en plcuroit qu’un , et que j’en pleure trois , Qu’aprèsson châtiment ma faute continue.

Horace.

Seche tes pleurs , Sabine , ou les cache à ma vue • Nends-toi digne du nom de ma chaste moitié »

Et ne m’accable point d’une indigne pitié.

Si l’absolu pouvoir d’une pudique flamme

fil

€4 HORACE

Ne nous laisse à tous deux qu’un penser et qu’une ame , C’est à toi d’élever tes sentimens aux miens >

Non à moi de descendre à la honte des tiens.

Je t’aime et je connois la douleur qui te presse %

Embrasse ma vertu pour vaincre ta foiblesse.

Participe à ma gloire au lieu de la souiller ,

Tâche à t’en revêtir , non à m’en dépouiller.

Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie y Que je te plaise mieux couvert d’une infamie î 5ois plus femme que sceur > et, te réglant sur moi, Eais-toi de mon exemple une immuable loi.

Sabine.

Cherche pour t’imiter des âmes plus parfaites.

Je ne t’impute point les pertes que j’ai faites;

J’en ai les sentimens que je dois en avoir.

Et jem’en prends au sort plutôt qu’i ton devoir.

Mais enfin je renonce à la vertu Eomaine ,

Si pour la posséder je dois être inhumaine ,

Et ne puis voir en moi la femme du vainqueur ,

Sans y voir des vaincus la déplorable soeur.

Prenons part en public aux victoires publiques ,

Pleurons dans la maison nos malheurs domestiques ;

Et ne regardons point des biens communs à tous ,

Quand nous voyons des maux qui ne sont que pour nous. Pourquoi veux-tu , cruel ! agir d’une autre sorte i Laisse , en entrant ici , tes lauriers à la porte ,

Môle tes pleurs aux miens. ..Quoi ! ces lâches discours N’arment point ta vertu contre mes tristes jours i Mon crime redoublé n’émeut point ta colere ?

Que Camille est heureuse ! elle a pu te déplaire 1

Elle a reçu de toi ce qu’elle a prétendu ,

Et recouvre là-bas tout ce qu’elle a perdu !

Cher époux, cher auteur du tourment qui me presse, Ecoute la pitié si ta colere cesse ,

Exerce l’une ou l’autre , apres de tels malheurs ,

A punir ma foiblesse , ou finir mes douleurs.

Je demande la mort pour grâce ou pour supplice ; Qu’elle soit un effet d’amour ou de justice , N’importe, tous scs traits n’auront rien que de doux ,

Si je les vois partir de la main d’un époux.

Horace.

Quelle injustice aux Dieux d’abandonner aux feutmea Un empires! grand sur les plus belles âmes,

Et de se plaire à voir de si foibles vainqueurs Bégncr si puissamment sur les plus nobles coeurs !

A quel point ma vertu devient-elle réduite !

Rien ne la sauroit plus garantir que la fuite. . .

Adieu; ne me suis point, ou retiens tes soupirs.

( Il sort avec Procule, ) Sabine, seule.

O colere ! ô pitié sourdes à mes désirs i

Vous négligez mon crime, et ma douleur vous lasse.

Et je n’obtiens de vous ni supplice , ni grâce !

Allons-y * par nos pleurs , faire encore un effort.

Et n’employons après que nous à notre mort.

Fin du quatrième Acte,

Fii|

HORACE

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