‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 48 sur 105 · CINNA, MAXIME · texte numérisé non relu

CINNA, MAXIME

U E L est votre dessein après ces beaux discours f Cinna.

Le même que j’avois et que j’aurai toujours. Maxime.

Un chef de conjurés flatte la tyrannie i

Un chef de conjurés la veut voir impunie î Maxime.

Je veux voir Rome libre.

Et vous pouvez juger Que je veux l’affranchir ensemble et la venger.

Octave aura donc vu ses fureurs assouvies.

Pillé jusqu’aux autels , sacrifié nos vies ,

Rempli les champs d'horreur , comblé Rome de morts , Et sera quitte après pour l’effet d’un remords !

Quand le ciel par nos mains à le punir s’apprête ,

Un lâche repentir garantira sa tête]

C’est trop semer d’appas, et c’est trop inviter Par son impunité quelque autre à l’imiter.

Vengeons nos citoyens , et que sa peine étonne Quiconque apres sa mort aspire à la Couronne ;

Que le peuple aux Tyrans ne soit plus exposé :

S’il eût puni Sylla , César eût moins osé.

Maxime.

Mais la mort de César, que vous trouvez si juste, A servi de prétexte aux cruautés d’Auguste:

Voulant nous affranchir. Brute s’est abusé;

S’il n’eût puni César , Auguste eût moins osé.

La faute de Cassic , et ses terreurs paniques Ont fait rentrer l’Etat sous des loix tyranniques; Mais nous ne verrons point de pareils accidens , Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudens.

C iij

Maxime.

Nous sommes encor loin de mettre en évidence Si nous nous conduirons avec plus de prudence ; Cependant c’en est peu que de n’accepter pas Le bonheur qu’on recherche au péril du trépas.

C’en est encor bien moins, alors qu’on s’imagine Guérir un mal si grand sans couper la racine. Employer la douceur à cette guérison ,

C’est en fermant la plaie y verser du poison.

Maxime.

Vous la voulez sanglante , et la rendez douteuse.

Vous la voulez sans peine, et la rendez honteuse* Maxime.

Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit.

On en soit lâchement, si la vertu n’agit.

Maxime.

Jamais la liberté ne cesse d’être aimable.

Et c’est toujours pour Rome un bien inestimable.

Ce ne peut être un bien qu’elle daigne estimer , Quand il vient d’une main lasse de l’opprimer.

Elle a le coeur trop bon pour se voir avec joie Le rebut du Tyran dont elle fut la proie j Et tout ce que la gloire a de vrais partisans Le hait trop puissamment pour aimer tes préscrtt, Maxime.

Donc pour vous lÉinilie est un objet de haine î

T R A G É D l E. fl

la recevoir de lui me scroit une gêne ;

Mais quand j’aurai vengé Komc des maux soufferts, Je saurai le braver jusques dans les enfers.

Oui, quand par son trépas je l’aurai méritée.

Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée , L’épouser sur sa cendre, et qu’apres notre effort.

Les presens du Tyran soient le prix de sa mort. Maxime.

Mais l’apparence , ami, que vous puissiei lui plaire. Teint du sang de celui qu’elle aime comme un perc? Car vous n’etes pas homme à la violenter ?

Ami , dans ce palais , on peut nous écouter ;

Et nous parlons peut-être avec trop d’imprudence Dans un lieu si mal propre à notre confidence. Sortons, qu’en sûreté j’examine avec vous Pour en venir i bout les moyens les plus doux.

Fin du second Acte,

Page 1