‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 50 sur 105 · CINNA, MAXIME · texte numérisé non relu

CINNA, MAXIME

ov« me semblcz pensif ?

Ce n’est pas sans sujet.

Maxime.

puis-je d’un tel chagrin savoir quel est l’objet?

Emilie et César. L’un et l’autre me gSne :

L’un me semble trop bon , l’autre trop inhumaine. Plût aux Dieux que César employât mieux ses so.ns .

Et s’en fît plus aimer, ou m’aimât un peu moins. Que sa bonté touchât la beauté qui me charme ,

Et la pût adoucir comme elle me désarme !

Je sens au fond du cœur mille remords cuisans Qui rendent à mes yeux tous ses bienfaits presens :

Cette faveur si pleine et si mal reconnue ,

Par un mortel reproche à tous momens me tue.

Il me semble sur-tout incessamment le vo>r Déposer en nos mains son absolu pouvoir ,

.Ecouter nos avis , m’applaudir , et me dire : cc Cintra , par vos conseils je retiendrai l’Empirei »'> Mais je le retiendrai pour vous en faire part....)»

Et je puis dans son sein enfoncer un poignard !

AhI plutôt.... Mais, hélas ! j’idolâtre Emilie !

U*n sêrment exdcrable à sa haine me lie :

L’horreur qu’elle a de lui me le rend odieux ;

Des deux côtés j’ofFcnse et ma gloire et les Dieux t Je deviens sacrilège , ou je suis parricide ;

Et vers l'un ou vers l'autre il faut être perfide.

Vous n'aviez point tantôt ces agitations ,

Vous paroissiez plus ferme en vos intentions.

Vous ne sentiez au coeur ni remords , ni reproche.

On ne les sent aussi que quand le coup approche { Et l'on ne reConnoît de semblables forfaits ,

Que quand la main s’apprête à venir aux effets. L’ame de son dessein ju$qucs-là possédée , S’attache aveuglément à sa première idée i Mais alors quel esprit n’en devient point troublé i Ou plutôt quel esprit n’en est point accablé ?

Je crois que Brute même , à tel point qu’on le prise t Voulut plus d’une fois rompre son entreprise > Qu’avant que de frappci;^ elle lui fit sentir l'ius d’un remords en l’ame et plus d’un repentir. Maxime.

Il eut trop de vertu pour tant d’inquiétude ;

11 ne soupçonna point sa main d’ingratitude ,

Et fut contre un Tyran d’autant plus animé ,

Qu’il en reçut de biens et qu’il s'en vit aimé. Comme vous l’imitez , faites la même chose ,

Et formez vos remords d’une plus juste cause s De vos lâches conseils qui seuls ont arrêté Le bonheue renaissant de notre liberté.

C’est vôus seul aujourd’hui qui nous l’avei ôtcc i De la main de Ce'sar , Brute l’eût acceptée ,

Et n’eût jamais souffert qu’un interet léger De vengeance ou d’amour l’eût remise en danger. N’écoutei plus la voix d’un Tyran qui vous aime , Et vous veut faire part de son'pouvoir suprême ;

Mais entendex crier Rome à votre côté : te Rends-moi , rends-moi , Cinna , ce que tu m’as ôté » iî Et si tu m’as tantôt préféré ta maîtresse , .

Ne me préfère pas le Tyran qui m’oppresse ! » Cinna.

Ami , n’accable plus un esprit malheureux Qui ne forme qu’en lâche un dessein généreux.

Envers nos citoyens je sais quelle est ma faute ,

Et leur rendrai bientôt tout ce que je leur ôte i Mais pardonne aux abois d’une vieille amitié Qui ne peut expirer sans me faire pitié ;

Et laisse-moi de grâce , attendant Emilie ,

Donner un libre cours à ma mélancolie:

Mon chagrin t’importune , et le trouble où je suis Veut de la solitude à calmer tant d'ennuis.

Maxime.

Vous voulez rendre compte à l’objet qui vous blesse De la bonté d’Octave et de votre foiblcssc.

L’entretien des amans veut un entier secret.

Adieu. Jp me retire en confident discret.

( Il sort. )

tragédie.

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