AUGUSTE. LIVIE
Auguste.
Ladami , on me trahit , et la main qui me tue Rend sous mes déplaisirs ma constance 'abattue i Cinna, Cinna, le traître !....
Euphorbe m’a tout dit ,
Seigneur; et j*aî pâli cent fois à ce récit.
Mais écouteriez-vous les conseils d’une femme ? Auguste.
Hélas ! de quel conseil est capable mon ame ?
Votre sévérité , sans produire aucun ftuit , Seigneur, jusqu’à présent a fait beaucoup de bruit. Par les peines d’un autre , aucun ne s’intimide : Salvidicn à bas a soulevé Lépide ;
Murene a succédé , Cépion l’a suivi ,
Le jour à tous les deux dans les tourmens ravi N’a point mêlé de crainte à la fureur d’Egnace , Dont Cinna maintenant ose prendre la place ;
Et dans les plus bas rangs , les noms les plus abjects Ont voulu s’ennoblir par de si hauts projets.
Après avoir en vain puni leur insolence ,
Essayez sur Cinna ce que peut la clémence ;
Eaites son châtiment de sa confusion ,
Cherchez le plus utile en cette occasion.
Sa peine peut aigrir une ville animée ,
Son pardon peut servir à votre renommée ;
Et ceux que vos rigueurs ne font qu’efFarouchcr , Peut-être à vos bontés se laisseront toucher.
Auguste.
Gagnons-les tout-à-fait en quittant cet Empire Qui nous rend odieux , contre qui l’on conspire ; J’ai trop , par vos avis , consulté U-dessus ;
Ne m’en parlez jamais , je ne consulte plus.
Cesse de soupirer , Rome , pour ta franchise :
Si je t’ai mise aux fers , moi-même je les brise.
Et te rends ton État , après l’avoir conquis ,
.Plus paisible et plus grand que je ne te l’ai pris.
Si tu me veux haïr , hais-moi sans plus rien feindre i Si tu me veux aimer , aime-moi sans me craindre :
De tout ce qu'eut Sylla de puissance et d’honneur ,
Lassé comme il en fut j’aspire à son bonheur.
Assex et trop long-tems son exemple vous flatte :
Mais gardez que sur vous le contraire n’éclate :
Ce bonheur sans pareil qui conserva scs jours »
Ne seroit pas bonheur s’il arrivoit toujours.
Auguste.
Eh bien ! s’il est trop grand , si j’ai tort d’y prétendre, J’abandonne mon sang à qui voudra l’épandre.
Après un long orage , il faut trouver un port ,
Et je n’en vois que deux , le repos ou la mort.
Quoi ! vous voulez quitter le fruit de tant de peines 1 Auguste.
Quoi î vous voulez garder l’objet de tant de haines 1
Seigneur , vous emporter à cette extrémité ,
C’est plutôt désespoir que générosité.
» Auguste.
Régnef et caresser une main si traîtresse.
Au lieu de sa vertu , ç’est montrer sa foiblesse,
C’est régner sur vous-meme , et , par un noble choix , Pratiquer la vertu la plus digne des Bois.
Vous m’aviei bien promis des conseils d’une femme : Vous me tenez parole , et c’en sont-là , Madame.
Après tant d’ennemis à mes pieds abattus ,
Depuis vingt ans je régné , et j’en sais les vertus ;
Je sais leurs divers ordres , et de quelle nature Sont les devoirs d’un Prince en cette conjoncture.
Tout son peuple est blessé par un tel attentat ,
Et la seule pensée est un crime d’État ,
Une offense qu’en fait à toute sa Province ,
Dont il faut qu’il la venge , ou cesse d’ètré Prince..
Donnez moins de croyance à votre passion.
Auguste.
Ayez moins de foiblcsse, ou moins d’ambition.
Ne traitez pas si mal un conseil salutaire.
Auguste.
Le Ciel m’inspirera ce qu’ici je dois faire.
Adieu , nous perdons tems.
Je ne vous quitte point ,
Seigneur , que mon amour n’ait obtenu ce point. Auguste.
C’est l’amour des grandeurs qui vous rend importune ^
( Il sort. )
L I V T E , seule.
J’aime votre personne , et non votre fortune.
Il m’échappe ; suivons et forçons-le de voir Qu’il peut, en faisant grâce, affermir son pouvoir; Et qu’enfin la clémence est la plus belle marque Qui fasse à l’univers connoître un vrai Monarque.
( Elle son. )