‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 59 sur 105 · F U L V XE · texte numérisé non relu

F U L V XE

J'avois gagné sur lui qu’il aimerott la vie.

Et je vous l’amenois plus traitable et plus doux Faire un second effort contre votre courroux ;

Je m’en applaudissois , quand soudain Polyclete •

Des volontés d’Auguste , ordinaire interprète ,

Est venu l’aborder , et sans suite et sans bruit ,

Et de sa parc sur l’heure au palais l’a conduit.

Auguste est fort troublé , l’on ignore la cause :

Chacun diversement soupçonne quelque chose ;

Tous présument qu’il ait un grand sujet d’ennui ,

Et qu’il mande Cinna pour prendre avis de lui.

Mais ce qui m’embarrasse et que je viens d’apprendre , C’est que deux inconnus se sont saisis d’Évandre , Qu’Euphorbe est arrêté sans qu’on sache pourquoi , Que même de son maître on dit je ne sais quoi :

On lui veut imputer un désespoir funeste i On parle d’eaux > de Tybre, et l’on se tait du reste.

Que de sujets de craindre et de désespérer ,

Sans que mon triste coeur en daigne murmurer 1 A chaque occasion le Ciel y fait descendre Un sentiment contraire à celui qu’il doit prendre ;

Une vaine frayeur tantôt m’a pu troubler.

Et je suis insensible alors qu’il faut trembler.

Je vous entends, grands Dieux 1 vos bontés que j’adore Ue peuvent consentir que je me déshonore ;

Et , ne me permettant soupirs , sanglots , ni pleurs , Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs.

Vous voulez que je meure avec ce grand courage Qui m’a fait entreprendre un si fameux ouvrage ,

Et je veux bien périr comme vous l’ordonnez ,

Et dans la même assiette où vous me retenez.

O liberté de Borne ‘ 6 mânes de mon pere !

J’ai fait de mon côté tout ce que j’ai pu faite ;

Contre votre Tyran j’ai ligué scs amis ,

Et plus osé pour vous qu’il ne m’étoit permis.

Si l’effet a manqué , ma gloire n’est pas moindre,

<ro C I N N A ,

N’ayant pu vous venger , je vous irai rejoindre ;

Mais si fumante encor d’un généreux courroux «

Par un trépas si noble et si digne de vous >

Qu’il vous fera sur l’heure aisément reconnoître Le sang des grands héros dont vous m’avex fait naître....

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