F U L V XE
J'avois gagné sur lui qu’il aimerott la vie.
Et je vous l’amenois plus traitable et plus doux Faire un second effort contre votre courroux ;
Je m’en applaudissois , quand soudain Polyclete •
Des volontés d’Auguste , ordinaire interprète ,
Est venu l’aborder , et sans suite et sans bruit ,
Et de sa parc sur l’heure au palais l’a conduit.
Auguste est fort troublé , l’on ignore la cause :
Chacun diversement soupçonne quelque chose ;
Tous présument qu’il ait un grand sujet d’ennui ,
Et qu’il mande Cinna pour prendre avis de lui.
Mais ce qui m’embarrasse et que je viens d’apprendre , C’est que deux inconnus se sont saisis d’Évandre , Qu’Euphorbe est arrêté sans qu’on sache pourquoi , Que même de son maître on dit je ne sais quoi :
On lui veut imputer un désespoir funeste i On parle d’eaux > de Tybre, et l’on se tait du reste.
Que de sujets de craindre et de désespérer ,
Sans que mon triste coeur en daigne murmurer 1 A chaque occasion le Ciel y fait descendre Un sentiment contraire à celui qu’il doit prendre ;
Une vaine frayeur tantôt m’a pu troubler.
Et je suis insensible alors qu’il faut trembler.
Je vous entends, grands Dieux 1 vos bontés que j’adore Ue peuvent consentir que je me déshonore ;
Et , ne me permettant soupirs , sanglots , ni pleurs , Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs.
Vous voulez que je meure avec ce grand courage Qui m’a fait entreprendre un si fameux ouvrage ,
Et je veux bien périr comme vous l’ordonnez ,
Et dans la même assiette où vous me retenez.
O liberté de Borne ‘ 6 mânes de mon pere !
J’ai fait de mon côté tout ce que j’ai pu faite ;
Contre votre Tyran j’ai ligué scs amis ,
Et plus osé pour vous qu’il ne m’étoit permis.
Si l’effet a manqué , ma gloire n’est pas moindre,
<ro C I N N A ,
N’ayant pu vous venger , je vous irai rejoindre ;
Mais si fumante encor d’un généreux courroux «
Par un trépas si noble et si digne de vous >
Qu’il vous fera sur l’heure aisément reconnoître Le sang des grands héros dont vous m’avex fait naître....