‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 94 sur 105 · I.es bontés de mon Dieu sont bien plus à chérir · texte numérisé non relu

I.es bontés de mon Dieu sont bien plus à chérir

11 m’ôte des périls que j’aurois pu courir;

Et, sans me laisser lieu de tourner en arriéré ,

Sa faveur me couronne entrant dans la carrière ;

Du premier coup de vent il me conduit au port ,

Et sortant du baptême , il m’envoie à la mort.

Fij

si vous pouvicT. comprendre , et le peu qu’est la vis > Et de quelles douceurs cette mort est suivie. . .

Mais que sert de parler de ces trésors cachés A des esprits que Dieu n’a pas encor touches ?

Cruel ! car il est tems que ma douleur éclate ,

)Et qu’un juste reproche accable une ame ingrate ; Est-cc-là ce beau feu ? sont-ce là tes sermens ? Témoignes-tu pour moi les moindres sentimens ?

Je ne te parlois point de l’état déplorable Ou ta mort va laisser ta femme inconsolable >

Je croyois que l’.amour t’en parleroit assez.

Et je ne voulois pas de sentimens forcés ;

Mais cette amour si ferme et si bien méritée ,

Que tu m’avois promise et que je t’ai portée ,

Quand tu me veux quitter, quand tu me fais mourir , Te peut-elle arr.achcr une larme, un soupir ?

Tu me quittes, ingrat! et le fais avec joie ;

Tu ne la caches pas , tu veux que je la voie.

Et ton coeur inscir ib'.c à ces tristes appas Se figure un bonheur où je ne serai pas!

C’est donc-là le dégoût qu’apporte l’hyménéc !

Je te suis odieuse après in’ctrc donnée î

Hélas

POLYEUCTE

Pauline.

Que cet hélas a de peine à sortir!

Encor s’il commençoit un heureux repentir ,

Que tout forcé qu’il C'.t j’y trouveroisde charmes !... Mais , pourage : il s’émeut j je vois couler des larmes*

TRAGÉDIE. «f

POLYEUCTI.

J’en verse , et plût à Dieu , qu’à force d’en verser ,

Ce cœur trop endurci se pût enfin percer !

Le déplorable état où je vous abandonne

Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne.

Et si l’on peut au Ciel sentir quelques douleurs ,

J’y pleurerai pour vous l’excès de vos malheurs :

Mais si dans ce séjour de gloire et de lumière Ce Dieu tout juste et bon peut souffrir ma prlere ,

S’il y daigne écouter un conjugal amour,

Sur votre aveuglement il répandra le jour....

Seigneur, de vos bontés il faut que je l’obtienne i Elle a trop de vertu pour n’êtrc pas Chrétienne :

Avec trop de mérite il vous plut la former ,

Pour ne vous pas connoître et ne vous pas aimer»

Pour vivre des enfers esclave infortunée ,

Et sous leur triste joug mourir comme elle est née. Pauline.

Que dis-tu, malheureux ? qu’oscs-tu souhaiter î

Ce que de tout mon sang je voudrois acheter.

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