I.es bontés de mon Dieu sont bien plus à chérir
11 m’ôte des périls que j’aurois pu courir;
Et, sans me laisser lieu de tourner en arriéré ,
Sa faveur me couronne entrant dans la carrière ;
Du premier coup de vent il me conduit au port ,
Et sortant du baptême , il m’envoie à la mort.
Fij
si vous pouvicT. comprendre , et le peu qu’est la vis > Et de quelles douceurs cette mort est suivie. . .
Mais que sert de parler de ces trésors cachés A des esprits que Dieu n’a pas encor touches ?
Cruel ! car il est tems que ma douleur éclate ,
)Et qu’un juste reproche accable une ame ingrate ; Est-cc-là ce beau feu ? sont-ce là tes sermens ? Témoignes-tu pour moi les moindres sentimens ?
Je ne te parlois point de l’état déplorable Ou ta mort va laisser ta femme inconsolable >
Je croyois que l’.amour t’en parleroit assez.
Et je ne voulois pas de sentimens forcés ;
Mais cette amour si ferme et si bien méritée ,
Que tu m’avois promise et que je t’ai portée ,
Quand tu me veux quitter, quand tu me fais mourir , Te peut-elle arr.achcr une larme, un soupir ?
Tu me quittes, ingrat! et le fais avec joie ;
Tu ne la caches pas , tu veux que je la voie.
Et ton coeur inscir ib'.c à ces tristes appas Se figure un bonheur où je ne serai pas!
C’est donc-là le dégoût qu’apporte l’hyménéc !
Je te suis odieuse après in’ctrc donnée î
Hélas
POLYEUCTE
Pauline.
Que cet hélas a de peine à sortir!
Encor s’il commençoit un heureux repentir ,
Que tout forcé qu’il C'.t j’y trouveroisde charmes !... Mais , pourage : il s’émeut j je vois couler des larmes*
TRAGÉDIE. «f
POLYEUCTI.
J’en verse , et plût à Dieu , qu’à force d’en verser ,
Ce cœur trop endurci se pût enfin percer !
Le déplorable état où je vous abandonne
Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne.
Et si l’on peut au Ciel sentir quelques douleurs ,
J’y pleurerai pour vous l’excès de vos malheurs :
Mais si dans ce séjour de gloire et de lumière Ce Dieu tout juste et bon peut souffrir ma prlere ,
S’il y daigne écouter un conjugal amour,
Sur votre aveuglement il répandra le jour....
Seigneur, de vos bontés il faut que je l’obtienne i Elle a trop de vertu pour n’êtrc pas Chrétienne :
Avec trop de mérite il vous plut la former ,
Pour ne vous pas connoître et ne vous pas aimer»
Pour vivre des enfers esclave infortunée ,
Et sous leur triste joug mourir comme elle est née. Pauline.
Que dis-tu, malheureux ? qu’oscs-tu souhaiter î
Ce que de tout mon sang je voudrois acheter.