ACTE II, SCÈNE II
Rome, quoi qu'il en soit, ne sera point sujette Que mes derniers soupirs n'assurent ma défaite.
CURIACE
Hélas! c'est bien ici que je dois être plaint!
Ce que veut mon pays, mon amitié le craint. 390
Dures extrémités, de voir Albe asservie,
Ou sa victoire au prix d'une si chère vie,
Et que l'unique bien où tendent ses désirs
S'achète seulement par vos derniers soupirs!
Quels vœux puis-je former, et quel bonheur attendre? 395
De tous les deux côtés j'ai des pleurs à répandre;
De tous les deux côtés mes désirs sont trahis.
Quoi! vous me pleureriez mourant pour mon pays!
Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes :
La gloire qui le suit ne souffre point de larmes, 400
Etje le recevrais en bénissant mon sort,
Si Rome et tout l'Etat perdaient moins en ma mort.
CURIACE
A vos amis pourtant permettez de le craindre ;
Dans un si beau trépas, ils sont les seuls à plaindre :
La gloire en est pour vous, et la perte pour eux; 405
11 vous fait immortel, et les rend malheureux.
On perd tout quand on perd un ami si fidèle.
Mais Flavian m'apporte ici quelque nouvelle.