HORACE, CURIACE, CAMILLE
Avez-vous su l'état qu'on fait de Curiace, 513
Ma sœur ?
CAMILLE
Hélas! mon sort a bien changé de face.
Armez-vous de constance, et montrez-vous ma sœur; Et si par mon trépas il retourne vainqueur. Ne le recevez point en meurtrier d'un frère.
qui, dans son admiration exclusive pour Racine, avait écrit: « Ici, Corneille veut peindre apparemment une valeur féroce ; mais la férocité s'exprime-t-elle ainsi contre un ami et un rival modeste? La fierté est une passion fort tliéàlrale; mais elle dégénère en vanité et en petitesse, sitôt qu'elle se montre sans qu'on la provoque. » Palissot répond à tous deux : n Ces \\aax Romains, dont Corneille avait si bien saisi le génie, pouvaient paraître démesurés dans un souper de Paris; mais Corneille les avait conçus tels qu'ils étaient peints dans l'histoire, ne voyant rien hors de leur patrie, qui était tout pour eux. »
510. « Voltaire a condamné la locution voici venir, mais à tort ; en cITct, elle est correcte: car voici est pour vois ci, et voir se construit avec l'infinitif. De plus, elle est appuyée par l'usage des bons auteurs. » (M. Littré.)
Tremblez, tremblez^ méchants, voici venir la foudre. [Pompée, II, 2.)
511. Tl^îoudre, activement ; on disait, en ce sens, résoudre à et résoudre de:
Adiea donc, pnisqn'en vain je tâche à vous résoadre. [Cid, II, 1.) A me désobéir rauriez-votis résolu'»? [O^dlpe, I. 3.) Résoas-la de L'aimer, si tu veux qu'elle vive, [llcradius, I, 3.)
515. Faire état de, faire cas, comme au vers 538. Voltaire regrette justement que cette expression si commode ait vieili.
518. Retourner, pris absolument, où aous mettrions plutôt aujourd'hui rewnir:
Le soleil baisse Tort, et je sais étonné
Que mon valet encor ne soit pas retourné. (Moliire, FiUhcmcs, H, 1.)
519. Meurtrier; contrairement à Rotrou et à la plupart des poètes contcmpo. rains, Corneille donne trois syllabes à ce mot qu'il nous semble si malaisé auiour« d'hui de prononcer en le faisant dissyllabique.
Mais en homme d'honneur qui fail ce qu'il doit faire, 520
Qui sert bien son pays, et sait montrer à tous,
Par sa haute vertu, qu'il est digne de vous.
Comme si je vivais, achevez l'hyménée.
Mais si ce fer aussi tranche sa destinée,
Faiies à ma victoire un pareil traitement, 523
Ne me reprochez point la mort de votre amant.
Vos larmes vont couler, et votre cœur se presse;
Consumez avec lui toute cette faiblesse.
Querellez ciel et terre, et maudissez le sort;
Mais, après le combat, ne pensez plus au mort. 530
[A Curiace.) le ne vous laisserai qu'un moment avec elle; Puis nous irons ensemble où l'honneur nous appelle.