‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 12 sur 48 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Le frère d’une femme et l’amant d’une sœurj Et, rompant tous ces nueuds , s’armer pour la patrie Contre un sang (|u’on voudroit racheter de sa vie; Une telle vertu n’appartenoil qu’à nous.

L’éclat de son grand nom lui ftût peu de jaloux,

Et peu d’hommes au cœur l’ont assez imprimée Pour oser aspirer à tant de renommée.

CURIA CE

Il est vrai que nos noms ne saiiroient plus périr. L’occasion est belle, il nous la faut chérir. »

Nous serons les miroirs d’une vertu bien rare:

Mais votre fermeté lient un peu du barbare;

Peu , même des grands cœurs , tireroient vanité D’aller par ce chemin à l’immortalité :

A quelque prix qu’on mette une telle fumée, L’obscurité vaut mieux que tant de renommée.

Pour moi , je l’ose dire , et vous l’avez pu voir.

Je n’ai point consulté pour suivre mon devoir; Notre longue amitié, l’amour, ni l’alliance.

N’ont pu mettre un moment mon esprit en balance; Et puisque par ce choix Albe montre en effet Qu’elle m’estime autant que Rome vous a fait,

Je crois faire pour elle autant que vous pour Rome; J’ai le cœur aussi bon, mais enlin je suis homme : Je vois que votre honneur demande tout mon sang. Que tout 1e mien consiste à vous percer le liane, Près d’épouser la sœur, qu’il faut tuer le frère.

Et que pour mon pays j’ai le sort si contraire. Encor qu’à mon devoir je coure sans terreur.

Mon cœur s’en effarouche , et j’en frémis d’horreur; J’ai pitié de moi-même, et jette un œil d’envie Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie ,

Sans souhait toutefois de pouvoir reculer.

Ce triste et lier honneur m’émeut sans m’ébranler : J’aime ce qu’il me donne , et je plains ce qu’il m’ôte; Et si Rome demande une. vertu plus haute.

2*2 HORACE

Je rends grâces aux dieux de n’êtrc pas Romain , Pour conserver encor quelque chose d’humain.

IIOK ACE.

Si vous n’êtes Romain, soyez digne de l’être;

Et, si vous m’égalez, faites-le mieux paraître.

La solide vertu dont je fois vanité N’admet point de foiblessc avec sa fermeté ;

Et c’est mal de l’honneiir entrer dans la carrière Que dès les premiers pas regarder en arrière.

Notre malheur est grand ; il est au plus haut point ; Je l’envisage entier, mais je n’en frémis point : Contre qui que ce soit que mon pays m’emploie, J’accepte aveuglément cette gloire avec joie;

Celle de recevoir de tels connnandements Doit étouffer en nous tous autres sentiments.

Qui, près de le servir, considère autre chose,

A foire ce qu’il doit lâchement se dispose;

Ce droit saint et sacré rompt tout autre lien.

Rome a choisi mon hras , je n’oxaminc rien:

Avec une allégresse aussi pleine et sincère Que j’épousai la sœur, je conihattrai le frère;

Et, pour trancher enlin ces discours superflus,

Alhe vous a nommé , je ne vous connois plus.

CORIACE

Je vous connois encore , et c’est ce qui me tue ; Mais celte âpre vertu ne m’étoit pas connue; Comme notre malheur, elle est au plus haut point : Souffrez que je l’admire et ne l’imite point.

HORACE

Non , non , n’emhrassez pas de vertu par contrainte; Et , puisque vous trouvez plus de charme h la plainte, En toute liherté goûtez un bien si doux.

Voici venir ma sœur pour se plaindre avec vous.

Je vais revoir la vôtre , et résoudre son âme A se bien souvenir qu’elle est toujours ma femme.

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