‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 24 sur 48 · LE VIEIL HORACE, SABINE, CAMILLE · texte numérisé non relu

LE VIEIL HORACE, SABINE, CAMILLE

LE VIEIL HORACE

Je viens vous apporter de fâcheuses nouvelles,

Mes tilles; mais en vain je voudrais vous céler r.c qu’on ne vous saurait longtemps dissimuler :

Vos frères sont aux mains , les dieux ainsi l’ordonnent.

SABINE

Je veux bien l’avouer, ces nouvelles m’étonnent; Et je in’iinaginois dans la divinité beaucoup moins d’injustice, et bien plus de bonté. Ne vous consolez point : contre tant d’infortune La pitié parle en vain , la raison importune.

Nous avons eu nos mains la fin de nos douleurs.

Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs. Nous pourrions aisément faire en votre présence De notre désespoir une fausse constance;

Mais quand on peut sans honte être sans fermeté,

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ACTK III, SCÈNK V. 3î)

L’affectcp au dehors, c’est une lùdiet6;

I/usage d’un tel ai l , nous le laissons aux lionimes , Kt ne voulons passer que pour ce que nous sommes.

Nous ne demandons |)oint qu’un courage si fort S’abaisse à notre exemple à se plaindre du sort. Recevez sans frémir ces mortelles alarmes ;

Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes; Enfin, pour toute grâce, en de tels déplaisirs. Gardez votre constance, et souffrez nos soupirs.

LE VIEIL HORACE

Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répandre. Je crois faire beaucoup de m’en pouvoir défendre. Et céderois peut-être à de si rudes coups ,

Si je prenois ici même intérêt que vous :

Non qu’Albe par son choix m’ait fait haïr vos frères, Tous trois me sont encor des personnes bien chères ; Mais enfin l’amitié n’est pas du même rang.

Et n’a point les effets de l’amour ni du sang ;

Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmente Sabinè comme sœur, Camille comme amante :

Je puis les regarder comme nos ennemis,

Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.

Ils sont, grâces aux dieux, dignes de leur patrie; Aucun étonnement n’a leur gloire fiélrie; lu j’ai vu leur honneur croître de la moitié ,

Quand ils ont des deux camps refusé la pitié.

Si par quel(|ue foiblesse ils l’avoient mendiée ,

Si leur haute vertu ne l’eiU répudiée.

Ma main bientôt sur eux m’eût vengé hautement De l’affront que m’eût fait ce mol consentement. Mais lorsqu’en dépit d’eux on en a voulu d’autres, Je ne le cèle point, j’ai joint mes vœux aux vôtro^s. Si le ciel pitoyable eût écouté ma voix,

Albe seroit réduite h faire un autre choix;

Nous pouri ions yoir tantôt triompher tes lloraccs Sans voir leurs bras souillés du sang des Curiaces,

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Et de rèvônement d’un combat plus humain Dépendroit maintenant l’honneur du nom romain : La prudence des dieux autrement en dispose;

Sur leur ordre éternel mon esprit se repose :

Il s’arme en ce besoin de générosité ,

Et du bonheur public fait sa félicité.

Tâchez d’en faire autant pour soulager vos peines ,

Et songez toutes deux que vous êtes Romaines :

Vous l’êtes devenue, et vous l’êtes encor;

Un si glorieux titre est un digne trésor.

Un jour, un jour viendra que par toute la terre Rome se fera craindre a l’égal du tonnerre ,

Et que, tout l’univers tremblant dessous ses lois.

Ce grand nom deviendra l’ambition des rois : '

J.es dieux h notre Ænée ont promis cette gloire.

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