‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 34 sur 48 · C.e choix me désespère, et tous le désavouent · texte numérisé non relu

C.e choix me désespère, et tous le désavouent

Lu partie est rompue et les dieux la renouent !

Rome semble vaincue, et seul des trois Albains,

Ciiriace en mon sang n’a point trempé ses mains.

O dieux ! sentois-je alors des douleurs trop légères

Pour le malheur de Rome et la mort des deux frères ?

lût me llattois-je trop quand je croyois pouvoir

L’aimer encor sans crime et nourrir quelque espoir ?

Sa mort m’en punit bien , et la façon cruelle

Dont mon âme éperdue en reçoit la nouvelle;

Son rival me l’apprend , et , faisant à mes yeux .

D’un si triste succès le récit odieux ,

Il |»orle sur le front une allégresse ouverte,

Que le bonheur public fait bien moins que ma perle,

Et, bâtissant en l’air, sur le malheur d’autrui.

Aussi bien que'mon frère il triomphe de lui.

Mais ce n’est rien encore au prix de ce qui reste :

On demande ma joie en un jour si funeste;

II me faut applaudir aux exploits du vainqueur,

J'T baiser une main qui me perce le cœur.

En un sujet de pleurs si grand, si légitime,

‘ Se plaindre est une honte, et soupirer un crime;

Leur brutale vertu veut qu’on s’estime' heureux ,

lit si l’on n^est barbare, on n’est point généreux.

Dégénérons, mon cœur, d’un si vertueux père;

Soyons indigne sœur d’un si généreux frère :

C’est gloire de passer pour un cœur abattu ,

Quand la brutalité fait la haute vertu.

Éclatez , mes douleurs; à quoi bon vous contraindre ? » »

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HORACE

Quand on a tout perdu, que saüroit-on plus craindre ? Pour ce cruel vainqueur n’ayez point de respect; Loin d’6vitcr ses yeux, croissez à' son aspect; Offensez sa victoire , irritez sa colère ,

Et prenez, s’il se peut, plaisir à lui déplaire.

Il vient, préparons-nous à montrer constamment Ce que doit une amante à la mort d’un amant.

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