‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 38 sur 48 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

SABLNK, 110B.\CE, PROCULE.

SABINE

A quoi s’arrête ici ton illustre colère?

Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père ; Viens repaître tes yeux d’un spectacle si doux 5 Ou , si tu n’es point las de ces généreux coups , Immole au cher pays des vertueux Horaces Ce lestc malheureux du sang des Curiaces;

Si prodigue du tieir, n’épargne pas le leur;*

Joins Sabine a Camille, et ta femme à ta sœur;

Nos crimes sont pareils , ainsi que nos misères;

Je soupire comme elle, et déplore mes frères :

Plus coupable en ce point contre tes dures lois , Qu’elle n’en pleuroit qu’un, et que j’en pleure trois, Qu’après sou châtiment ma faute continue.

HORACE

Sèche les pleurs, Sabine, ou les cache a ma vue.

54 HORACE. «5

Rciids-toi digne du nom de ma chaste moitié ,

Et ne m’accable point d’une indigne pitié.

Si l’absolu pouvoir d’une pudique flamme Nenouslaisseh tous deux qu’un penser et qiruneûm&, (î’est à toi d’élever tes sentiments aux miens, iSon à moi de descendre à la honte des tiens.

Je t’aime , et je connois la douleur qui te presse;. Embrasse ma vertu pour vaincre ta foihlessc. Participe à ma gloire au lieu de la souiller. .

Tâche à t’en revêtir, non â m’en dépouiller.

Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie.

Que je te plaise mieux couvert d’une infamie ?

Sois plus femme que sœur, et , te léglant sur moi Fais-toi de mon exemple une immuable loi.

, SABINE

Cherche pour t’imiter des âmes plus parfaites.

Je ne l’impute point les pertes que j’ai faites ,

J’en ai les sentiments que je dois en avoir,

Et je m’en prends au sort plutôt qu’à ton devoir; Mais enfin je renonce à la vertu romaine.

Si, pour la posséder, je dois être inhumaine,

ET ne puis voir en moi la femme du vainqueur Sans y voir des vaincus la déplorable sœur.

Prenons part en public aux victoires publiques, Pleurons dans la maison nos malheurs domestiques, ET ne regardons point des biens communs â tous , Quand nousvoyons des maux qui ne sont que pour nous. Pourquoi veux-tu, cruel , agir d’une autre sorte? Laisse en entrant ici tes lauriers â la porte ,

Mêle tes pleurs aux miens. Quoi ! ces lâches discoui*s N’arment point ta vertu contre mes tristes jours ? Mon crime redoublé n’émeut point ta colère?

Que Camille est heureuse! elle a pu te déplaire; E]lle a reçu de toi ce qu’elle a prétendu ,

• Et recouvre là- bas tout ce qu’elle a perdu.

Cher époux, cher auteur du toiirmcnt qui me presse,

Diuiîiz ^ ■* , Googk

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