‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 4 sur 48 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Conil)icn contre le ciel il vomit de blasphèmes!

El combien de ruisseaux coulèrent de mes yeux!

Je ne vous le dis point, vous vîtes nos adieux; Vous avez vu depuis les troubles de mon (tme : Vous savez pour la paix quels vœux a faits ma flamme , Et quels pleurs j’ai versés à chaque événement, Tantôt pour mon pays, tantôt pour mon amant. Enfin mon désespoir, parmi ces longs obstacles. M’a fait avoir recours à la voix des oracles.

Ecoutez si celui qui me fut hier rendu Eut droit de rassuier mon esprit éperdu.

Ce Grec si renommé, qui depuis tant d’années Au pied de l’Aveutin prédit nos destinées.

Lui qu’Apollon jamais n’a fait parlera faux.

Me promit par ces vers la fin de mes travaux :

« Albe et Rome demain prendront une autre face;

« Tes vœux sont exaucés , elles auront la paix ,

« Et lu seras unie avec ton Curiace,

« Sans qu’aucun mauvais sort l’en sépare jamais.» Je pris sur cet oracle une entière assurance.

Et , comme le succès passoit mon espérance. J’abandonnai mon âme à des ravissements Qui passoientles transports des plus heureux amants. Jugez de leur excès! je rencontrai Valère,

Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire;

Il me parla d’amour sans me donner d’ennui ;

Je ne m’aperçus pas que je parlois à lui;

Je ne lui pus montrer de n>épris ni de glace;

Tout ce que je voyois me sembloit Curiace ;

Tout ce qu’on me disoit me parloil de ses feux; Tout ce que je disois l’assuroit de mes vœux.

Le combat général aujourd’hui se hasarde;

J’en sus hier la nouvelle , et je n’y pris pas garde; Mon esprit rejetoit ces funestes objets.

Charmé des doux pensers d’hymen et de la paix.

La nuit a dissipé des erreurs si charmantes ;

HORACE

Mille songes alTreux, mille images sanglantes,

Ou plutôt mille amas de carnage et d’horreur,

M’ont arraché ma joie et rendu ma' terreur.

3’ai vu du sang , des morts, et n’ai rien vu de suite; Un spectre en paroissant prenoit soudain la fuite ;

Ils s’effaçoient l’un l’autre ; et chaque illusion Redoubloit mon effroi par sa confusion.

JULIE

C’est en contraire sens qu’un songe s’interprète.

CAMILLE

Je le dois croire ainsi, puisque je le souhaite;

Mais je me trouve enfin , malgré tous mes souhaits, Au jour d’une bataille , et non pas d’une paix.

JULIE

Par là finit la guerre , et la paix lui succède.

CAMILLE

Dure à jamais le mal , s’il y faut ce remède !

Soit que Rome y succombe ou qu’Albe ait le dessous, Cher amant , n’attends plus d’être un jour mon époux ; Jamais , jamais ce nom ne sera pour un homme Qui soit ou le vainqueur ou l’esclave de Rome.

Mais quel objet nouveau se présente en ces lieux? Est-ce toi , Curiace ? en croirai-je mes yeux ?

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