‹ Horace, tragédie en cinq actes. With grammatical and explanatory notes by P.H.E. BretteChapitre 34 sur 103 · SCÈNE V. — HORACE, CAMILLE, PROCULE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — HORACE, CAMILLE, PROCULE

(Procule porte en sa main les trois épées des Curiaces.) HORACE.

Ma sœur, voici le bras qui venge nos deux frères, Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires, Qui nous rend maîtres d'Albe; enfin voici le bras Qui seul fait aujourd'hui le sort de deux États; Vois ces marques d'honneur, ces témoins de ma gloire, Et rends ce que tu dois à l'heur de ma victoire.

CAMILLE

Recevez donc mes pleurs, c'est ce que je lui dois.

Rome n'en veut point voir après de tels exploits, Et nos deux frères morts dans le malheur des axâmes Sont trop payés de sang pour exiger des larmes ; Quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu.

CAMILLE

Puisqu'ils sont satisfaits par le sang épandu, Je cesserai pour eux de paroître affligée. Et j'oublierai leur mort que vous avez vengée; Mais qui me vengera de celle d'un amant Pour me faire oublier sa perte en un moment?

Que dis-tu, malheureuse?

CAMILLE

0 mon cher Guriace !

0 d'une indigne sœur insupportable audace !

D'un ennemi public dont je reviens vainqueur,

Le nom est dans ta bouche et l'amour dans ton cœurl

Ton ardeur criminelle à la vengeance aspire I

Ta bouche la demande, et ton cœur la respire!

Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs,

Ne me fais plus rougir d'entendre tes soupirs :

Tes flammes désormais doivent être étoutï'ées;

Bannis-les de ton âme, et songe à mes trophées;

Qu'ils soient dorénavant ton unique entretien.

CAMILLE

Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien,' Et si tu veux enfin que je t'ouvre mon âme, Rends-moi mon Guriace, ou laisse agir ma flamme : Ma joie et mes douleurs dépendoient de son sort; Je l'adorois vivant, et je le pleure mort.

Ne cherche plus ta sœur où tu l'avois laissée ; Tu ne revois en moi qu'une amante offensée, Qui, comme une furie attachée à tes pas, Te veut incessamment reprocher son trépas. Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes. Qui veut que dans sa mort je trouve encor des charmes. Et que, jusques au ciel élevant tes exploits, Moi-même je le tue une seconde fois !

Puissent tant de malheurs accompagner ta vie, Que tu tombes au point de me porter envie ! Et toi bientôt souiller par quelque lâcheté Cette gloire si chère à ta brutalité 1

O ciell qui vit jamais une pareille rage! Crois-tu donc que je sois insensible à l'outrage, Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur? Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur, Et préfère du moins au souvenir d'un homme Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.

CAMILLE

Rome, l'unique objet de mon ressentiment! Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant ! Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore I Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore! Puissent tous ses voisins ensemble conjurés Saper ses fondemens encor mal assurés ! Et, si ce n'est assez de toute l'Italie, Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie; Que cent peuples unis des bouts de l'univers Passent pour la détruire et les monts et les mers! Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles,

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