‹ Horace, tragédie en cinq actes. With grammatical and explanatory notes by P.H.E. BretteChapitre 37 sur 103 · SCÈNE VIL — SABINE, HORACE, PROCULE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL — SABINE, HORACE, PROCULE

SABINE

A quoi s'arrête ici ton illustre colère? Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père; Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux: Ou, si tu n'es point las de ces généreux coups, Immole au cher pays des vertueux Horaces Ce reste malheureux du sang des Curiaces. Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur; Joins Sabine à Camille, et ta femme h ta sœur; Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères; Je soupire comme elle , et déplore mes frères : Plus coupable en ce point contre tes dures lois, Qu'elle n'en pleuroit qu'un, et que j'en pleure trois, Qu'après son châtiment ma faute continue.

Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue.

Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,

Et ne m'accable point d'une indigne pitié.

Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme

Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une âme.

C'est à toi d'élever tes sentimens aux miens,

Non à moi de descendre à la honte des tiens.

Je t'aime, et je connois la douleur qui te presse;

Embrasse ma vertu pour vaincre ta foiblesse,

Participe à ma gloire au lieu de la souiller;

Tâche à t'en revêtir, non à m'en dépouiller.

Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie,

Que je te plaise mieux couvert d'une infamie?

Sois plus femme que sœur, et, te réglant sur moi.

Fais-toi de mon exemple une immuable loi.

SABINE

Cherche pour t'imiter des âmes plus parfaites. Je ne t'impute point les pertes que j'ai faites, J'en ai les sentimens que je dois en avoir. Et je m'en prends au sort plutôt qu'à ton devoir; Mais, enfin, je renonce à la vertu romaine,

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