‹ Hortense Allart de Méritens: dans ses rapports avec Chateaubriand, BérangerChapitre 23 sur 42 · VIRGILE · texte numérisé non relu

VIRGILE

Le vieux coursier hennit aux escadrons fumants^ Le vieux rocher s'émeut au murmure de l'onde ; Napoléon captif, s'il regardait le monde.

Lui lançait, dit Victor, de longs rayonnements.

Moi dont Thumble bonheur n'eut que de courts moments Et de qui le destin moins hautement se fonde. Si le frais souvenir m'offre une tresse blonde. Mon œil a retrouvé ses éblouissements.

Ainsi, quand je vous vis du premier jour. Madame, Une boucle brillait sur votre joue en flamme ; Il m'en était resté comme un éclair lointain.

Mais voilà que tardif, vous revoyant encor.

J'ai retrouvé la boucle aussi fraîche qu'Aurore, Et le même rayon s'y jouait ce matin (2).

(i) Lettre inédite à Juste Olivier, en date du 25 octobre 1840. (a) Sonnet publié, dans rédition définitive des œuvres poétiques de Sainte-Beuve, à la suite de Joseph Delorme.

HORTBNSB ALLÀRT DB MÉRITfiNS

Ce ne sont pas les seuls vers que Sainte-Beuve lui ait adressés. Quelques mois après, le 3i décembre i84o, à minuit, il lui lisait les strophes suivantes qui auraient rassuré Hortense si elle avait pu les entendre :

Heureux qui dans Tibur^ sous ses triples fontaines. Sous Tarc-en-ciel en feu des bruissantes eaux, Sous les grands châtaigniers des collines romaines, Sur les flancs reverdis des éternels tombeaux^ Grandeurs à ravir même une âme délaissée, Heureux qui, dans ces lieux, doubla votre pensée Et fit les cieux plus beaux.

Et dans Lacques encore, et tout près aux Caséines, Quand s'ouvre avec Tété la galerie en fleur, Quand les odeurs des pins et les odeurs marines Et la brise du soir confondent leur fraîcheur. Ame en tous lieux de soins et d'amitié bercée. Heureux qui, parmi tous, tenait votre pensée Y faisant le bonheur !

Sur le frais Richemont quand le printemps s'éveille. Quand le cottage vert a lui sous les taillis, Quand aux feux du matin la Tamise vermeille A secoué sa brune et ses soleils pâlis, Ame blanche et rêveuse, aux buissons balancée. Heureux qui devers lui tirait votre pensée Dans les airs embellis !

Et dans Fontainebleau pourquoi courir encore, Sous ces rocs d'Obermann et leur sombre couvert. Plus rapide à passer que l'Arabe et le More, Quand il change sa tente et la pose au désert? Fugitive discrète et sans bruit empressée.

Qui donc là-bas, quel charme enchaînait la pensée Quand ici l'on vous perd ?

SAINTE-BEUVE ET M*n« d'aGOULT 203

Mais aujourd'hui du moins qu'après la longue absence L'Étoile a rencontré son doux front éclaircî^ Entre un an qui finît et l'autre an qui commence^ n est peut-être une heure, une minute aussi.

En ce soir d'intervalle, à cette heure lassée. Heureux qui, s'y glissant, surprendrait la pensée A dire: Le voici!

jyjme d'Agoult dit-elle jamais ce mot en pensant à Sainte-Beuve? Je ne le crois pas; c'est également l'avis de M. Jules Troubat pour qui la vie intime de son maître n'a pas de secret. M™® d'Agoult agréa les hommages du grand critique et lui sourit, mais elle demeura avec lui sur la défensive, — autrement il ne lui aurait pas fait alors d'infidélité, même avec Hortense.Au surplus voici deux lettres de Marie qui me paraissent confirmer l'opinion de M. Jules Troubat sur ce point. La première était adressée à son amie d'Herblay.

2 mars 1846.

« J'allais vous écrire,quand on me remet votre lettre. Je pense vous aller voir aux premiers lilas et passer un mois de retraite ascétique à Herblay. Je suis vraiment heureuse d'apprendre qu'Henri (i) se remet complètement, et j'espère que vous me ferez part du résultat de vos belles et fortes études.

a Nélida (qui ne s'est jamais appelée Natilda que dans votre poétique imagination) paraît en ce moment dans la Revue. Mes amis tirent toutes sortes de feux

(i) Second fils d'Hortense.

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d'artifice en son bonheur et s'étourdissent du bruit qu'ils font. Cela ressemble à un succès, mais rien n'est plus vague que ces sortes de succès. Il faudra voir la publication en volume. Le tout a gagné après vos conseils (je ne plaisante pas) et je ne suis point trop mécontente. 5"i7 y avait un moyen de savoir l'opinion vraie de Sainte-Beuve^ je ferais bien du chemin et bien des efforts pour cela. On me dit que votre reine (i) m'accorde des louanges énormes.

« Je ne sais rien de Didier (2) et je crains l'esprit goguenard de votre illustre ami, à la bienveillance duquel je ne me sens aucun titre.

« Dites à M™* Hamelin (si elle entendait parler de Mettray) qu'on y est heureux. La jeune femme qui était délicate y prend des forces pour son avenir de mère qui ne paraît cependant pas encore prochain.

« Que devient Marcus?

« A vous,

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