Rose du ViJal
LA PENSION. \\h
« Mettez- VOUS à dessiner. Ayez un piano et Mozin, je vous en conjure, ou vous n'aurez rien sous les doigts quand votre maman arrivera. »
Le 5 décembre, à cinq heures du soir, le général Bonaparte revient à Paris; son premier soin est d'appeler sa belle-fille auprès de lui ; « Hortense est à Paris, — écrit madame Gampan à Caroline d'Hyenville^ — Le général, qui est arrivé avant la maman, a été si content de sa modestie, de son maintien, de ses talens, qu'il a désiré m'en faire ses remercimens et m'a invitée à dîner; là, après mille choses honnêtes, il m'a dit que, si madame Buonaparte partageoit son vœu, Hortense reviendroit chez moi. Je crois que, d'après ce désir, je puis espérer de garder encore celte aimable enfant qui ne m'a donné que de la satisfaction et me fait infiniment d'honneur... »
Environ trois semaines après son mari, Joséphine arrivait à son tour et serrait enfin dans
1. Voir, à l'Appendice, la lettre de madame Campa n h la « CitO}cnne d'l:l)enville » mère de Caroline.
ses bras sa fille bien-aimée. Logée dans le petit hôtel de la rue Chantereine, que la municipalité venait de baptiser rue de la Victoire, en l'honneur du vainqueur d'Italie, et où Joséphine habitait depuis 1795, Hortensefut témoin de l'enthousiasme avec lequel les Parisiens saluèrent le retour triomphal du général Bonaparte, et des ovations qui éclataient, à chaque instant, sur son passage. Des fêtes splendides furent données à son intention. Celles du Luxembourg et du ministère des Relations extérieures se distinguèrent surtout par leur magnificence.
Gomme dédommagement aux longs mois d'isolement que sa fille venait de traverser, madame Bonaparte la laissa prendre part à tous ces plaisirs.
Si l'on en croit les Mémoires contemporains, lîortense n'en était pas à ses débuts, et déjà, malgré son jeune âge, Joséphine l'avait menée à des réunions d'abonnés qui, au lendemain de la Terreur, remplaçaient les réceptions des particuliers dont tous les hôtels étaient fermés.
Elle avait donc déjà été aux bals de Tivoli, de Richelieu, de Marbeuf, de Thélusson, sortes de casinos où la bonne société se mêlait à la mauvaise dans un besoin commun de plaisir, et y avait dansé avec M. de Trénis, que l'on surnommait « le Vestris des salons », avec MM. Charles et Just de Noailles, Albert Dorsay, Charles de Gontaut, de l'Aigle, etc., les jeunes gens à la mode. Despréaux, le maître de danse, qui demeurait 47, rue du Mont-Blanc, se vante de l'avoir eue à ses soirées, où l'on « s'amusait à des jeux d'enfants et à faire mille folies ».
Quoi qu'il en soit, madame Campan, désespérée de ces vacances intempestives, poussait les hauts cris et réclamait son élève dans toutes ses lettres. Madame Bonaparte se décida enfin à la ramener à Saint-Germain, se réservant seulement d'aller lui faire de fréquentes visites, pour la plus grande joie des pensionnaires à qui elle obtenait des congés et qu'elle comblait de cadeaux et de friandises.
Joséphine avait conservé, dans ses papiers,
418 HORTEN^îE DE REAUHARNAIS.
un compte rendu des notes d'Horlense, correspondant, comme date, à l'époque à laquelle nous sommes arrivés et en tout semblable aux bulletins que madame Gam[)an envoyait régulièrement, chaque mois, aux parents de ses élèves. Nous le donnons à titre de document. Il complétera les notions que nous avons déjà sur l'éducation que Ton recevait à l'Institution de Saint-Germain, et nous initiera aux aptitudes d'Hortense, à ses qualités et à ses défauts.