‹ Hortense de BeauharnaisChapitre 23 sur 54 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

La citoyenne EugéiTie (sic) Beauharnais est douée des qualités les plus précieuses : elle est bonne, sensible et toujours prête à obliger ses compagnes ; son humeur est égale. Elle aurait tout ce qull faut pour bien faire si elle était un peu moins étourdie. Elle a été quatre jours à l'infirmerie pour un mal d'aventure au pouce de la main gauche i. Du reste, elle est beaucoup moins gourmande et continue d'avoir pour ses parents toute la tendresse et l'admiration dont ils sont dignes à tant de titres.

La Directrice,

GENET-CAMPAN

1. Hortense s'était blessée avec un liaraeçon, en péchant à la ligne, à Grignon, chez M. Auguié.

Le général Bonaparte n'était pas plus tôt revenu en France qu'il songeait, de nouveau, à en repartir, afin de se soustraire aux tracasseries que lui suscitait le Directoire, jaloux de son prestige. Il proposa donc l'expédition d'Egypte au Gouvernement qui, ravi de le voir s'éloigner, lui donna carte blanche pour l'organiser à sa guise.

Ces graves préoccupations n'empêchèrent pas le général de s'inquiéter du bonheur des membres de sa famille ou de celle de sa femme. Il s'était intéressé au sort d'Emilie de Beauharnais, qui, après avoir passé près de deux années en pension, se trouvait, alors, en âge d'en sortir et qui ne pouvait guère compter sur l'appui de ses parents : son père ayant épousé, en secondes noces, une chanoinesse allemande, et sa mère, un nègre nommé Gastaing. Il résolut de la marier.

Un de ses aides de camp : Marie Ghamans Lavalette, âgé de vingt-neuf ans, qui s'était distingué pendant la campagne d'Italie et qu'il estimait tout particulièrement, lui sembla réunir

toutes les conditions désirables. Sur-le-champ, il s'ouvrit, au jeune officier, de ses projets.

— Je veux vous faire épouser Emilie de Beauharnais, elle est très belle et très bien élevée, la connaissez-vous?

— Je l'ai vue deux fois. Mais, mon général, je suis sans fortune et nous allons en Afrique ; si j'y suis tué que deviendra la pauvre veuve?

Bonaparte ne voulut rien entendre.

— Causez ce soir avec madame Bonaparte. La mère a donné son consentement ; dans huit jours la noce, et je vous donnerai quinze jours de bon temps.

« Le lendemain, écrit le comte de Lavalette dans ses Mémoires, nous montâmes en calèche, le général, madame Bonaparte, Eugène et moi, et nous descendîmes chez madame Campan.

C'était un grand événement ; toutes les pensionnaires étaient aux fenêtres, dans le salon, dans les cours, car on avait donné congé. Bientôt on descendit dans le jardin et, parmi ce troupeau de quarante jeunes personnes, je

cherchai, avec inquiétude, celle qui m'élait destinée. Sa cousine Hortense nous l'amena pour saluer le général et embrasser sa tante. Elle était effectivement la plus jolie : une taille élevée et d'une élégance pleine de grâce, un visage charmant, de belles couleurs que la confusion augmentait, mais une timidité, un embarras qui fit rire le maître, mais il n'alla pas plus loin... Quand on fut levé et que le cercle fut rompu, je priai Eugène de conduire sa cousine dans une allée solitaire. Je les rejoignis et il me quitta. J'entrai alors en conversation ; je ne lui cachai ni ma naissance, ni mon peu de fortune... Elle avait les yeux baissés; pour toute réponse, elle sourit et me donna le bouquet qu'elle tenait à la main. Je l'embrassai ; nous revînmes lentement vers la compagnie et, huit jours après, nous allâmes à la municipalité. Le lendemain, un pauvre prêtre insermenté nous maria dans le petit couvent de la Conception, rue Saint-Honoré. C'était à peu près déf«-*ndu, mais Emilie y tenait beaucoup, car elle avait une piété douce et sincère.»

Ajoutons que cette union si militairement conclue ne fut pas malheureuse. En 1814, la douce Emilie^ ainsi que l'appelaient ses anciennes compagnes de Saint-Germain, bravera la prison et les mauvais traitements pour arracher son époux à la mort, donnant ainsi au monde un admirable exemple de dévouement conjugal.

Dans la nuit du 3 au 4 mai 1798, le général Bonaparte, Joséphine, Eugène, Lavalette partirent pour Toulon. Les apprêts du voyage furent faits en si grand mystère, afin de déjouer la surveillance de l'Angleterre, que Bonaparte ne permit même pas à sa femme d'aller à Saint- Germain embrasser Hortense, dans la crainte d'une indiscrétion.

A son arrivée, madame Bonaparte écrivit à sa fille:

Toulon, ce 26 floréal an VI.

« Je suis h Toulon depuis cinq jours, ma chère Hortense, je n'ai point été fatiguée de

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la route, mais bien chagrine de t'avoir quittée sans pouvoir te dire adieu, non plus qu'à ma chère Caroline ^ Mais, ma chère fille, j'en suis un peu consolée par l'espoir que j'ai de t'embrasser bientôt. Bonaparte ne veut pas que je m'embarque avec lui ; il m'enverra chercher dans deux mois. Ainsi, ma chère Hortense, j'aurai encore le plaisir de te presser contre mon cœur et det'assurer que tu es bien aimée. » Adieu, ma chère fille,

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