ACTE I, SCÈNE il
JULIE
Fat!
LUCIEN
Non, Julie... ce n'est pas de la fatuité... c'est de la foi. Ne m'aviez-vous pas dit que vous m'attendriez?
JULIE
Quelle imprudence j'ai faite, mon Dieu!... Mais laissous cela... Vous n'avez pas débarqué seul, ce me semble.
LUCIEN
D'Ervillé sera ici dans un moment.
JULIE
Tu ne le connais pas, Hortense ?
Fort peu.
JULIE
Ah ! voilà un homme charmant !
LUCIEN
Bah!
CHARLES
Un homme sérieux !
LUCIEN
Un original...
JULIE
Un homme de cœur... et d'esprit.
LUCIEN
Avec des principes affreux et des idées ridicules...
Je le croyais de vos amis.
LUCIEN
Aussi, je ne dis ici que ce que je lui ai dit cent fois. Nous avons failli nous couper la gorge... il y a six ou huit mois.
JULIE
Et à quel sujet ?
Au sujet d'une loi chinoise, fort bizarre, mais assez juste en apparence.
20 HOKTENSE DE BLENGIE.
CHARLES
Quelle loi ?
LUCIEN
Quelle loi?... Voyons, comment vais-je vous raconter cela? Attendez: Imaginez-vous une femme qui trompe son mari...
JULIE
Est-ce que cela se fait en Chine?
LUCIEN
Très-souvent... Oh! on se fait une très-fausse idée des chinois!... Il y a énormément de points de ressemblance entre leurs mœurs et les nôtres.
JULIE
Et ce fut là le sujet de votre querelle?
LUCIEN
Voici comment cela arriva : Cette loi dont je vous parlais, dit : Que lorsque la femme qui a trompé son mari devient veuve et épouse son séducteur, s'il arrive à celui-ci ce qui est arrivé à l'autre, on ne punit point la femme pour cette nouvelle faute, et qu'on dit au second mari : Vous n'avez que ce que vous méritez.
Vraiment?
Ceci me semble très-logique.
JULIE
Et d'un très-bon exemple pour certains amoureux qui menacent de se tuer si une femme ne daigne pas se perdre pour eux... Mais ils ne se tuent pas !...
LUCIEN
Est-ce que vous me reprochez de vivre?
Mais comment est venue la querelle?... vous trouviez cette loi très-juste, sans doute?
LUCIEN
Moi, je trouvais que c'était mieux que de là justice, je trouvais que c'était une excellente plaisanterie.
Et M. d'Ervillé n'était pas de votre avis?