‹ Hortus deliciarumChapitre 118 sur 157 · Engelhardt, Tab. I, n · texte numérisé non relu

Engelhardt, Tab. I, n

10. «Judas mercator pessimus signifient usurarios quos omnes expellit Dominus, quia spem suam ponunt in diviciis et volunt ut nutnmus vincat, numrnus regnet, nummus imper et. »

11. Engelhardt, Tab. I, nos 6 et 7. — Nous donnons la figure du brigand d’après un calque de la Bibliothèque nationale de Paris.

devenu un objet d’horreur aux yeux de Dieu, incapable de se relever et abîmé de douleur en reconnaissant son triste état. Puis nous voyons le même homme debout, le corps déjà purifié des souillures de la lèpre, et offrant en présence du Prêtre Eternel, Jésus-Christ, le sacrifice prescrit par la loi de Moïse1 dans les termes suivants: «Le prêtre ordonnera à celui qui doit être purifié d’offrir pour lui-même deux passereaux vivants ou autres oiseaux purs dont il est permis de manger, du bois de cèdre, de l’écarlate et de Physope; il ordonnera de plus que l’un des oiseaux soit immolé dans un vaisseau de terre sur de 1 eau vive qu’on y aura mise; il trempera l’autre oiseau, avec le bois de cèdre, l’écarlate et l’hysope dans le sang du passereau qui aura été immolé, il fera sept fois des aspersions avec ce sang sur celui qu’il purifie, afin qu’il soit légitimement purifié. Après cela il laissera aller l’oiseau vivant, afin qu’il s’envole dans les champs»2. C’est ce rite qui est représenté dans cette miniature du f° 238 verso. Si l’attitude du lépreux montre son empressement à être purifié, celle du Sauveur témoigné egalement de son zèle pour guérir et sauver. Près du lépreux se trouvait cette inscription: «Le lépreux signifie les hérétiques et tous les pécheurs que la grâce, c’est-à-dire Jésus-Christ, guérit par une confession pure et une pénitence vraie, pour les restituer pleins de santé à notre Mère l’Église»3. — Et près du Sauveur: «La grâce, c’est-à-dire Jesus-Christ, purifie le lepreux, c’est-à-dire l’hérétique ou le pécheur»4. — Enfin, le phylactère porte ces mots: «Si vous faites mourir par l’esprit les œuvres de la chair, vous vivrez»5.

La dernière figure de notre planche est une colombe à six ailes, moitié d’argent et moitié d’or3. Le texte qui accompagnait cette figure et qui est tiré ex sermone cujusdam doctoris, sans nom d’auteur, en fait un symbole de l’Église. D’après cette explication mystique, les deux ailes aux pieds sont la contrition du cœur et la confession de bouche; les ailes des flancs, la crainte et l’espérance; celles de la tête, l’humilité et la charité. De plus, l’argent signifie l’éloquence sacrée, l’or, la charité, et cette dorure de l’extrémité du dos se rapporte aux fidèles qui vivront dans les derniers temps, à l’époque de l’antéchrist, et dont la charité sera particulièrement remarquable et éclatante7.

PLANCHE LXI. le pressoir mystique.

L’idée de comparer l’Église à un pressoir se trouve déjà dans les œuvres de saint Augustin qui, dans divers passages de ses Enarration.es in Psalmos 8, a exposé cette allégorie; mais notre miniature est probablement l’exemple le plus ancien d’un tableau figuré du pressoir de l’Église, et la composition dont nous avons à parler était certainement une des plus remarquables de. tout le manuscrit. Pour expliquer avec certitude le sens symbolique des diverses parties de notre dessin, nous nous servirons des légendes qui occupaient les vides entre les figures.

Le tableau est circonscrit par un cercle. Un cep de vigne dont le pied surgit de terre au bas de la composition, garnit tout l’arrière-plan de ses rameaux. Cette vigne, d’après le texte du haut de la page, est une figure de la nature humaine : «Dieu a planté la vigne, quand il a créé la nature humaine»8; c’est aussi une image de l’Église, car une autre légende disait: «L’Eglise est quelquefois comparée à une vigne»10. Huit médaillons ornés de figures d’anges se trouvent sur le bord du cercle et encadrent la composition centrale: c’est la barrière dont parle saint Matthieu (XX, a3), c’est-à-dire «la garde des anges dont le Seigneur a environné la vigne, de peur que les démons ne dévastent les fruits ou les bonnes œuvres des justes»11. Au centre, en avant du cep de vigne, nous voyons le Christ debout sur le pressoir; il foule le raisin apporté dans des corbeilles par deux groupes de personnages, où nous remarquons d’un côté un pape, un évêque, des moines, des ermites, des religieuses, de l’autre des reines et des religieuses, ainsi que des femmes vivant dans le monde. Ces deux groupes occupent le haut du tableau. En bas, trois personnages nimbés versent également le contenu de leurs corbeilles sous les pieds du Christ. Deux d’entre eux, désignés par le mot Aposloli, représentent évidemment les apôtres saint Pierre et saint Paul; le troisième porte une dalmatique et figure sans doute saint Étienne, le protomartyr, qui a foulé le pressoir, le premier après Jésus-Christ. Le pressoir, d’après les inscriptions de notre miniature, est l’image de l’Église, où sont réunis les fruits de sainteté et de justice; les colons de cette vigne sont les prêtres et les docteurs; la plantation de cette vigne est la vocation de tous les fidèles13. Les textes écrits sur la poutre du pressoir, prouvent que le pressoir était aussi un symbole de la croix: «Le Christ a foulé le pressoir seul pour tous, afin que tous fussent sauvés. — J’ai foulé le pressoirtout seul. — Le pressoir est la sainte croix»13. Quant au personnage nimbé qui tourne la vis du pressoir, et qui n’était désigné par aucune légende, ce n’est pas un apôtre, car selon toute apparence il est chaussé, alors que, dans toutes les

x. Lévit XIV, v. 4 — 7.

2. L’écarlate se rapporte à l’état de péché, selon ce texte d’Isaïe, I, 1 S : a Quand vos pêchés seraient rouges comme l' écarlate, ils deviendront blancs comme la neigea. — L’hysope exprime la purification: «Vous m’arroseres' avec l'hysope, et je serai purifié». (Ps. L, 8.) — Le bois de cèdre figure la force que reçoit le pécheur réconcilié, pour faire le bien. — L’eau vive marque la vie nouvelle de la grâce, sortant de la mort du passereau immolé; et enfin l’oiseau qui s’envole est le symbole de la liberté récupérée par le pécheur réconcilié.

3. « Leprosus significat hereticos et omnes peccatores, quos gracia, id est, y£; per confessionem puram et penitentiam veram mandat, ut matri ecclesie sanos restituât, a

4. « Gracia, id est, Xjç mandat leprosum, id est hercticum sive peccalorem. »

5. «Si spiriltt facta carnis niortifwaveritis , vivetis. » (Rom. VIII, 13.)

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