SA GRANDEUR MGR L. P. ADÉLARD LANGEVIN, O.M.I
Archevêque de Saint-Boniface.
Au révérend Père H. Leduc, O. M. I.
Mon Révérend et cher Père,
Je me sens trop indigne de succéder à l'illustre et regretté Mgr Taché pour ne pas éprouver de la confusion en lisant la dédicace de votre important travail sur les conséquences néfastes de TOrdonnance n° 22 de 1892 dans les Territoires du Nord-Ouest.
Il ne m'est pas donné de contrôler les faits que vous rapportez, mais ils me paraissent bien prouvés et il me semble qu'ils montrent clairement trois choses : d'abord, que les Catholiques ont perdu tout contrôle de leurs écoles au Nord-Ouest, et cela en dépit de la constitution ; en second lieu, que vous avez montré, avec M. Forgetet les Hons. Membres du parlement. MM. Prince et Boucher, un esprit de conciliation extrême, et en troisième lieu, que ceux qui ont en main les affaires scolaires à Regina ont fait preuve d'un mauvais vouloir manifeste.
Elles étaient donc bien vraies, les paroles de feu Mgr Taché, dans son " Mémoire sur la question des Ecoles, en réponse au rapport du comité de l'Hon. Conseil Privé du Canada." p. 30.
'• Plus astucieux que le gouvernement de Manitoba, celui des Territoires a laissé aux Ecoles Catholiques leur existence mais il les a dépouillées de ce qui constitue leur caractère propre et assure leur liberté d'action."
Je -regrette beaucoup que vous ayez été dans la pénible nécessité de signaler au public soucieux de la paix du pays et du respect des libertés d'un chacun, les paroles et les actes de certains personnages publics occupant des positions responsables, et, obligés par état, de rendre justice à tous, aux faibles comme aux puissants.
Il ressort clairement de votre travail qu'on a refusé à des sujets britanniques la justice et le fair-play auxquels ils avaient droit. Vous faites donc bien, mon Révd et Cher Père de protester contre un état de choses aussi intolérable. En vérité, la façon dont on
traite les Catholiques au Nord-Ouest n'est guère propre à nous disposer àaccepterau Manitoba une semblable situation qui nous livrerait à la merci de quelque surintendant antipathique à nos croyances et à nos institutions.
Avec vous, je proteste de toutes mes forces comme citoyen britannique et comme évêque contre un état de choses qui est la violation des promesses royales et de la plus sacrée de toutes les libertés, la liberté de conscience.
Je termine par les paroles suivantes de mon regretté prédécesseur dont nos adversaires eux-mêmes ont vanté la sage modération. •• Mémoire déjà cité p. 30."
" Les nouvelles lois scolaires de Manitoba et du Nord-Ouest
sont une violation palpable et manifeste des assurances données " au nom de Sa Majesté et par son autorité." Les convictions des catholiques, au lieu d'être traitées avec la considération et le respect promis aux différentes persuasions religieuses, sont dépouillées de droits et de privilèges qui devraient être considérés comme naturels et inaliénables dans un pays où l'on affirme qu'il y a égalité religieuse et liberté de conscience."
Si le Vénérable prélat a pu parler ainsi avant le jugement de l'Hon. Conseil Privé d'Angleterre 'proclamant nos droits que ne dirait- il pas maintenant ?
Sans vouloir enlever à nos concitovens de croyances différentes, la plus petite parcelle de leurs droits scolaires, nous réclamons les nôtres hautement comme doivent le faire des citoyens libres, et avec calme et confiance. en Dieu, comme doivent le taire de vrais chrétiens.
Croyez, mon digne et cher Père à mon affectueux dévouement
en N.B. et M. I.
t ADELARD, 0. M. I.
Arc/i. de Si. Boniftice.