HOTEL DE LA PRÉFECTURE DE POLICE
L’histoire des Monumens de la vieille Cité parisienne est fort incomplète (1).
C’est à peine si , sur les plus importans d’entr’eux , tels que Notre-Dame, le Palais-Royal {P alais-de- Justice) et la Sainte- Chapelle, on trouve des renseignemens qui donnent une idée exacte de leur origine ainsi que des diverses transformations qu’ils ont subies.
Les autres sont mentionnés, il est vrai, mais il faut voir
(1) Nous entendons par Cité, la partie de Paris comprise dans l’île du Palais. Au commencement du xvic siècle, Paris était divisé en trois quartiers: la Cité proprement dite, la Ville, au nord, et l’Université, au midi; c’est pour cela qu’un poète latin le compare à un immense oiseau qui se baigne dans le fleuve, et étend ses ailes sur chaque rive, en attendant de prendre son vol vers les hauteurs.
avec quelle sorte de dédain et d’insouciance les historiens laissent tomber, à leur sujet, quelques mots qui aident à déterminer avec plus ou moins de certitude l’époque de la construction primitive. Quant à l’œuvre en elle-même , à sa destination, aux noms de ceux qui ont présidé à sa fondation ou à son achèvement, ce sont pour l’ordinaire des détails entièrement négligés, et, par conséquent, autant d’énigmes proposées à la sagacité des savans et des archéologues.
L’Hôtel du Bailliage , devenu plus tard Hôtel de la Présidence, et, de nos jours. Hôtel de la Préfecture de Police, est au nombre de ces monumens que les historiens de Paris ont oublié ou dédaigné de décrire, et sur lesquels il nous reste fort peu de renseignemens.
Nous essaierons toutefois de nous faire jour à travers cette obscurité; et, à défaut de documens directs et positifs, nous nous servirons des élémens que nous avons pu recueillir, pour arriver par voie d’induction et d’analogie à la solution du problème qui nous occupe.
Et d’abord, pour ne rien omettre, et sans trop nous éloigner du cercle que nous nous sommes tracé, Jetons rapidement un coup-d’œil sur l’état de la Cité, au commencement du xie siècle , c’est-à-dire peu après l’avénement de la troisième race.
A cette époque, la partie occidentale de Pile offrait, indépendamment du Palais habité par les rois, la chapelle Notre- Dame de l’Étoile, attenant au Palais, et la chapelle Saint- Michel, bâtie sur l’emplacement actuel de la rue Sainte- Anne. Le reste était occupé par des jardins entourés de haies ou de murailles et assez bien entretenus, si on en juge d’après les historiens et les poètes. (1)
(1) Les passages suivans font connaître l’état de ces jardins aux vie, xme et xvne siècles:
Mitior hic œstas , ubi molli blanda swuirro ,
Aura tevis semper pendilla mala c/uatil.
Ilœc magno inseruii rex Cliilüebertus honore , etc.
FORTUNAT. lib. VI.
— Joinville rapporte que saint Louis aimait à y rendre la justice: «Aussi » plusieurs fois ai vu, au tenus d’été, que le bon Roi venait au jardin, » vêtu d’une cotte de camelot, d’un surcot de tiretaine sans manches,
Un peu plus loin , en suivant le cours du fleuve, on voyait deux petites îles : la première, appelée par les uns Ile des Vignes , par les autres Ile aux Bureaux , était séparée de la Cité par un bras de la Seine, correspondant, pour la largeur et la direction, à la rue actuelle de Harlay (1); l’autre était désignée sous le nom A' Ile de Bussy ou de la Gourdaine ; elle forme aujourd’hui le terre-plein du Pont-Neuf.
Ces deux petites îles n’offraient aucune trace de construction.
Quant aux édifices particuliers élevés sur la partie de la Cité que nous venons de décrire, ils consistaient en quelques maisons situées vers le bras méridional du fleuve, et principalement destinées à l’habitation des prêtres desservant les chapelles Saint-Michel et Notre-Dame de l’Étoile.
Le gouverneur du Palais portait alors le titre modeste de Concierge, et avait logement dans la demeure du Roi. Plus tard, cette qualification fut changée en celle de Bailly (2), et les fonctions dont ce personnage était revêtu lui donnèrent droit de juridiction dans l’intérieur et autour du Palais. Il
» et (l’un mante! par dessus de sandal noir. Il faisait là étendre des » tapis pour nous asseoir auprès de lui, et là faisait dépêcher son peuple » diligemment comme au bois de Vincennes. » (Vie de saint Louis.)
— C’est dans ce jardin (pie saint Louis reçut l’hommage de son grand vassal, Henri III d’Angleterre.
— Voici maintenant ce qu’en dit Claude Malingre, historiographe du roi Louis XIII: Ce jardin est très-bien entretenu et embelli de quantité de beaux parterres de fleurs, et au milieu , d’un grand bassin qui reçoit l’eau d’une belle fontaine en forme de déesse. ( Antiquités de Paris , page 128.)
(1) Dans cette île, on fit briller, le ISmars 1313, le Grand-Maître des Templiers et le Maître de Normandie.
(2) Ce changement eut lieu, pour la première fois, en 1413, lors de la nomination de Jean Juvénal des Ursins. — • Plus tard, le roi Louis XI, en appelant à ces fonctions son médecin, Jacques Collier, eut soin de fixer les limites de sa juridiction. On lit dans les comptes de la Prévôté de Paris, p. 649 : « Don fait par le roi Louis XI à M° Jaques Collier, son médecin et vice-président des comptes, des offices de concierge et bailly du Palais à Paris, la geollcrie, maisons, jardins, droits et devoirs d’iceux, les bancs et estaux tant desdits lieux et salles du Palais qu’à l’entour d’icelui; et était auparavant bailli et concierge, M" Jehan de la
fallut lui élever uu Hôlel à part, et lui composer une Chambre de Justice pour l’exercice de sa juridiction.
Selon Corrozet, c’est en l’an 1485 que l’on commença à construire l’iiôtel, appelé Hôtel du Bailliage. L’inscription placée sur la porte principale ne laisse aucun doute à cet égard. Cette inscription était composée en lettres d’or et d’azur; les lettres d’or, prises comme chiffres romains, donnaient en effet le nombre 1485, date de la fondation.
Voici l’inscription telle que Corrozet l’a recueillie :
» LES LETTRES ü’OR DIENT l’aNISÉE
)> QUE l’oeuvre fut encommencée :