UN MOT SUR L’INFLUENCE DES FRÈRES VAN EYCK
ette influence a été tellement puissante qu’il faudrait, pour l’étudier complètement, passer en revue les plus grands maîtres flamands, hollandais et autres du xve siècle et de la première moitié du xvie. Répétons que la peinture par glacis, à peu près exclusivement usitée pendant tout le cours du xve siècle, est la véritable invention de Jean. Telle est du moins l’opinion qui, seule, nous parait être d’accord avec les faits.
Mais il faut dire un mot de l’influence d’Hubert. Son type de Christ posé de face sur la croix a émigré en Allemagne dès le début du siècle; en Flandre, il a vaincu, à la longue, et remplacé celui de Rogier. Petrus Christus et le Maître de Flémalle ont non pas inventé, mais copié le Christ d’Hubert tel qu’il est dans le Calvaire de Berlin.
L’influence d’Hubert a conquis aussi la Hollande. A cinquante ans d’intervalle, elle a créé un maître encore trop peu apprécié, un homme de génie. L’admirable Crucifixion des Offices, plus encore la Mise au tombeau du musée de Liverpool, sont des œuvres géniales. Le Calvaire y de la collection du Bn Franchetti (Venise), est, très probablement, une imitation libre, peinte par ce maître, d’un Hubert perdu. L’auteur de ces chefs-d’œuvre, que le Dr Friedlànder a baptisé, d’après un ouvrage très secondaire, le « Maître de la Vierge entre les Vierges d’Amsterdam », est un petit fils d’Hubert et un peu de Jean Van Eyck, tout comme Gérard de Saint-Jean, tout comme Gérard David et Quentin Metsys. C’est sans doute lui qui a peint une proche
imitation d’un Hubert van Eyck disparu, Crucifixion mise en lumière par les recheréhes de M. de Bodenhausen. Cette Crucifixion appartient au Bn Franchetti, de Venise. Elle a été retrouvée grâce à une copie du musée de Padoue signalée par Mme Ida Schottmüller.
L’influence des deux frères sur la France et, en particulier, sur Jehan Fouquet, est aujourd’hui reconnue, et rien ne serait plus facile que de la suivre plus loin. Mais il faut se borner. Espérons qu’un jeune historien d’art traitera plus amplement — en un volume entier — ce sujet si intéressant, si riche et encore presque neuf, que nous n’osons même pas effleurer ici.