Hubert Robert, 1733-1808
plantés par lui paraient toujours ce lieu pittoresque et charmant, et le souvenir des réunions heureuses consacrait à jamais, pour la fidélité de l’amitié, ces îles de la Seine, couvertes de jardins et de vergers, dont un homme sensible et bienveillant avait fait un « Elysée » pour les artistes et les poètes. Invités ensemble par le propriétaire nouveau, négociant enrichi , fier de continuer de belles traditions , les deux peintres avaient quelque peine à retrouver l’enchantement dont ils avaient joui parmi les grâces d’une société incomparable ; mais le décor restait à peu près intact, et, tandis que leur compagnon Lebrun - Pindare cherchait encore, sous la voûte des saules pleureurs, les rimes d’une ode orgueilleuse.
run peignit le portrait de son ami Hubert Robert, ’ aimable Watelet était mort ; mais les bosquets
Hubert Robert dessinait une fois do plus le pont de bateaux, d’un si joli reflet, et les |)eupliers de la rive.
Madame Vigée-ljO Brun profita des loisirs de ce séjour de campagne pour le mettre lui-même sur la toile, sa palette à la main, dans le négligé de ses heures de travail . La veste s’ouvre largement sur le gilet clair, et le foulard mal noué découvre un cou puissant sous une belle tête énergi([ue , adoucie par la bonté . La lumière joue sur ce vaste front , que dégagent les cheveux bouclés et rares , rejetés sans soin ; les yeux sont enjôleurs et intelligents ; ils ne rient point, car le portrait est volontairement sérieux et destiné au Salon le plus sentimental de l’époque, celui de 1789; mais, tel qu’apparaît le modèle, dans son attitude familière, pris au milieu de sa besogne interrompue, on s’explique la sympathie que Robert inspirait à ses contemporains par la franchise de son caractère, l’enjouement de ses manières et la fécondité joyeuse de son esprit.
Comment n’eût-on pas aimé le bon Robert! Dans une société où l’on s’amusait simplement et qui savait le prix de la gaieté , un tel homme était fait pour plaire. S’il goûtait le monde, le monde le lui rendait bien et le fêtait, moins jiour la célébrité de son talent que pour ses qualités charmantes et sans apprêt : « Amateur de tous les plaisirs, écrit Madame Le Brun, sans en excepter ceux de la table, il était recherché généralement, et je ne crois [>as qu’il dînât chez lui trois fois dans l’année. Spectacles, bals, concerts , ))arties de campagne, rien n’était refusé par lui ; car tout le temps qu’il n’employait point au travail, il le passait à s’amuser. » Il n’avait rien jierdu des goûts de sa jeunesse, ni de son adresse extraordinaire dans les exercices du corps, qui le rendait fameux, à Rome, parmi les pensionnaires du Roi. (J^uoique devenu gros avec l’àge, il était resté lort agile, et personne ne courait mieux que lui dans les parties de barres, de paume ou do ballon. Personne ne l’égalait non [)lus pour les tours d’écoliers, V invention drôle, la façon de faire rire aux larmes tout un s:don. Un jour, au château do Colombes, chez Madame de Verdun, il trace sui- le parquet une longue raie à la craie; ]>uis, costumé en saltimbanque, un balancier dans les mains, il se met à mai’cher sur cette ligne, à sauter.