VI. Predicants ; leurs ridicules multipliés
Chez les indépendants sur-tout , les officiers et les soldats priaient et prêchaient autant qu'ils combattaient, le plus souvent dans les places publiques. Le général Vernon , le trop fameux cornette Joyce , passaient pour les premiers prédicateurs de ce temps -là. Il y avait à Whitehall six militaires qui s'acquittaient constamment de cette pieuse fonction. La chaire d'ailleurs était sur-tout remplie des plus bas artisans, fort suivis et très-goùtés de la populace ; et , afin de mieux encourager le peuple à la révolte , ces predicants ne cessaient de faire retentir la chaire de leurs fausses prédictions contre le roi.
La plupart avaient une doctrine toute particulière; les anabaptistes et les indépendants déclamaient contre le savoir. Inspirés, disaient -ils, comme les premiers apôtres de Jésus-Christ , ils n'en avaient pas besoin. Le principal dn collège de Caius à Cambridge, dans un
xîvm CLE DE L'HUDIBRAS.
sermon prêché à Sainte -Marie, exalta de son mieux l'ignorance; il avança en un mot que les prosélytes lie devaient savoir ni lire ni écrire; cependant la fureur de ce siècle était de larder de passages latins les sermons et les harangues parlementaires, à quoi ne manquaient point sur-tout les plus ignorants , pour en imposer davantage à la multitude. Ils affectaient des| tournures et des textes particuliers, convenables à' leurs principes, comme celui-ci : « Malheur à la terre « de Me!Oz(a dit l'ange du Seigneur); malheur à ses « habitants , parce qu'ils ne sont point venus au secours « des plus vaillants guerriers. » Jug. chap. 5 , v. 23. Ces predicants ne manquaient point de répéter à leurs auditeurs qu'ils encourraient la malédiction de Dieu, si ceux qui étaient en état de porter les armes ne s'en^ rôlaient pas dans les armées du parlement. Le manifeste que répandirent les Écossais pour justifier les secours qu'ils donnaient aux Anglais, se terminait ainsi : « Que personne ne garde donc plus la neutralité; « que chacun souscrive le Covenant (6), et se joigne à « nous de tout son pouvoir, autrement nous le regar- .< dons comme ennemi de la religion et de son pays , « qu'il faut excommunier et punir. » Un certain Simon Wait, chaudronnier, alors célèbre par ses sermons séditieux, ne balança point de comparer Cromvyeil à l'archange Michel qui terrasse le diable. Ces inspii
^6) Le Covenant, la ligue solcnmll'.
CLÉ DE L'HUDIBRAS. xxix
avaient des réparties convenables à leur croyance. Lorsqu'on apporta la nouvelle de la mort de Cromwell , dans une de leurs assemblées où l'on faisait des prières pour le retour de sa santé , un nommé Sterry se lève tout-à-coup , et s'écrie , comme s'il était inspiré : « Gar- « dez-vous de vous affliger ; s'il était utile au peuple de « Dieu lorsqu'il était parmi nous , il le sera bien davan- « tage actuellement qu'il est monté au ciel , où il est « assis à la droite de Jésus-Christ, et prie pour nous. » Parmi ces boute -feux de la chaire, ces tambours révolutionnaires, on remarquait deux prédicateurs complaisants, Calamis et Case, qui, s'accommodant aux malheurs des temps, tour-à-tour anglicans et presbytériens , prêchaient , avec un zèle infatigable , alternativement une doctrine tour- à-tour opposée. Il ne faut pas oublier d'ajouter ici que le zèle de plusieurs de ces ardents prédicateurs fut très-mal récompensé ; que plusieurs , à la face du public et au pilori , y laissèrent leurs oreilles , d'abord au roi , puis au parlement on à Cromwell , suivant les circonstances et le triomphe de l'un de ces différents partis.
§ II. Sermon de Cromwell.
- Il est à observer que parmi les predicants dont nous venons de parler, Cromwell passait pour être un des plus fameux. 11 existe de lui un sermon imprimé qui a pour titre : « Exercice savant, dévot et consciencieux
« de Cromwell , prêché au temple de monsieur Pierre , «en Lincoln's Inn-Fields, sur l'épître aux Romains, « C. XIII, I. Oinnis anima potestadbus sublimioribus subdita « sit» , dont voici quelquespassages curieuxaujourd'hui. , « Mes chers frères et' mes chères sœurs, il est vrai « que ce texte est un texte malignant (7) , les méchants
« et les impies en ont beaucoup abusé ; graces au ciel 1
« cela a tourné à leur propre ruine ; mais, puisque je |
• parle des rois, il s'agit de savoir si par ces termes les |
« hautes puissances, on doit entendre les rois ou le a
« peuple. C'est une grande question parmi les savants ; jj
" mais il suffit de savoir lire pour voir que Paul ||
« s'exprime au pluriel : les hautes puissances , dit-il. Or, \
s si par-là il eût entendu la soumission à un roi , il f
« n'eût pas manqué de dire que tout le monde se sou- jl
« mette à la haute puissance , et il ne se serait pas exprimé il
« comme il a fait ; il nous ordonne donc d'être soumis k
« aux hautes puissances ; aux hautes puissances, c'est- ji
« à-dire au conseil d'état , à la chambre des communes il
« et à l'armée. » j
Voyez encore dans le dictionnaire (8), Smec ou i
Smectimnus; Tonneau^ tonneau doré, sable. 1: