TRAITEMENT DE L'AME
Ces Irais essais sortent des dossiers ou f ai liasse les notes qui nip servirent pour ces Traités de la Culture du Moi auxquels certains esprits ont donné leur sympathie. Voici des marginalia c/e Bérénice^ c/e ^Homme libre et des Barbares.
Cette Visite à Léonard de A inci pourra contenter ceux qui 'goûtent tel chapitre de /'Homme libre sur une journée que je passai à Milan. Dans la A'isite au pastelliste
Quentin La Tour, je mets en relief r incapacité de cet observateur à se composer une vue générale de r humanité, dont il portraictura tant de fragments; et quelques lecteurs penseront peut-être à Charles Martin du Jardin de Bérénice. Chère et tendre Bérénice ! Quand je l'aimais, nai-je pas vécu en plus étroite harmonie avec Vâme du monde qu aucun de ces curieux insatiables qui mènent leur minutieuse enquête à travers les temps et les pays?... Dans le troisième essai enfin, dans ces considérations sur le cosmopolitisme , ou l'on me saura gré, je crois, d'avoir utilisé V incomparable mémoire de AP^^ Bas/Jiirtseff, on trouvera quelque lumière sur une confusion, fort à la mode aujourdJiui, entre la sensibilité de nos délicats et le sentiment religieux. D'ailleurs, nos néo-cat/ioliques ne sont que des esprits vagues auxquels
TKUIS STATIONS DE PSYCHOTHKUAPIE O.J
il ne convient pas de prêter pjhis (Tiniportance qaii la tasse de thé oà ils se noieront.
Je donne ces essais pour des compléments de notre pensée ; non pour des redites toutefois. Ils ne font point double emploi avec les ouvrages que je rappelle : ils en soulignent la méthode.
Psyc/iologie, scepticisme, dlra-t-on. En vérité, je n^ai pas pAus le droit au titre de psychologue, qui supfjoserait la curiosité et la science de l'âme humaine tout entière^ quà rappellalion de sceptique^ qui implique le refus de toute affirmation. Si des personnes raisonnables me suivent dans les trois pèlerinages oà cet opuscule les convie, elles reconnaîtront que je n'étudie que certains états d'âme, assez particuliers, mais où je suis compétent, et ell^s ajouteront que je ne me contente pas de décrire des stations, mais en-
C07'e ^Jii6 j'y théorise. Je réglemente les intéressés après avoir éclairé les curieux.
Ainsi se justifient ces Essais de Psychothérapie. On trouvera ici T indication du traitement le plus convenable, selon notre méthode, — qui est r exaltation du Moi, — à certaines particularités de rame moderne.
Vous traitez rame, disent les lecteurs (ceux-ci fort égayés, ceux-là craignant quon ne les amuse guère), mais quelle est votre thérapeutique ?
Je me suis suj^pris à en invoquer le bénéfice dans une pjage de Sous TŒil des Barbares. C'était une prière ardente, une des plus sincères, je l'affirme, qui soient sorties de l'angoisse familière à tant de jeunes gens de notre époque, ce... Le vœu, disais-je, que je découvre en nioi est d'un ami, avec qui
rn isoler et me plaindre^ et Ici que je ne le prendrais pas en grippe. J'aurais passé ma journée tant bien que mal sur les besognes. Le soir^ tous soii's, sans appareil, j'irais à lui. Dans la cellule de notre amitié fermée au monde, il me devinerait; et jamais sa curiosité ou son indifférence ne me feraient tressaillir. Je serais sincère : lui^ affectueux et grave. Il serait plus quun confident, un confesseur . Je lui trouverais de rautorifé, ce serait mon ami, et, pour tout dire, il serait ù mes côtés moi-même plus vieux... ^y
Mais voici ressent ici où je vise dans ces consultations :
«... Si mon cerveau trojj sillonné par le mal se j^ef usait à comprendre, et, cette suphosition est plus triste encore, si je méprisais la vérité par orgueil de malade, lui. sans mécltanfe parole, modifierait son traitement.
Car il serait moins un moraliste qu'un complice clairvoyant de mon âcreté. Il m'admirerait pour des raisons qu'il saurait me faire partager ; c'est quand la fierté me manque qu'il faut violemment me secourir et me mettre un Dieu dans les bras, pour que du moins le prétexte de ma lassitude soit noble. :»
Le voilà dans cette dernière ligne, le véritable traitement qui convient à nos jeunes contemporains, caractérisés par V énergie de leurs dédains et par leur impuissance à agir. Eh ! certes, je le sais bien que, sous couleur d'être analystes, nous ne sommes que des inhilistes, des âmes sèches, des cerveaux incapables de sentir efficacement et avec suite, organisés uniquement pour la négation. Ma' s que sert-il quon nous répète: ce Ae scjyez pas tels au 3 vous êtes, nusez pjas de Vànie
que vos pères vous Jugent ! » C'est encore en donnant leur rythme naturel et, sans provocation, une allure toujours Jière à nos sentiments que nous en tirerions agrément et honneur.
J'ai donc pousse à leur pleine intensité les images o/) se reconnaîtront la plupart des jeunes gens modernes, analystes qui s'épient eux-mêmes, curieux qui se passionnent pour trouver les mobiles de tous actes, cosmopolites errant à travers la culture humaine. Comme je Vavouc dans le dérider essai, ni étant jiroposé de leur donner du ton, je leur présente non leur histoire, mais leur légende comprise de telle sorte quelle les ennoblisse à leurs profjres yeux. En vérité, petits lycéens, étudiants, jeunes garçons isolés en province, et vous aussi, Jilles de vingt ans, qui n'avez les uns et les autres que du dégoût pour Vordi-
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naire crime vie que vous semblez d'ailleurs impuissants à modifier, quand je vous prête l'âme du Vinri^ de nos grands analystes modernes et de la délicieuse Marie Bashkirtseff, n est-ce pas un Dieu que je vous mets sur les hras, « pour que du moins le prétexte de votive lassitude soit noble » ?
Ces petits essais, dans mon esprit, ce sont pour des modernes, des consolations à la manière de celles que le plus précieux de nos înaitres, Sénèqur, adressait, avec une extrême élégance, aux raffinés si las de son époque. Et pour nï'en tenir au mémoire qui clôt ce livret, naurcù-je pas concouru utilement à la direction spirituelle des temps qui sont proches^ si je persuade tant déjeunes femmes désœuvrées^ voyageuses et déracinées de tout devoir, que la Légende d'une Cosmopolite les dépeint? Aucune morale ne leur rendrait
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les vertus surannées de la reine Berthe qui filait son lin, mais peut-être, à nous faille leur complice, saurons-nous les convaincre de jouir sans hypocrisie des conditions nouvelles de la vie moderne. Chère vie moderne, si mal à Vaise dans les formules et les préjugés hérédilaires, vivons-la avec ardeur, avec clairvoyance aussi, avouons-en toutes les nuances et, que diable! elle finira bien par dégager dfelle-méme une morale et des devoirs nouveaux.