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L'ÉLECTION PRÉSIDENTIRLLE . 23
comptaient sur du sang versé. On allait jusqu’à prédire que la réélection du président Lincoln serait le signal d’une insurrection et d’une anarchie générales. Et voilà qu'après le carnaval burlesque de la lutte électorale, quand toutes les passions sont déchainées et que l'heure du .danger paraît venue, le peuple se recueille et vote en silence; cette démocratie tumultueuse, qui semblait prête à se déchirer, éprouve elle-même le besoin de s'imposer la discipline et d'imprimer un caractère de stabilité solennelle à la constitution des pouvoirs nouveaux. Il faut l'avouer bien haut, c’est un spectacle qui fait le plus grand honneur au bon sens et au patriotisme de l'Amérique.
Quel est done ce génie tutélaire qui protége la démocratie ? À qui doit-elle cet esprit d'ordre, de persévérance, de sagesse, que ses amis eux-mêmes n’ont jamais compté parmi ses vertus? Elle le doit à l'organisation des partis. Ce mot tant redouté contient tout le secret de la liberté américaine. Ces conventions improvisées qui s’organisent au nom du peuple pour désigner les candidats et fixer la politique des partis sont obéies avec un ensemble qui prouve l'intelligence politique du pays. I n’y a pas en Amérique affaire si locale, si privée, qui ne se rattache à la grande affaire qui divise la nation ; la question de la guerre ou de la paix, de Lincoln ou de Mac-Clellan, est impliquée dans le choix d'un policeman ou d'un balayeur. On n'y connaît pas, il est vrai, cette admirable centralisation administrative que, suivant une phrase consacrée, « le monde entier nous envie ». On n’y connaît pas non plus cette parfaite centralisation politique qui met sous une seule direction les opinions de tout un peuple; mais la centralisation politique s'y établit toute seule, à la faveur même de la liberté, au sein des deux
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ou lrois grauds partis qui se partagent l'opinion. Ces puissantes associations, qui, tour à tour gouvernantes et gouvernées, victorieuses et vaincues, se combattent à Îa lois sur tous les points du territoire, ont toujours pour signe de ralliement une grande question d'intérêt national, et établissent entre les citoyens qui des composent une solidarité plus étroite que le despotisme le plus absolu. En ce jour de l’élection présidentielle, qui est pour ainsi dire le point culminant de la politique, les partis ne se battent pas seulement pour le choix d’un président; mais encore pour l'organisation de tous les pouvoirs locaux, qu'une commune origine rend solidaires du pouvoir central. Chaque parti compose alors ce qu'il appelle son ticket ; les bulletins de vote ne portent pas seulement le nom du président ou des électeurs présidentiels, mais encore ceux du gouverneur, du lieutenant-gouverneur, de ses ministres, des députés au congrès, des députés aux deux branches de la législature de l'État, des magistrats même dans les États où la justice est élective. Ainsi l'élection qui nomme Abraham Lincoln et André Johnson président et vice-président des États-Unis nomme en même temps Richard Oglesby gouverneur de lillinois, William Bross lieutenant-gouverneur, S. Moulton député pour l’état at large, John Wentworth représentant du premier district, ete. Une fois les candidats désignés, on les adopte où on les repousse tous ensemble, et le ticket du parti vainqueur est toujours élu en entier. |
Chaque parti a done, à vrai dire, son gouvernement organisé, et jusqu'à une armée de subalternes prête à envahir les petits emplois. Tous les quatre ans, l’administration entière est menacée. Si le président change, elle change aussi de la cave au grenier, partout du moins
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où le nouveau pouvoir a obtenu la majorité. Cette vaste organisation des partis à sans doute bien des vices : elle 7 met tout en question à la fois et fait tout dépendre à ! chaque instant des passions du jour, sans compter qu'en aisant des emplois un lieu de passage où l'on ne séjourne pas, elle v élève souvent des vainqueurs avides au lieu d'administrateurs consciencieux. Le pouvoir est pour ces maitres éphémères une proie dont ils veulent au moins 1 emporter un morceau; mais elle donne aux partis la solidité qui fait les votes prompts et péremptoires. Tout citoyen enrôlé d'avance dans l’une ou l’autre armée se présente au combat à son rang et à son poste. Sauf peutdétre à New-York et dans les villes où afflue la population “irlandaise, on ne voit guère en Amérique de ces élec- “teurs imbéciles qui viennent aux polls sans savoir pourquoi, votent sans savoir pour qui, et sont la proie facile du premier qui leur offre un billet de vote et un verre ». d'eau-de-vie. Tous ont reçu d'avance un mot d'ordre, et © s'ils n’ont pour la plupart que des notions assez confuses … sur les conséquences de leur vote, ils n’en disent pas moins avec ensemble, suivant leur parti, que Mac-Clellan est un coward ou Lincoln un s. of a b.
© Vous savez que la constitution des Etats-Unis a établi « l'élection présidentielle à deux degrés. Cet usage est «devenu une pure fiction légale. L'électeur du premier « (égré impose toujours un mandat impératif à celui qu'il M nomme, et celui-ci n’est qu’un instrument. La souveraineté du vote populaire est si publiquement reconnue, que “les bulletins portent les noms des candidats à la prési- (dence avant ceux des électeurs qui doivent les nommer. JA quoi sert done cette complication d’une formalité 4 vaine, ce maintien apparent d'une théorie dont l'ombre } peine est conservée? Les Américains se garderaient bien
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de la modifier. IIS pensent que ce système a pour avantage de forcer les partis à la discipline, de les grouper étroitement, de les obliger à un choix unanime. Plus les institutions sont démocratiques, plus l'élection à deux dégrés leur paraît indispensable. Ce n’est pas, comme l’imaginent volontiers nos démocrates, une façon détournée de confisquer le vote populaire; c’est le seul moyen, au contraire, de le sauver de l’impuissance et de la confusion.
C’est enfin l'organisation des partis qui, dans la démocratie américaine, forme et conserve le lien national. I ne suffit pas d’un article de loi pour fonder un peuple. Malgré l'autorité suprême de la constitution des Ktats- Unis, l'union fédérale ne pourrait tenir tête à des gouvernements séparés et souverains, si les dissidences locales y régnaient sans partage. Pour que les Américains soient un peuple, il faut que toutes les passions, tous lc: intérêts des factions locales se rattachent à une pensée commune, et c’est là justement le service que rendent les partis. Peu importe que la constitution des États- Unis laisse à l'État d'Illinois ou du Missouri une grande part de son indépendance souveraine, qu'elle lui concède même, si l’on veut, le droit absurde de la sécession, si les mêmes idées, les mêmes passions animent les républicains de l'Iowa et ceux du Maine, si les démocrates de l'Ohio obéissent à la même direction politique que les démocrates de New-York. Rien ne donne au peuple l'esprit conservateur comme l'habitude de voir souvent le gouvernement descendre sur la place publique.
La démocratie porte en elle-même son remède, Tandis qu'un ordre matériel rigoureux n’engendre souvent qu'une sécurité trompeuse en cachant à une société endormie l'incendie qui la dévore, ce régime de grand air
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et de lutte publique, qui semble une menace perpétuelle, est’ la plus puissante cause d'union et la plus sûre garantie d'ordre politique. Si le repos de la vie quotidienne est moins profond, du moins n’est-on pas exposé à ces commotions soudaines qui surprennent etfoudroient un peuple t le laissent à demi stupide aux mains du premier venu. | Le danger n’est pas d'avoir une opposition ni des partis, mais un gouvernement qui ne se soutienne que sur la docilité machinale du peuple. Veilà le mal dont se pré- Userve la démocratie américaine. Elle peut parfois se
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2trouver faible et désarmée devant un danger imprévu, “elle peut prodiguer et perdre des ressources matérielles “qu'un pouvoir absolu aurait su mieux conduire; mais le “ressort moral ne peut lui manquer, car elle puise sa force ailleurs que dans son administration et son armée : elle la puise au cœur même de la nation par les racines des
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… grands partis qui la gouvernent.
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10 novembre,
ù J'ai été ce matin au camp Douglas. C’est, dans une plaine nue et sablonneuse, une grande enceinte de palis- 4 sades autour d’une espèce de ville bâtie en planches. Pas " un arbre, pas un brin d'herbe, toute la terre est foulée. « Les prisonniers habitent trois par trois dans des maisons « de bois alignées régulièrement le long des rues. Depuis … l'alerte du 7 novembre et pour quelques jours encore, + toute passe était refusée rigoureusement aux étrangers, ct je n'ai pu voir les prisonniers eux-mêmes dans leurs … quartiers d'hiver; mais j'ai acquis de mes yeux la preuve « (le ce complot fantastique dont je vous parlais l’autre jour avec tant d'incrédulité. Le major W..., qui commande
le camp, m'a montré les fusils chargés, les caisses pleines de revolvers amorcés, les provisions de cartouches, de poudre, de capsules, quiont été saisies dans une auberge, à la porte du camp. Les armes sont de nature à ne laisser aucun doute sur l'usage qu'on en comptait faire, et l'abondance des munitions, la hâte avec laquelle elles semblent préparées, l'air inoffensif des porte-manteaux qui les contiennent, tout m'a convaincu que les républicains n'avaient inventé que la mise en scène et les détails ridicules qui précisément discréditent la verité. On est souvent eXPOSÉ à ces méprises dans ce bon pays d’Amérique, où les mensonges pleuvent si dru que la vérité même ne peut rester toute nue.
Le camp Douglas sert de prison à dix mille confédérés gardés par un seul régiment de soldats blessés on malades : il n’y en a pas un dans le nombre qui soit tout à fait valide. Le major lui-même, un jeune homme de vingtcinq ans, estropié pour la vie, court sur sa béquille avec une activité qui fait peine à voir. La seule défense matérielle est une frêle cloison de planches surmontée d’un balcon où montent de place en place des sentinelles, mais qu'un ou deux coups de hache auraient bientôt abattue. On comprend que soixante hommes résolus aient eu l’idée de pénétrer la nuit jusqu’au camp des prisonniers, de les armer et de saccager la ville.
J'ai trouvé ici le plus gracieux accueil chez M. Ravin d'Elpeux, consul de France, un homme excellent et de grand mérite, qui me donne une foule de renseignements précieux. La première fois que j'entrai dans sa maison, on y jouait la comédie en français. J'y ai vu réunie tout entière la petite colonie francaise de Chicago. Elle se compose en général d’émigrants d'assez fraiche di ate, dont quelques-uns n’ont pas renoncé à retourner dans
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4 dont le nom même indique l’origine, le français est en- 0 core parlé dans quelques familles. M. d’Elpeux a visité
L dans l'Illinois des villages qui sont demeurés à l'écart de la | civilisation américaine, et où l’on ne parle encore que le } patois picard et normand. Les Américains y sont telle- | ment détestés qu'ils n’y peuvent vivre, et que dans l’un le ces villages, peuplé de plusieurs centaines d'habitants, l'unique personne qui comprit bien l'anglais était un marchand yankee qui venait tous les ans y faire commerce
et qui avait fini par s’y fixer. En voyant ces lieux où le iemps n’a pas marqué, il semble qu’on soit transporté
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% d'un siècle en arrière. On montre dans une des biblio-
hèques de Chicago une ancienne carte, héritage des pre- 3 niers colons, toute couverte de noms français dont la “plupart ont disparu, et où l'Amérique du Nord tout en- | tière est représentée comme un empire français. Ce muet
lémoin et quelques pauvres hameaux sont tout’ ce qui subsiste, au milieu de l’inondation américaine, de ces temps pour ainsi dire antédiluviens. Mais il y a quelque Achose de touchant dans la persistance singulière de notre Qvieil esprit national. Tandis que les Allemands, par exemple, font peau neuve en quelques années, partout ot nous allons nous restons nous-mêmes, et nous aimons “hunienx nous laisser étouffer par la race conquérante que le nous plier à son langage et à ses mœurs.
Richmond (Indiana), 11 novembre.
Me voilà encore victime de l'ineurie des chemins de fer. Cette fois je n’ai pas perdu mon bagage : c’est ma personne même qui reste en route avec un train tout entier. Je partais hier au soir de Chicago, espérant arriver cematin même à Cincinnati : ce matin nous n’étions pas à mni-route. Enfin l’on nous dépose iei, au bord de la voie, avec douze heures de retard, en nous priant d'attendre le train suivant. La jigne est, paraît-il, enconibrée par les transports militaires, et la compagnie se dédommage de cette dépense extraordinaire en faisant passer à ses heures les voyageurs qui ont payé.
Rien de plus ennuyeux que le pays où nous sommes : la Sologne, la Beauce, ne sont pas plus uniformes. Depuis Chicago jusqu'à Cincinnati, plaine sans limites, sans accidents, sans variété, où l’on ne s'aperçoit pas du chemin parcouru ; d'immenses et éternelles forêts, des cultures tristes et de pauvre apparence en bande étroite au bord de la voie, des villages tous semblables, avec leurs baraques de planches et leurs champs de maïs desséehés, puis de nouveau la forêt. Ce pays a été bien surfait par l'imagination ou le charlatanisme de ses visiteurs.
Richmond, où je me promène pour tuer le temps, est une jolie petite ville, sur les confins de l'Ohio et de l'Indiana, et à laquelle je donne, à vue d'œil, six à sept mille âmes. On n'a pas tout vu en Amérique quand on sesl rassasié tour à tour de la majesté des forêts et de la saleté des grandes villes. Il faut voir aussi ces petites cutés récentes, encore à moitié villages, qui présentent la transition de la vie agricole à la vie industrielle. A deux pas
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L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELI 31
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des rues principales, au milieu mêm Mal: NS ns étendent les champs labourés et les prairies; demre, à quelque cent mètres, se dresse encore la ceinture sauvage de la forêt. Cependant les chalets, les cottages en bois ou en brique, tous propres et bien clos, quel- Pques-uns même élégamment ornés, les églises flambant Mneuves, la maison d école d'où sort le chœur des voix enfantines récitant leur leçon comme un psaume, leslongues avenues hordées de lanternes éclairées au gaz, et même, dans la rue centrale, quelques grands édifices, à la facon les capitales, s'élèvent comme par enchantement au mi- “dieu d'un bouquet de petits jardins verts et fleuris. Tout respire ici l'aisance et le bien-être. L'Ohio est relativebent un pays de colonisation ancienne, où la richesse à eu le temps de se répandre et de se fonder.
… n’en est pas de même de tous les États de l'Ouest, de “ceux mêmes qui donnent les plus merveilleuses espé- ‘rances : on y trouve, à côté des grandes fortunes récem- ‘ment acquises et risquées incessamment dans l'industrie Cet le commerce, des populations qui luttent encore contre a misère qu'elles y ont apportée. I y a dans le Wisconsin les colonies entières d’Allemands et de Suédois qui meuent presque de faim, et que tue la concurrence des cultures de l'Illinois. Dans la prairie même, où la terre végé- “Mtale à quatorze pieds d'épaisseur, et où il suffit d'une allumette chimique, d’une charrue et de deux chevaux pour la défricher, les populations agricoles récemment émigrées d Europe ne subsistent que par une lutte âpre et quotiienne avec la pauvreté. Cela tient, me dit-on, à diverses ‘4 auses : d'abord au prix trop élevé auquel la compagnie de l'Illinois central met les terres dont elle a obtenu la “concession pour les revendre en détail aux émigrants, “ensuite au manque de communications faciles et à l’em-
barras toujours nouveau d’écouler les produits de l'année. La compagnie, n'ayant pas de concurrence à craindre, est maîtresse du prix de ses transports et les tient à un taux exorbitant. Souvent les malheurenx fermiers ne peuvent exporter leurs récoltes, faute d’avoir un peu d'argent comptant. Ce n’est pas tout, ils n’ont pas de chemins praticables, et cinq milles pour gagner la station voisine à travers les forêts et les fondrières valent au moins vingt lieues sur nos routes. Quand la saison est pluvieuse, il est impossible de faire aucun charroi. Si par bonheur, pendant l'hiver, la neige est profonde et dure, chacun se hâte d’atteler son traîneau et de porter sa récolte au chemin de fer ; mais alors les marchés s’encombrent, et la marchandise n'obtient pas son prix. Enfin cette existence est si rude, si précaire, que beaucoup de colons endettés se décident à assurer au moins leur subsistance et celle de leurs familles en traitant avec des entrepreneurs qui se chargent de les défrayer de toutes les choses nécessaires à la vie en retour de l’abandon absolu qu'ils font de tous les produits de leur terre. Ils vivent ainsi, mais dans quelle pénurie, dans quelle sujétion ! faites-vous-en l’idée. Cependant il faut payer l'impôt, payer l'intérêt de leurs terres, rembourser le capital à la
compagnie qui les leur a vendues, et qui ne leur. fait qu'un !
créd.t limité, — quand le blé qu'ils maissonnent est aliéné d'avance et qu'ils attendent la nourriture quotidienne d’une main étrangère qui jamais ne les paye en argent. C'est la misère qui les a chassés d'Europe; mais ils la retrouvent ici presque aussi dure et presque aussi humiliée.
La faute en est aux compagnies de chemins de fer. Si, au lieu de tenir leurs débiteurs sur l'extrême limite de la ruine et de pousser leurs prétentions jusqu’au dernier
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égré du possible, elles modéraient un peu leurs exirences, peut-être ces populations pauvres leur rendraientles leur sacrifice au centuple. C’est assurément leur roit, le droit absolu de chacun, de mettre ses conditions ses services. Le monopole est toujours mauvais; mais a libre concurrence n’est pas non plus une panacée soujeraine. Il y a des monopoles naturels qu'on ne peut
détruire, et dont il est au moins nécessaire de limiter
es conséquences. Ces compagnies ont dû, pour se fonder, btenir des chartes et des concessions du gouvernement :
ne vois pas pourquoi en échange il ne leur imposerait as des tarifs modérés et des règlements sérieux.
Columbus, 13 septembre.
Je ne me suis pas arrêté à Cincinnati. Toutes les perpnnes que j'y cherchais étaient absentes. Je me suis âté de gagner Columbus, où m’enferme le repos du dianche. Columbus est la capitale de l'Ohio, située juste u centre du grand quadrilatère formé par la belle rivière,
Hndiana, la Pensylvanie et le lac Érié. Tout à l’entour
étend l'immense et monotone plateau du nord-ouest. as un pli de terrain à vingt lieues à la ronde. La ville ailleurs est jolie et taillée en grand. En face de l’auerge, sur une vaste place occupée par un square planté arbres, s’élève la célèbre et gigantesque state house de Dhio, la rivale du Capitole de Washington. Ce monuent disgracieux, avec ses longues colonnades, ses périsles de temple grec et sa tour tronquée, sorte de donjon ais et écrasé qui semble inachevé, n’a rien de remar-
hable que son énormité.
Dimanche, c'est tout dire : silence, immobilité, soli-
tude. L'hôtel est comme endormi. Je n'ai pour compagnie qu'un journal de province, d'assez pauvre entretien. Les républicains l’ont décidément emporté dans tous les États, sauf New-Jersey, Kentucky et Delaware. Les démocrates contestent encore le vote de l'État de New-York, et le World affirme que le gouverneur Seymour y est réélu. La ville même, malgré la présence du général Butler, envoyé pour y maintenir l'ordre, a donné 37,000 voix de majorité à Mac-Clellan. Quelques plaintes timides s'élèvent parmi les vaineus : ils attribuent leur défaite au vote de l’armée. Quand cela serait, je ne suis pas disposé à m’pitoyer sur le sort d’un parti qui a donné l'exemple de l’improbité. Je veux bien croire à l'influence de la force sur les élections des border states; j'admets que celles de la Louisiane par exemple et celles du Tennessee, où Nashville, une ville rebelle, n’a donné que vingtcinq voix à Mac-Clellan, sont des comédies jouées sous la menace du canon et du sabre. Le général Payne, « le bourreau du Kentucky », destitué récemment avec éclat, est investi maintenant d'un commandement dans le Tennessee, et il y a mis en pratique Ja théorie de gouvernement qu'il exposait jadis à Paducah aux notables réunis et emprisonnés par son ordre : « Tas de coquins, je vous prendrai vos biens et je vous laisserai nus; je vous fusillerai, je vous pendrai, s’il le faut, mais je ferai en sorte que tout homme et toute femme de votre pays disent: « d'appartiens aux États-Unis ». C’est avec cette aménité et avec la loi du test oath, renforcée de temps à autre par une exécution militaire, qu'on tient les esprits dans une crainte salutaire et les votes sous une exacte discipline; mais retranchez le Tennessee, la Louisiane, la Virginie occidentale, le Missouri même, où cependant le parti républicain a tant d'influence, etle Maryland, où la
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