CHAPITRE IX
Une promenade nocturne; les bas quartiers de New-York, — Dis. - cussion financière; M. Fessenden et M. Stevens.— L’'abolition de l'esclavage ; l'amendement conâtitutionnel; conversion des démocrates; l'hôtel Willard. — Avenir de la capitale; disgrâce du général Butler; dissolution du Sud ; mission de M. Blair. — L’éloquence du Congrès; le traité-de commerce canadien ; la question constitutionnelle; l’abolition dans le Missouri. — Une séance de la Chambre; un démocrate abolitioniste; M. Thaddeus Stevens ; : un homme d'État précoce.
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Washington, 11 janvier 1865.
Hier soir, à New-York, en arrivant au ferry de Cortland-street, j’appris qu’on avait changé l'heure des départs, et qu'il fallait attendre le train de minuit. J'allai passer ma soirée chez des amis, et à l'heure dite je me mis en route vers la sixième avenue, où je comptais prendre les cars ; mais je n’en vis pas un seul, et, bientôt égaré par les détours des rues dans cette partie trèswrégulière de la ville, je résolus de gagner West-street, au bord de Ja rivière de l'Ouest, où roulent des ears qui desservent tout le port. Peu à peu l'obscurité s’épaissit,
les lanternes devinrent rares, les maisons se transformi. rent en baraques projetant des ombres suspectes, les trottoirs enfin disparurent, el les passants aussi. Je marchais dans des terrains boueux, couverts de démolitions, de chantiers, d’amas de planches; çà et là une forme noire rôdait silencieusement dans les coins sombres, ou bien quelque masure de mauvaise apparence laissait échapper par les fissures de ses volets fermés un rayon de lumière rougé et un bruit de voix avinées, Enfin voici le quai et sa longue rangée de trottoirs défoncés, ombragés de grands auvents de bois. Rue après rue et pier après pier, j'atteignis le marché à la viande, où le chemin s'engage dans des catacombes sanglantes, entre deux rangkes épaisses et compactes de cadavres écorchés. Cette excursion nocturne dans les bouges mal peuplés du quartier de l'Ouest était sans doute pittoresque ct digne du pinceau de Victor Hugo ou de Dickens. Le marché surtout avec sa galerie souterraine centre deux murailles de chair sanglante, le demi-jour indécis qu'y jetaient quelques lampes fumeuses, le bruit étouffé du pied du passant solitaire,
avaient quelque chose de fantastique et d’horrible comme :
le charnier du cyclope Polyphème; mais pour un étranger sans guide, pressé par l’heure, qui ne peut plus revenir sur ses pas, n'ayant pour toute arme que son parapluie, porteur d'ailleurs d'un sac plein d'or, cette promenade avait une. autre et non moins vive source d'intérêt, et c’est avec plaisir que j’apercevais de temps en temps, au coin des rues, la haute stature, les grandes mains gantées de bufflé, les grandes bottes noires et PAPIER carré du policeman.
Dans ces capitales qui s ‘appellent Paris, Londres et New-York, on découvre chaque jour des aspects nouveaux du hideux et du terrible. Sous le masque brillant
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