‹ Humbles victimesChapitre 19 sur 21 · UN GONTE DE PAQUES · texte numérisé non relu

UN GONTE DE PAQUES

LES CHANTEUX I)i: CRUX AVE

— Alors, monsieur le curé, vous pensez que Rémi Champain a la vocation religieuse ?

— Mon Dieu, monsieur le comte, il serait bien hasardeux d'affirmer, d'une manière absolue, la vocation d'un garçon de onze ans. Mais enfin, dans la mesure où je puis le certifier, je crois que cet enfant, s'il répond à l'appel d'En-Haut, sera prêtre un jour.

— Est-il de caractère à bien y répondre ?

— Son caractère est très doux, franc, raisonnable. Il n'y a chez lui ni exaltation, ni calcul. On lui sent, au contraire, une piété sérieuse, une décision réfléchie.

— Hum ! On m'a conté de lui, certains tours...

— Oh! des espiègleries d'enfants... C'est vrai qu'il se laisse un peu trop facilement entraîner par ses camarades.

— Eh ! mais, monsieur le curé, c'est un défaut dangereux.

— Hélas, oui, je le sais bien. Mais qui n'a point son côté faible ? Et c'est d'ailleurs le seul que je lui connaisse.

— Croyez- vous qu'il parvienne à en triompher ?

— Je le pense. Quand cet enfant se verra dirigé dans la voie qui mène au sacerdoce, un tel élan le poussera vers ce but, qu'il vaincra, Dieu aidant, ce manque d'énergie.

— Esp6rons-le !... Alors, à votre sens, on ferait une bonne œuvre, en donnant à Rémi Champain les moyens d'entrer au Petit Séminaire?

— Ah! monsieur le comte, Dieu vous bénirait, si vous accomplissiez cette bonne action... Vous savez que l'enfant n'a d'autre appui que la pauvre Bég-u, son aïeule...

— Allons, soit ! J'y consens, sur votre prière et sur votre parole... Il est enfant de chœur, n'est-ce pas? Je le verrai donc, tout à Theure, avec ses camarades. Eh bien, je lui parlerai moi-même.

— Ils vont venir, en elTet, dans un instant, monsieur le comte, et vous demander leurs œufs de Pâques, en chantant le Regina. Leur lundi de Pâques, ils n'ont garde de FoubUer !

Un troisième personnag*e, un jeune homme, avait assisté, sans mot dire, à ce dialogue entre le comte de Fontverte et le curé de Landry. Assis près du comte, au bord de la terrasse épanouie devant le château, il regardait vaguement la prairie qui dévalait à ses pieds jusqu'à la Creuse et la coUine escarpée, chamarrée de bois, qui fermait l'horizon, de l'autre côté de la rivière aux eaux profondes et vertes. Pâques était venu fort tard, en cette année 1881 ; on était au 18 avril et le printemps, assez précoce, éclatait dans toute sa fraîcheur et dans tout son parfum. Les pâquerettes blanches avaient neigé sur la prairie ; elles frissonnaient doucement sous la caresse de la brise, entre des corbeilles de tulipes aux boules panachées, de pensées aux pétales de velours sombre et de jacinthes aux houppes légères, alternant du rose au pourpre impérial.

l.KS « CIIANTI'UX ni-: CIUX AVK )) 2'l7

Aux (lorniors mois du ('.in'é, le jcuiu^ homme rêveur avait dressé la UHe.

— Ah 1 c'est le lundi de Pâques et au chant du lierjina que vous recevez ici les enfants de chœur?

— Mais oui !

— Chez nous, sur les confins de FOrléanais et du Berry, c'est pendant les jours saints qu'ils font leur tournée. Ils vont de ferme en ferme, avec un crucifix que l'on baise à la ronde et, dans les maisons, c'est VO Cvux ave qu'ils entonnent. Aussi les appelle-t-on, chez nos paysans, les « Chanteux de Cvux ave ».

— Mais le dénouement, sans doute, est le même, mterrompit le comte en souriant : des œufs ou quelques piécettes?

— Naturellement.

— Ce sont de bons vieux usages et qu'il faut maintenir, ajouta le curé... Mais tenez, les voici. Vous voyez Rémi Champain, le premier à droite.

Le comte et son jeune ami tournèrent les yeux vers la porte du parc. Elle s'ouvrait à gauche, un peu en contre-bas, au bout d'une allée qui montait doucement jusqu'à la terrasse, entre les buissons de boules de neige, de tamaris et de lilas. Sur ces buissons, comme sur la prairie, le printemps avait répandu ses trésors. Entre les bouquets odorants des lilas, de mauve très pâle ou de blanc très pur, entre les grappes arrondies et brillantes des boules de neige, entre la floraison vaporeuse qui ondulait sur les tamaris roses, entre les rhododendrons épanouis qui se serraient en massifs au pied de ces arbustes, quatre enfants montaient, comme une jeunesse triomphante, au milieu des sourires de la nature en plein renouveau,

le soleil au front, la ceinture rouge au flanc serrant les plis de Taube blanche.

Rémi Champain, le premier à droite, avait, dans son habit de chœur, un air angélique, avec ses yeux bruns, très limpides, et ses cheveux d'un roux ardent dont quelques mèches indisciplinées tombaient sur le front. On se mirait dans l'innocence, en contemplant son regard pur et profond ; le sourire de sa bouche à demi-ouverte annonçait la candeur.

Ses trois compagnons montaient près de lui : Jean Levivier, le plus grand, dont le pantalon grisâtre, aux bords efOloqués, dépassait de beaucoup l'aube trop courte ; Martin Lourson, dont les douze ans, déjà vigoureux, promettaient un gars solide, haut en couleur, aux muscles forts, aux traits robustes et qui balançait gauchement ses larges mains très rouges au bout de ses manches très claires ; enfm, le petit Jérôme Ardebèche, aux yeux noirs pétillants de malice.

La comtesse, avertie, descendait le perron, escortée de ses'deux filles, Adèle et Solange...

Mais les enfants sont arrivés, le teint coloré par la marche et par l'émotion ; les voici rangés devant le château ; derrière eux, la prairie s'étend toute blanche et le ciel sourit, d'un bleu très doux, sur les coteaux boisés qui se baignent dans la Creuse.

D'abord, une gamme de toux, puis, les voix fraîches, un peu discordantes, attaquent le Regina cœliy tandis que le bon curé, qui s'est placé derrière les châtelains, marque la mesure en secouant la tête et en balançant la main.

Enfin, le chant s'arrête et voilà tout le cérémonial accompli.

LKS « flIlANTKlX DM CI'» IX AVI-: » !2'll)

Alors, jXMulaiil nue la (îomlesso apixîlail l(js (Mifanls pour leur (lislril)uor les piécottos blanches et les désaltéroi' (le (iuel([ues sirops him frais, son mari (it si^ne à Rémi Champain.

L'enfant s'approcha, baissant hi lete et roulant Hu bout des doigts les glands de sa ceinture.

— Allons, regarde-moi bien, dit le comte ; il faut que j'examine un peu cette frimousse-là.

Rémi se redressa, les joues roses, et ses yeux s'ouvrirent tout grands, — des yeux qui faisaient penser à ces lacs de montagne, où l'azur est seul à se refléter.

— Ainsi, tu voudrais bien entrer au Séminaire. Intimidé, très ému, le petit regarda le prêtre.

— Parle toi-même, répondit le curé, souriant, à cette prière silencieuse.

L'enfant se retourna vers le comte et, tordant plus fort que jamais sa pauvre ceinture.

— Oh oui! murmura-t-il, avec un accent profond.

— Et pourquoi ?

— Parce que... parce que... je voudrais... faire plaisir au bon Dieu.

— Mais on peut faire plaisir au bon Dieu, sans être prêtre. DenSande à M. le curé.

— M. le curé me l'a bien dit. Mais... ce n'est pas la même chose !

— Qu'est-ce qui n'est pas la même chose ?

— Eh bien... voilà î

Et sur ce mot, peu explicatif, le petit Champain, qui ne savait trop comment expliquer au châtelain tout ce qu'il avait dans Tesprit, s'arrêta court.

— Allons, n'aie donc pas peur, je ne suis pas si méchant.

— Eh bien oui... voilà, reprit l'enfant, qui s'enhardit tout à coup et qui, très vite, avec du feu dans les prunelles et sur les joues, continua : Voilà ! Je voudrais faire tout ce que je peux pour le bon Dieu, je voudrais l'aimer toujours plus, inventer je ne sais quoi pour lui faire plaisir. Et puis, je suis heureux quand je sers la messe ; alors, je voudrais bien la dire aussi plus tard. Et puis, je voudrais que tous les autres aiment beaucoup le bon Dieu, et puis la sainte Vierge. Et puis, je voudrais qu'on ne fît jamais de peine au bon Dieu et puis, que moi je sois toujours auprès de lui. Et puis..., voilà..., je ne sais plus !

— Ce n'est pas très éloquent, conclut le curé. Mais, ne sentez-vous point que tout le prêtre est en germe en ce petit cœur? En somme, il veut, confusément, mais profondément, se donner tout à Dieu et lui gagner des âmes.

— Oui, répondit le châtelain pensif. Et ce sont là des sentiments bien rares, en nos campagnes, et surtout chez un enfant si jeune ; ils semblent marquer un appel divin !... D'ailleurs, je m'en rapporte à vous, monsieur le curé... Alors, poursuivit le comte, en regardant l'enfant dans les yeux, tu serais heureux d'aller au Petit Séminaire ?

— Oh ! s'exclama Rémi, qui rayonna.

— Et ta grand'mère ?

— Oh ! grand'mère veut bien !

— Vous savez que la mère Bégu est ma meilleure paroissienne, appuya le curé.

— Eh bien, mon garçon, je te promets qu'au mois d'octobre, à la rentrée, tu commenceras tes classes au Petit Séminaire.

LKS (( CIIANTKUX DK CIU'X AVK » 251

Rémi Chanii)îiin ne répondit i>as ; mais l'é[)anouissement de son visage était le plus éloquent des mercis.

— Et vous, monsieur le curé, vous voilà content ?

— Ahî... monsieur le comte, comment vous témoigner ma gratitude.

— En priant pour moi... et pour cet enfant, ajoutat-il à voix basse, afm qu'il soit fidèle à sa vocation. C'est si grave, une vocation manquée.

C'est aujourd'hui, vendredi saint, 28 mars 1902.

Par un temps clair et doux de printemps frais éclos, trois enfants de chœur, après un dernier merci lancé d'une voix argentine à un bon vieux tout cassé, quittent le hameau de Voranges, une jolie poignée de maisons jetées sur le bord de la Loire, à cinq kilomètres en aval de Sancerre, Derrière eux, par delà les toits du hameau serrés autour du clocher massif et carré de la vieille église, on voit au loin se dessiner la ville, accrochée sur sa colline au-dessus du fleuve et coiffée de la tour chenue qui dort en son manteau de lierre. Ils vont, d'un pas allègre, entre un mur lézardé, où quelques points d'or et de mauve annoncent déjà la giroflée jaune et la glycine, et, de l'autre côté, la Loire, au grand lit sablonneux coupé de ruisseaux vagabonds ou de torrents rapides.

La rive opposée monte doucement, mais d'un mouvement continu, jusqu'aux vignobles de Pouilly, puis jusqu'aux plateaux du Nivernais, où Ton découvre, entre la verdure et les cieux, comme un point blanc très léger, le clocher de Saint-Andelain. Le clocher, tout là-bas, par-dessus la vallée, fait face à la tour de

Sancerre, — réglise éternellement vivante en face du vieux château féodal aujourd'hui muet et brisé.

Mais nos trois enfants ne regardent point ce paysage exquis et gTandiose. A Feutrée d'un chemin qui s'engage à leur gauche, à travers un champ de blé, tendre et menu comme un gazon nouveau, pour s'enfoncer dans un petit bois, le trio se consulte.

— Irons-nous jusqu'au moulin Jogué ? demande un gros blond frisé, dont les yeux naïfs s'arrondissent à fleur de tête.

— Pourquoi ? répond vivement un petit noiraud, maigre et l'air futé. Nous allons perdre une demiheure et nous serons mis à la porte avec des injures, en guise d'œufs de Pâques.

— Faut y aller tout de même, affirme le troisième, un grand, qui porte un crucifix et paraît commander. D'abord, M. le curé l'a dit ; et puis, ça fera plaisir au petit Jacques, qui est bien malade.

— Ça, c'est vrai, conclut le gros blond, résolu, faut y aller.

Et les « Chanteux de Crux Ave », militairement, font par le flanc gauche.

Le moulin Jogué se trouve à l'opposé du petit bois, au milieu d'une prairie, sur un cours d'eau fluet. Pauvre moulin, si prospère autrefois, presque abandonné aujourd'hui, depuis la mort du vieil Urbain Jogué ; car le meunier d'à-présent, le gendre d'Urbain, malgré ses trente-deux ans robustes, est un paresseux, qui boit... sa farine.

Tenez ! le voici, le propriétaire du mouhn Jogué. Affalé sur un escabeau, la tête entre les épaules et les bras entre les genoux, dans une salle basse et mal-

ij-:S « niiAN'j'i'U \ Di-: ciu x avio » ^.).>

propre, ou (ont sdil la ruiiH', il i'(';^ar<l<' va^MH'incril son (ils, le ])<'tit Jacques, un ^^arron de sept ans, cpii ^einl de iiùvre, abattu dans sa coucliette.

Les yeux agrandis, les joues creusées, les lèvres blanches, les mains maigres et moites étendues sin* une couverture sale et déchirée, le bambin fixe ardemment, par la fenêtre auprès de laquelle on a poussé son lit, la prairie qui renaît et le bois qui bourgeonne. Qu'il ferait bon pétrir entre ses doig ts, pour les changer en balles, les coucous répandus dans l'herbe jeunette, où leurs toulïes pendantes commencent à jaunir ! Les deux pommiers qui sont près du moulin entr'ouvrent déjà leurs fleurs blanches ourlées de rose, et déjà, sur les cerisiers tout proches^ on croit voir moutonner des flocons neigeux.

— C'est aujourd'hui, murmure à demi-voix Tenfant, comme en un. rêve, que les c( Chanteux de Crux Ave » vont chercher leurs œufs de Pâques... Oh ! si je pouvais, moi aussi, être enfant de chœur!... Ils ne viendront pas jusqu'ici, pour sûr... Je ne les verrai pas.

— Et ils feront bien, répond le père en grommelant, car je les aurais reçus à coups de trique... Allons, Jacquot, pense à autre chose, poursuit-il d'un ton moins dur, envoyant le petit prêt à pleurer. Tu sais bien que tu ne seras jamais enfant de chœur... Est-ce qu'on prendrait le (ils d'un mécréant tel que moi ?

Ce dernier mot s'est perdu dans un ricanement qui a la prétention d'être ironique et qui laisse un arrièregoùt d'amertume. Et l'enfant se tait, le regard noyé sur la prairie. Tristement, il songe à la demoiselle du château qui lui commençait le catéchisme et lui parlait

du bon Dieu, quand il est tombé malade. Elle est venue, Tau-tre jour, au moulin, mais le père a été si brutal et si méchant qu'on ne la verra plus.

Tout à coup, le petit pousse une exclamation de joie, ses yeux s'illuminent et Ton dirait qu'une flambée de vie remonte à ses joues.

— (( Les chanteux de Crux Ave! »

Sous le bois, il a vu les trois enfants de chœur.

— Oh î papa, je t'en prie, ne les renvoie pas !

Mais le meunier n'entend plus son Jacquot : le regard farouche et le poing serré, il semble menacer, là-bas, la troupe enfantine ; et, en même temps, sa physionomie prend une expression étrangement douloureuse. On dirait que, très loin, derrière les aubes blanches et les ceintures rouges, il aperçoit comme une vision du passé.

L'homme, en effet, regarde à plus de vingt ans en arrière, il se revoit sous le même costume, entrant dans un château, par un beau lundi de Pâques, au bord d'une rivière.

Il était pieux alors, et, de toute son âme, il aspirait à devenir prêtre. Et, par ce radieux jour d'avril, il entendit le châtelain lui promettre : a Au mois d'octobre prochain, tu entreras au Petit Séminaire. »

Puis, de ce temps joyeux jusqu'au présent cruel, sa vie se déroule en un clin d'œil. Il est écolier, il devient séminariste ; il travaille avec ardeur, il prie avec effusion. Parfois, cependant, des crises d'indolence interrompent brusquement ses élans de ferveur. Averti, repentant, il reprend bientôt sa course laborieuse, aimantée vers l'autel.

Or, voici que la loi militaire est votée. La première

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année de son application coïncide avec rarinT'c mrine où il doit tirer au sort. Il faut quitter le Séminaire. VA riioninie entend sonner encore à son oreille, connne un glas qui pleure et qui fait frémir, le grave avertissement que lui donna son vieux supérieur, anxieux de Tavenir, avant le départ pour la caserne : « Prenez g-arde, mon cher enfant, prenez garde aux entraînements de la camaraderie ; fréquentez assidûment le cercle catholique et retrempez souvent dans la prière et dans la communion votre caractère un peu faible ».

Maintenant, le meunier se retrouve à Cosne, où il fut soldat. Et, dans une sarabande infernale, il revoit la tentation l'assaillant, terrible, insidieuse et persévérante; il la revoit vaincue, chargeant de nouveau, repoussée encore, et enfin, dans un furieux assaut,* triomphante, écrasant la vocation, piétinant la foi, déracinant la vertu. Puis, après l'enivrement, c'est le réveil en face de l'avenir tout noir : pas de métier, pas d'argent, pas de famille.

Et c'est alors que, pendant les manœuvres, il arrive, un soir, au moulin Jogué, s'éprend de la jolie Mariette et, par son vernis d'instruction , éblouit l'ignorance un peu vaniteuse du meunier. L'année suivante, il épousait la fille et, quelques mois plus tard, héritait du moulin.

Mais, de ce jour, un destin mauvais s'acharne à le torturer. Mariette, éprouvée déjà par la naissance du petit Jacques, est emportée, deux ans après, en mettant au monde un garçon chétif, qui, lui-même, au bout de dix mois, va rejoindre sa mère. Abattu, découragé, le meunier se met à boire et, peu à peu., les clients s'égrènent. Aujourd'hui, c'est la ruine et demain,

probablement, ce sera la mort de Jacques, la rupture du dernier lien qui rattache à la vie Tancien séminariste.

Aussi, brûlant des yeux les trois enfants de chœur, à présent tout près du moulin, le renégat maudit le jour où, paré comme eux d'une robe blanche, il entrait au château de Fontverte.

Cependant, du fond de son âme, une voix monte, implacable, et lui crie : « Non, Rémi Champain, non ! le jour que tu dois maudire est le jour de ta chute... Et c'est la vocation trahie qui te ronge et te tue. »

Et le malheureux , dévoré par sa conscience, voyant s'éteindre à ses côtés l'enfant né de son apostasie, se sent le cœur broyé dans la poitrine.

Les (( Chanteux de Crux Ave » ont franchi maintenant l'enclos du moulin.

— Papa, gémit le petit Jacques, oh! je t'en supphe, faites-les entrer !

Rémi Champain s'étreint le front dans les deux mains, regarde son fils et, brusquement décidé, ouvre la porte toute grande aux trois enfants de chœur, aux trois petits envoyés du Dieu qui pardonne. Puis, muet, il se place auprès de son Jacquot, tout épanoui de joie.

Les trois enfants, un peu déconcertés de ce bon accueil, où ils craignaient une rebuffade, hésitent sur le seuil, attendant un mot de bienvenue. Mais le meunier se tait, l'air sombre. Un silence embarrassé s'alourdit sur la pièce. Il est rompu par Jacques.

— Oh! que je suis content ! C'est gentil d'être venu si loin ! Bonjour x\ndré !

Ce dernier mot s'adresse au gros blond naïf, à peine un peu plus âgé que le petit malade.

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La ^lace est brisée. Très siinpleirKîiit, h' Irios'n^enouille au pied du lit, le porteur du Chi'ist au uiilieii Mais, avant d'entonner leui' chant, les enfants se consultent.

— Papa, insinue Jacques, il faut te mettre à genoux, toi aussi.

Le meunier l'épond par un geste agacé de refus. Cependant, Toeil de son lils est si chargé de prière et son propre cœur est si gonflé d'émoi que, malgré lui, ses genoux se plient vers le soi.

— 0 Crux Ave !... la voix des enfants, toute grêle et pourtant soutenue par un écho divin, remplit la triste chambre.

Puis, le porteur du crucifix se lève ; il vient offrir la' sainte image aux baisers du malade ; il la présente ensuite, en tremblant un peu, aux lèvres du meunier.

Celui-ci pâlit et recule. Il a peur. Il se sent frissonner jusqu'aux moelles. Une fureur le prend à la gorge, et contre ces bambins qui voudraient le contraindre à embrasser celui qu'il abhorre, et contre ce Dieu qu'il a trahi. D'un coup rageur, il va jeter dehors le Christ et les enfants. Mais, sur son poignet brutal, il a senti, tremblante et angoissée, la petite main de son fils, et, d'un coup d'œil rapide, il a vu le regard anxieux de son Jacques. Et son cœur tressaille, et son front se courbe et, tandis que sa bouche effleure, en frémissant, les pieds du Sauveur , l'enfant qui tient le Crucifix, sent couler sur ses doigts comme une rosée tiède.

Après quoi, sans dire un mot, Rémi Champain se redresse, ouvre un tiroir, y prend quelques sous, les

«lonne aux trois « chanteux », les regarde partir et r'evient à son fils.

— Papa, tu voudras bien, dis, que je sois enfant de (^hœur?

Mais Rémi Champain n'a pas entendu. Brusquement, sans répondre, il retombe à g^enoux, et d'une voix étrang-Jée :

— Mon Dieu, pardonnez-moi de vous avoir trahi, mais guérissez mon Jacques î

Nemours, Imp. Nemourienne, Henri Bolloy (4-08)

LA Moirr i)K i>r/rri^ .ip^an il)'5

(1(^ la (loiih'ur iMMili'.'iiii loiilr rn lui daiis la iMr>iii(', s(M'()ii(l(', airaiss('î sur* iiiir Iioiim' <•! la l('lr <'iilr(^ ses lïiains, s(^ iikH à san^lolrr.

Mais doux renimos oui |)îiss('; devant lui, |)arlanL ])ns et marchant vite ; un mot néamnoins Va i'rappù : (( la messe de minuit ». Le mallieureux se relève et les suit, sans savoir pourquoi, peut-être simplement pour n'être pas dehors^ sous la neige, et i>our avoir chaud, dans Téglise.

En un coin, tout près de la porte, une crèche est bâtie , toute charmante avec ses rochers en papier gris et sa neige de farine, avec, surtout, son petit Jésus en cire, aux yeux d'émail, tout rose sur la paille dorée, et gros comme un enfant « pour de vrai ))^ disent les bambins qui l'admirent. Pierre Bertrand s'approche, et, soudain, un coup violent le frappe au cœur ; l'enfant Jésus... mais on dirait, en vérité, que c'est son petit Jean ! Voyons, c'est une hallucination, c'est la vapeur du vin qui bouillonne encore au fond de son cerveau ! Ce n'est pas possible ! Et pourtant, plus il contemple l'enfant de la crèche et plus Pierre Bertrand se convainc du miracle extraordinaire ! Et vraiment, il n'est pas le jouet d'un rêve, et les yeux d'émail paraissent bien le regarder, et la chair de cire est toute palpitante de vie. Pierre Bertrand s'approche encore, une angoisse l'étreint, son cœur se fond, ses jambes refusent de le porter, il tombe à genoux devant la crèche. Et alors, la bouche entr'ouverte de l'Enfant laisse couler ces mots, d'une voix céleste, et que seul peut entendre Pierre : « Oui, père, c'est moi, c'est bien moi, votre petit Jean. Je vais vous apprendre une chose merveilleuse et que

nul ne sait ici-bas; c'est que, pendant la messe de minuit, TEnfant Jésus envoie, pour le représenter dans les crèches, les anges qu'il vient de ravir à la terre. Il m'a ordonné à moi^ de m'arrêter ici, dans cette église, où, par sa bonté divine, il dirigeait vos pas. Et, de sa part, je vous dis, père, qu'il faut croire et prier; car c'est ainsi seulement que vous pourrez rejoindre au ciel un jour maman et moi, qui sommes bien heureux là-haut et qui veillons sur vous ». Le lendemain, Pierre Bertrand alla planter, de ses mains, une humble croix sur la tombe de son petit Jean.

LE COMPAGNON DE UOUTl^.

D'une horloge voisine , un coup argentin tomba dans la nuit.

— Onze heures et demie ! maugréa Robert. Et pas un fiacre à la station, ni dans les rues! Pour la veillée de Noël ! Est-ce assez ennuyeux ! Je serai en retard et je vais m'enrhumer.

Malgré le chaud et moelleux pardessus qui couvrait son habit noir et son fin plastron de chemise, à fleurs brodées ; malgré l'épais foulard qui enfermait son cou, sa bouche et ses oreilles ; malgré les chaussons fourrés qui cachaient ses souliers vernis, Robert se sentait grelotter sous les pénétrantes morsures du froid; il était envahi, jusqu'aux os, par l'air dur et piquant de cette nuit glacée. Et la neige tourbillonnante, en dépit des soins qu'il prenait, glissait partout ses menus flocons, si jolis, mais encore plus sournois ! Descendue jusqu'au ras du sol, il la voyait remonter soudain, comme par trahison, sous ses vêtements les plus serrés, voltiger autour de lui, légère et perfide, et se pelotonner dans tous les coins et dans tous les plis.

Elle avait commencé vers les premières ombres du soir et tombait toujours, sans discontinuer, lente et monotone, exaspérante ; et les passants emmitouflés, qui se rendaient aux messes de minuit, trébuchant et

pataugeant sur l'humide et blanc tapis, où s'amortissait le bruit de leurs pas, semblaient des ombres dans la nuit.

Robert, furieux et gelé, continuait à courir en vain à la recherche de son fiacre. Il pestait, mâchonnant de gros mots sous l'épaisseur de son foulard ! Car il devait aller fort loin, chez un ami riche, habitant, au fm bout des quartiers neufs, au miUeu d'une rue très courte et silencieuse, un hôtel charmant. Là, cet ami donnait un somptueux réveillon, en compagnie joyeuse ; on souperait, l'on jouerait, l'on boirait surtout ; on s'exciterait enfin, dans la chaleur des vins généreux et dans la griserie de piquantes conversations, à mille et mille absurdes folies, jusqu'à l'hem^e où le jour pâlirait les flambeaux. Toute une nuit de plaisirs énervants et coûteux !

C'est de la sorte, en effet, que s'apprêtait Robert à passer la nuit merveilleuse, où Jésus descendit sur la terre et commença de souffrir pour nous. Cette nuit, jadis, était, pour lui, bien différente. A l'église, auprès de sa mère, une âme infiniment pieuse, il assistait à la messe, et, pénétré de ferveur, s'approchait de la Table sainte. Hélas ! cette mère chérie, cet ange gardien de son enfance, était morte, il y avait peu d'années, à l'âge où les passions jetaient leurs premiers feux dans le cœur de l'adolescent tendre et généreux, mais si faible et si inconstant ! Il s'était laissé entraîner, et, s'il avait gardé la foi, toujours vivante ainsi qu'un remords au fond de lui-même, il avait délaissé la pratique ; et il ghssait, de plus en plus vite et de plus en plus bas, sur la pente mauvaise.

Mais, en ce moment, sous la traîtresse invasion des

LE COMPAGNON T)K ROUTE lî)7

flocons glacés, pénctré de froid et exaspéré de colère, il ne song'eait qu'à Tennui d'enfoncer ses pieds engourdis dans la neige.

Là-J3as, au tournant de la rue, deux lanternes pâles surgirent tout à coup de Tombre épaisse et blanche. Après un soupir de bonheur, notre Robert héla fortement le cocher , au risque d'avaler toute une gorgée de froidure; il agita son parapluie, comme un télégraphe désespéré , jetant les petits flocons, autour de lui, dans une danse éperdue. Enfin, il eut la joie de voir se diriger vers lui, tout doucement, les deux lueurs jumelles, enveloppées de brume.

Au même instant, une voix tremblante et presque mourante, élevait près du jeune homme, une humbleprière, à peine formulée, aussi faible qu'un faible soupir de petit oiseau blessé. Robert tourna la tête. Un enfant était là, les pieds nus dans la neige, à peine vêtu de haillons en lambeaux, afl'aissé contre le mur, semblant n'avoir plus qu'un souffle de vie. Dans ses grands yeux brillaient encore une flamme ardente et profonde, éclairant tout ce visage amaigri, bleui par, la gelée, creusé par une soufl'rance précoce. Un flot de cheveux noirs, poudrés de neige, tombait sur son front, couvrait en partie ses joues, coulait jusqu'à ses épaules, à demi décharnées par l'horrible misère. A la falote lumière d'un bec de gaz, Robert avait lu tout cela, d'un seul regard ; et, malgré la neige tombante, en dépit du froid glacial et de l'humidité pénétrante, en dépit de sa colère à peine apaisée, il avait été frappe soudain de la singulière beauté qui, au milieu d'une intense douleur et de la mort prochaine envahissant ce corps frêle et frémissant, marquait encore

ce front d'enfant misérable à l'agonie. En même temps, cette torture du g-el affreux mordant la chair au travers des loques déchirées, lui empoignait le cœur comme une angoisse ; il grelottait, lui, sous sa fourrure épaisse et moelleuse ; eh bien, alors, et ce petit enfant? Quel ne devait pas être son martyre ?

Robert comprit qu'un grand devoir s'imposait à lui, tout à coup, entrait dans son existence, un devoir urgent, impossible à rejeter : il devait empêcher cet enfant de mourir ! Il se sentirait meurtrier, s'il laissait là, pour aller se réjouir, ce petit corps à moitié nu, dans la neige !

Mais comment faire ? On Fattendait là-bas ! Il ne voulait point manquer à son rendez-vous. Pourquoi donc fallait-il qu'il eût rencontré cet enfant ? Après tout, il n'en était pas responsable... Et, cependant, ces yeux ardents, à la fois pleins de vie et annonçant la mort, ces yeux qui le fixaient, qui avaient l'air de trouer son cerveau, d'y lire clairement sa coupable hésitation, ces yeux-là semblaient lui crier : Gain !

— Où. sont tes parents? dit-il au petit miséreux.

— Je n'en ai plus, murmura péniblement la mourante voix de petit oiseau blessé.

— Tu ne connais personne ?

— Non !

Et, pendant quelques secondes, tandis que le fiacre appelé s'arrêtait au ras du trottoir, la conscience de Robert fut comme un champ de bataille.

Donner de l'argent à cet enfant qui se mourait ? Quelle ironie cruelle! Il ne pourrait pas même le saisir entre ses doigts gelés ! Le porter à l'hôpital? Mais où donc était l'hôpital et comment y entrer, au milieu de

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la nuit? Rohoii n'avait jamais arrêté son esprit sur (Jo telles questions ! Et puis son rendez-vous, dont Theurc ap[)rocliaitî Que faire? Il ne voulait pas abandonner Tenfant; mais dans rpiel embarras cette rencontre inopinée le jetait !

Le cocher, descendu de son sièg-e, avait ouvert la portière et s'impatientait !

— Ma foi, se dit Robert, je serai peut-être raillé ; mais je ne vois pas d'autres moyens... En somme, on lui donnera toujours à mang-er quelque chose et on le couchera quelque part. Et puis, demain, je verrai.

Aussitôt, se tournant vers le petit être glacé, puis le prenant dans ses bras, froid comme un cadavre et léger comme une plume, il le coucha au fond de l'a voiture et jeta au cocher le nom de la petite rue lointaine où demeurait son ami.

Le cocher maugréa, furieux de la course trop longue et fort peu au courant des dédales du quartier neuf.

Robert, assez ennuyé au fond de cette compagnie et des multiples embarras qu'il prévoyait, était tout de même assez content d'avoir concilié le cri de sa conscience et le souci de son plaisir. Et puis, Tenfant avec ses grands yeux qui brillaient de reconnaissance et ses longs cheveux bouclés, était si joli, d'une beauté si étrange et si séduisante ! Il avait encore bien froid, le pauvre petit, dans la médiocre voiture^ où l'air du dehors pénétrait tout à l'aise : « Il faut pourtant le couvrir, se dit le jeune homme ! Et, murmurant contre la nouvelle obligation qu'il se sentait imposée par le hasard et par la charité, mais d'ailleurs trop généreux pour s'y soustraire, il retira son manteau de

fourrure et en enveloppa le petit corps gelé. L'enfant remercia par un sourire et par une larme !

Quelques instants plus tard, la forte sève de vie, qui coulait dans les artères de Tenfant, se réchauffait, reprenait le dessus, triomphait de la glace; et la langue du miséreux se délia.

L'enfant, qui semblait dormir, ouvrit les yeux, ses grands yeux d'un éclat lumineux et profond ; puis il dit :

— C'est à la messe de minuit, n'est-ce pas, que vous me conduisez? Car je sais bien que c'est Noël, aujourd'hui, et que j'avais tant prié le petit Jésus de me secourir. Bien sûr, c'est lui qui vous a envoyé. Vous me mettrez tout près de la crèche, aux pieds du petit Jésus, n'est-ce pas ! Là, j'aurai bien chaud et je serai si content.. . N'est-ce pas, mon bon monsieur l

— Oui, oui, dit Robert, un peu embarrassé ; car, dans un remords surgissant de plus en plus aigu, du fond de son cœur et des lointains de son souvenir, il revoyait ses messes de minuit d'autrefois, si pieuses, si aimées, si vraiment remplies d'une joie profonde et suave !... Et puis, cet extraordinaire enfant, quand il parlait de Jésus, il avait un accent si pénétrant, si délicieux, si chaud ; on vovait flamber dans ses beaux grands yeux un regard si brûlant et presque si mystérieux, que Robert se sentait, auprès de lui, étrangement ému. Un trouble profond l'envahissait : un regret de son existence passée, toute de ferveur et de foi, le serrait à la gorge ; une horreur de sa vie présente entrait en lui, comme un glaive !... Il se reprit un instant, tout de même ; ou plutôt, ce fut le démon qui le ressaisit dans sa griffe ; il secoua les saintes pensées

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de g'râce vA i\r> inis('ii*i('or(](* ; il voulut se [)lon^or, Jusqu'à la hou(', (jjins lo drsir des plaisirs grossiers qui rallcndaieiil au toi'uic de sa (îouiso... Mais, à co nionient préeis, reniant reprit la parole.

— Ma mère, un jour, m'avait conduit à la messe de Noël, dans une belle égiise, avec beaucoup de fleurs et de lumières...

— Et moi aussi , autrefois , interrompit Robert, comme dans un rêve, moi aussi j'étais conduit par ma pauvre mère à la messe de nainuit.

— Ah ! ma bonne petite mère aimée, continua l'enfant dont les yeux se voilaient d'un nuag^e de pleurs, quand elle est morte, elle m'a supplié : « Mon petit Robert, aime toujours le bon Dieu ! »

— Hein ! comment ! s'écria le jeune homme frappé d'un coup violent au plus profond de l'âme, et sursautant de surprise et d'émoi. Car cette même phrase avait été prononcée, pour lui aussi, par sa mère mourante... Incroyable coïncidence. Etait-ce Fenfant qui venait de lui rappeler ces mots solennels ? N'était-ce pas plutôt sa conscience éveillée qui avait parlé tout haut dans le silence et la nuit de son cerveau obscurci par le mal ?...

Le cœur bouleversé dans un trouble inouï, les yeux débordant enfin des pleurs du remords, de ces pleurs qui couvaient en lui , depuis vingt minutes déjà , depuis l'acte de charité qui avait ouvert à la grâce un tout petit coin dans son âme fermée , — Robert se retourna vers l'extraordinaire enfant.

Mais l'enfant avait disparu. Et Robert, en proie à la plus indicible émotion, jeta vers le ciel, et vers

sa mère^, avec ses sanglots, une supplication de miséricorde et un cri de reconnaissance !

En même temps le fiacre s'arrêtait, le cocher ouvrait la portière, avouait son ignorance du chemin.

— Nous sommes dans le quartier, ajoutait-il ; il y a là des gens qui entrent dans TégUse. On peut leur demander la route.

Une église était là, en effet, dressant dans la nuit, derrière le voile blanc de la neige, une façade noire où flamboyaient des vitraux éclairés par Tillumination intérieure. Et du clocher, tombèrent, dans l'instant, les douze coups solennels de minuit, tandis que Forgué éclatait majestueux et puissant.

— Inutile d'aller plus loin, dit Robert: je m'arrête ici ; — il descendit, paya la course et, quelques minutes plus tard, il se prosternait aux genoux d'un prêtre.

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