‹ Hydraulique agricoleChapitre 16 sur 92 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

8UITB DMB CÀICÂUl EOTAQZ DU PIÉHOHT^ hàMS LB8 PROVINCBS

D'iYltB KT DK ^nOlCIIl.

C*Mll 46 CallUM.

Dérivé^ Ttn le nilieu du xn* tièele, de la rive gauche de l'Orco^ sur le territoire de GastellamoDte, ^ ayant M kilomètres de longueur, sur 7 mètres de largeur, «et portant 10^,980(1), daMlaprorince dlyrée.

HUteriqne. — Le marécbal duc du Gossé-Brissac, seigneur feudataire de Caluso, couçut, en 1 556, le projet de doter d*un canal d'arrosage cette contrée, qui souffrait beaucoup de la sécheresse. Il obtint en conséquence, de Henri II, roi de France, la faculté de dériver le volume d'eau nécessaire, du torrent de rOrco, près de Gastellamonte, et de traverser, pour conduire ce canal à Caluso, les territoires dépendant des domaines royaux de Castellamonte, Bairo, Âglié, ainsi que ceux qui dépendaient du duché de Montferrat. En mai 1559, le maréchal de Brissac s'occupa de Tacquisition des terrains, et fit à cet égard, les conventions et transactions nécessaires, tant avec les particuliers qu'avec les communes.

Plusieurs de celles-ci, reconnaissantes d'un si grand

(1) 960 onces milanaises.

CÀITAUX lOTAUX. — CAHÀL DB CÀLUXO. 7fl

bkn&iit, procuré k la localité^ s'obligèrent spontanément à indemniser, sur leurs ressources disponibles, les propriétaires de terrains à céder ; ponr éviter ainsi les difficnltés et les retards qui auraient pu avoir lieu, si le fondateur du canal avait eu à traiter directement avec eux. Il résulta de là que, dès avant la fin de Tannée 1S60, ce canaU ouvert sur toute sa longueur, pouvait déjà fournir un assez grand volume d'eau, à l'irrigation et aux usinés.

Le duc de Savoie, Emmanuel^-Philibert, étant ren^ tré dans la possession de cette contrée, confirma par lettres patentes du 48 mars 4560, la concession faite au maréchal de Brissac. Mais celui «-ci, vers la fin de 4 562, aliéna à la marquise de Montferrat le fief du canal de Caluso, cession qui fut confirmée par lettres patentes du duc de Savoie, du 4 8 août 4 563 . En 4 594 , le duc de Mantoue, seigneur de Montferrat, céda de nouveau la propriété de cet ouvrage aux comtes de Valperga ; après quoi il subit encore divers changements de mains, qui finirent par entraîner de longs procès.

En 4746, l'acquisition du même canal ayant été proposée au duc de Savoie, Victor-Amédée II, ce souverain consulta son administration des domaines^ et celle-ci fit procéder, par des hommes de l'art, à une estimation détaillée, d'où il résulta que le canal de Caluso, qui ne portait encore que 72 onces d'eau (4), pouvait être acheté 4 67.21 0 liv. ; et rapporter un re-

73 PIÊHOIiiT.

vena net d'environ i p.* 100 de ce capital. Cette acquisition fat consentie» et le domaine royal de Piémont devint définitivement propriétaire de cette dérivation, le 17 avriM760, c'estp-à-dire deux cents ans après la date de son oovertare.

Depuis cette époque, diverses ordonnances de Charles-Emmanuel III eurent pour objet, Tagrandis^ sèment et ramélioration de ce beau travail ; le projet des galeries de Saint-Georges, dont il va être parlé plus loin; le prolongement du canal jusqu'à rétablissement royal de la Mandria, la reconstruction de la prise d'eau, en amont de son ancienne position, pour une portée de 30 roies ; Tadoption d'un module régulateur, enfin, plusieurs règlements importants, rendus sur la police des eaux, furent les principales améliorations effectuées sous le règne de ce souverain.

Ce fut vers 1786, que l'ingénieur Contini, qui était alors directeur des canaux royaux du Piémont, inventa, principalement pour le canal de Galuso, le module particulier, dont il est question dans le chapitre consacré à cet objet. Ce module, qui fut assez longtemps en usage sur plusieurs autres canaux du même pays, donnait ce que l'on appelle encore aujourd'hui, la petite once, once de Continij ou once de Caluso, dont le produit est de ^ au-dessous de l'once ordinaire de Piémont, Ce Aéme module, qui, sous le rapport de sa disposition, est analogue à celui de Milan, servit de base à toutes les concessions d'eau du canal, à partir de son acquisition par l'État. Ces an-

CâNADX EOTAUX. -* CANAL DE CALUZO. 73

ciennes concessioDs y existent encore, an nombre de 42.

Le roi Victor-Amédée III faisait ses délices da beau domaine de la Handria, où, vers la fin da dernier siècle, il avait naturalisé un troupeau de 3 à 4,000 mérinos, qui réussirent et fireat un grand bien dans le pays. Dans le mois de mars 1 801 , sous l'administration française, cet établissement fut mis en ferme et Ton y affecta 52 onces d*eau, à prélever sur le canal de Caluso, quantité plus que suffisante pour Tirrigation des 7.600 hectares dont se compose ce domaine. En 1 823, le roi Victor-Emmannel Taffecta spécialement, ainsi que le canal, à la société pastorale ; mais celle-ci ne peut faire de concession d*eau qu'à titre provisoire ; le gouvernement s'étant sagement réservé le droit exclusif de statuer sur les concessions à titre définitif.

DeMrlptlon et tracé. — Le canal de Caluso est dérivé, sur le territoire de Castellamonte, de la rive gauche de TOrco, au point même où celui-ci reçoit les eaux des deux torrents secondaires, de Piova et de Rivotorto. Sa dérivation s'effectue à Taide d'un barrage fixe, en maçonnerie; il traverse les territoires des communes de Castellamonte, Bairo, Agiié, San-Giorgio, Montalenghe, Orio, Barone, Caluso et Massé ; sa longueur totale est de 27.972", depuis sa prise d'eau, jusqu'à l'entrée du domaine royal delà Mandria, où il se termine, par l'épuisement de ses eaux, avant d'arriver à la Doire.

74 PitHONT.

Sa largeur est an plafond de 6"y?0y et d'environ 8 mètres à la surface de Tean. Sa profondeur moyenne au-dessous du niveau général de la campagne, de 2 mètres, et sa hauteur d'eau de 1*,âO. On évalue à 21 7 hectares la superficie totale du terrain qu'il occupe, y compris ses digues , francs-bords, canaux de fuite, etc.

Les pentes du canal sont très-considérables; mais j'ai peine à croire que la pente moyenne aille à plus de 3",70 par kilomètres , ainsi que cela résulterait d'un travail fait, en 1827, parM. TingénieurMichela; travail dont cependant j'ai été à même de vérifier l'exactitude, sur d'autres points essentiels.

Les ouvrages d'art les plus importants du canal de Caluso, sont les suivants :

1* La grande digue qui défend son embouchure contre les eaux de TOrco. En 1812, elle fut construite en pierre de taille, sur une longueur de 78 mètres, après une crue terrible, qui avait menacé d^envahir toute la partie supérieure du canal. Un grand déchargeoir et le partiteur de Castellamonte, font suite à cette digue. Aux abords, les berges sont revêtues de perrés sur une grande longueur. Dans le même lieu se trouve une maison de garde.

2* Les galeries de Saint-Georges, ouvrage remarquable, pour l'époque où il fut entrepris (1764); la première, nommée galerie Bioleto, a 693 mètres de longueur; la seconde, appelée galerie Fenoglio, a 723^*980 de longueur. Elles ont une section commune, dont les dimensions sont : S^^^OS au niveau du radier;

CAHAUX &OTACX. «- CARÀL DB CALDIO. 75

3*, 60 aux Daissaoces des voûtes qui sont en plein cinlret et 4",55 de hauteur sous clef. Les voûtes et pieds-droits sont en moellons , de fortes dimensions ; l'intervalle qui sépare ces deux galeries, ^est occupé par une tranchée de 43 mètres de longueur, dont 37 mètres sont recouverts par un pont-aqueduc , au moyen duquel les eaux du canal franchissent celles du petit torrent de Madenzone.

3* 27 ponts-canaux, parmi lesquels on distingue ceux de Malesina, de Rivo alto, de Louisetto, de Fe** noglio, etc. ; S3 ponts en maçonnerie, i travées sur culées en pierre, 8 ponts-canaux, entretenus par des particuliers et communes; total, 86 ponts ou'ponts* aqueducs.

4* 1 . 455 mètres courants de revêtement de berges, en maçonnerie à mortier, et 1 .372 mètres en pierres sèches; plus, 6.469 mètres dépavé sur le fond du canal, tant pour empêcher les filtrations , que pour lui conserver sa pente régulière.

On distingue encore, sur sa direction, divers ouvrages moins importants, tels que : maisons de garde, déchargeoirs, partiteurs et bouches de prise d'eau ; pour les dérivations secondaires, appartenant tant aux communes qu'aux particuliers. Ses eaux mettent en mouvement trois moulins , une forge et une filature; usines assez importantes, occupant ensemble 2% roues bvdraulique&

Portée, Taleur de l'eaa, Miperflele wtmaém, pHx de reaa.— te volume d'eau d^ivé par le ca-

76 PrtHONT.

nal de Calaso a été snccessi veinent augmenté. De 1760, époqae à laquelle il devint propriété domaniale, JQsqn'en ISGO, les concessions ne s'élevaient qu'à 326 onces de Gontini , ce qui correspond à 176 onces milanaises (1). Depuis cette époque, les améliorationsi successives rendirent ce canal capable de porter 38 à 40 roues de Gontini , c'est-à-dire 260 onces milanaises (2) ; c est eSectivement le volume d*eau qui y entre , et qui y a été constaté par des jaugeages exacts, faits en 1823 et 1824. Néanmoins, le volume effectivement distribué en arrosages n'est que de 227 onces, les 37 onces de différence, représentent donc la quantité d'eau perdue ou absorbée par les filtrations, par l'évaporation, ou par quelques abus dans leur consommation.

Nous verrons dans le livre suivant, que l'on a fait plusieurs fois, su ries grands canaux du Milanais, cette même comparaison, qu'il serait très-utile de répéter, dans l'intérêt de l'art des irrigations; car on arriverait ainsi à connaître quel est, moyennement, le déchet que doit subir, par les tiltrations, le volume d'eau, introduit dans un canal placé dans des circonstances données; en mettant à part, bien entendu, tout ce qui aurait lieu pendant les premières années, sur les canaux nouvellement construits.

On estime en Piémont, que l'once de Gontini irrigue 50 journées de terrain, de 38 ares chacune. Gela

CÀHÂUl ROYIUI. — CANAL DB CALUZO. 71

correspond à un peu plus de 35 hectares par once OQilanaise , de chacune 42 litres par seconde. Cela est bien en rapport avec les quantités d'eau employées dans les localités analogues; car^ sans les rizières, qui diminuent la superficie arrosée, celle-ci se calculerait à raison de 37 hectares par once ; ce qui, dans le climat du Piémont et du Milanais, correspond à remploi le plus économique de Teau ; pour les prairies et les cultures analogues. La superficie irriguée par les eaux disponibles du canal de Caluso, devrait être, d'après cela, de 7.945 hectares; mais il parait qu'il se perd un peu d^eau^ puisqu'en réalité, la superficie arrosée, n*est que d'environ 7.000 hectares.

De 1 760 à 1 800, le prix de l'eau s'est maintenu sur son ancienne base qui était de 2.000 à 2.500 fr. la roue de Gontini. Elle était donc cotée au taux trèsbas d'environ 335 francs l'once de 42 litres ; mais depuis, la concurrence a fait hausser ce prix jusqu'à 550 francs et plus; en location, bien entendu.

EMimatton dm eanal, dépeiuies, produite. —

L'administration des canaux, qui a opéré de grandes améliorations sur le canal de Caluso, ayant désiré, il y a environ vingt ans avoir une évaluation approximative du capital qu'il représente ; elle a été donnée, en 4 823, par les ingénieurs, ainsi qu*il suit :

fr.

Valeur da sol 40.000

Terrassements 195.000

Barrage, embouchure, canal d'amenée, etc. 35.000

A reporter 270.000

Report 1^0.000

Déchargeoir, partiteurs, maison de garde. . . 40. 000

Galeries S^'-Georges et pont-canal attenant. . • 300 . 000

Ponts et ponts-canaux en maçonnerie 85.000

Ponten bois 11.000

Rigoles et petits canaux en bois pour Tir-

rigation 1 .200

Murs de soutènement à mortier 30.000 «

Murs de revêtement à sec 40.000

Défense des rives et soutien des terres 1 .^0

Pavé sur le fond du canal 15.000

Parti teurs d*Arré, de la Mandria, etc 10.000

Frais de rédaction des projets et de surveillance des ouvrages 25.800

Dépense totale 839.200

La dépense annuelle pour Tentretien de ce canal est évaluée moyennement à 7.000

Les salaires d'employés, gardes et conducteurs, s'élèvent à 5.000

Total des frais annuels (1) 12.000

Les produits ordinaires du canal se sont augmentés, au fur et à mesure des améliorations qui s'y sont réalisées. En 1800^ lorsqu'il ne portait encore que 175 onces, le revenu annuel était de 23.533 francs, non compris le produit des concessions éventuelles, qu'il a toujours été d'usage de faire, à tant par jour,

(1) Rapponès à la dépense da premier établissement^ ces frais cerrespoa-

dent aux proportions snivantes :

Pour entretien proprement dit o'^84 p. 100. Poor majn-d'œayre. o'^60 p. 100.

Ensemble. V,u p. iOO.

Canaux aotàux. — produit AiiifUBL. 79

à tant par mesure de terrain. Il résulte d*UQ état dressé par ringénieur Michelotti , qu'en 1807, qui fut une année de sécheresse , ces concessions temporaires, ou éventuelles, s'élevèrent à plus de 1 4.000 fr. Dans Tétat actuel des choses , les produits nets du canal de Caluso ne figurent que pour 27.000 fr. dans Tadjudication des eaux disponibles des canaux du gouvernement ; mais cette adjudication ue comprend pas : 1"" le fermage des moulins et usines ; T le produit des 8 roues d'eau affectées au domaine royal de la Mandria, lesquelles, au prix ancien de SS.OOO fr. Tune, représenteraient 1 7.600 francs ; et représentent effectivement, aux prix actuels, plus de 30. 000 francs.

Récapitalation ila produit des eam disponibles des canaux du gouveraeinent^ en PiémoDt.

Ainsi que je Fai dit précédemment, la direction des canaux, successivement acquis par le gofivernement dans les provinces de Yerceil et d'Ivrée, est confiée à Tadministration des finances. Depuis 1 8S4, les eaux , restant disponibles sur ces canaux , sont afectées, par baux de neuf années, à des adjudicataires principaux, qui traitent senls avec les propriétaires riverains, pour la vente ou la location, en détail de ces eaux, dont le prix s*est successivement accru, à mesure que l'agriculture en a tiré un meilleur parti. Le bail courant qni date du 1*' janvier 1846, a donné , comparativement an précédents , des résultats avantageux* Voici comment sont actuellement

groupés, poar cette adjadicalion , les divers canaux qui viennent d'être décrits :

Les canaux dlvrée et de Gigliano, avec leurs principales dérivations, notamment 'avec le naviletto de la Mandria de Santhia, sont amodiés, en un seul lot, moyennant tt. la somme annuelle de 260.600

Les canaux del Rotto, délia Caméra et de Saluggia, forment également ensemble un seul lot, qui a été soumissionné pour. 83.200

Le canal de Galuso est affermé 27.000

Le nouveau canal d'Azigliano, dérivé du canal d'Ivrée, près Tronzano , rapporte environ 22.000

Le nouveau canal de Rive, dérivé du naviletto de Saluggia récemment achevé, rapporte aussi, k partir de 1843, environ 18.000

Montant total des eaux adjugées 410.800

Celte somme dépassera prochainement 500.000 fr. , d'aprè» les projets arrêtés et les travaux actuellement en conrs d'exécution, par les soins du gouvernement. Dans le total ci-dessus on voit déjà figurer, ensemble pour 40,000 francs, les deux canaux d'Âzigliano et de Rive, qui sont de construction récente; de sorte que de jour en jour leur produit doit s'accroître rapidement. . D'autres projets très-utiles dont je dirai quelques mots dans le chapitre suivant peuvent encore, s'ils sont mis à exécution , accroître considérablement les revenus que le gouvernement est en droit d'attendie de cet utile emploi de fonds. Ne perdons pas de vue toutefois que le revenu net,

CAMAl'l ROYAUX. -* PRODUIT ANNUEL. 81

produit par ia location des eaux disponibles d'un canal d'arrosage, est bien rarement une mesure exacte des avantages qu'il représente.

Car si, comme cela a lieu sur tous les anciens canaux, il y a eu des donations ou aliénations, les eaux, qai ne figurent plus que pour mémoire dans les produits actuels, n'en sont pas moins profitables que les autres à l'agriculture.

Si le fondateur du canal en consomme, par luimême, une certaine partie soit pour l'irrigation, soit pour des usines, ces quantités , qui ne comptent pas non plus dans la vente des eaux , ne sont pas pour cela des non-valeurs.

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