‹ Hydraulique fluvialeChapitre 111 sur 152 · CIRCONSTANCES QUI MOTIVENT LES DRAGAGES · texte numérisé non relu

CIRCONSTANCES QUI MOTIVENT LES DRAGAGES

S83. Importance de la question. — Souvent on décide qu'on n'entreprendra pas de dragages, dans la pensée qu'il en faudrait faire d'immenses pour obtenir un résultat. Cela peut être vrai dans la plupart des cas où on l'énonce ; mais il arrive parfois qu'on se trompe complètement. Ainsi, par exemple, il n'y a pas encore longtemps qu'on ccmsidérait des dragages sur les passes extérieures des ports du Pas-de-Calais et du Nord comme inexécutables, à cause des grands mouvements de sable qui ne manqueraient pas d'amener le remplissage des excavations. Cependant on obtient depuis quelques années des succès réels; on a l'espoir de maintenir 1",50 ou 2 mètres de profondeur supplémentaire à l'entrée de chacun de ces ports, au moyen de 100 à 150,000 francs de dépense annuelle.

La question des dragages prend donc chez nous une importance croissante.

Quelques pages consacrées à ce sujet provoqueront d'utiles réflexions, alors même que nous ne parviendrions pas à bien expliquer dans quelles conditions la drague doit ititcrvonir, pour améliorer et entretenir le chenal d(îs rivières navigables.

La première chose à faire, c'est de bnnnir de son esj^rit toute idée préconçue sur Timportance des volumes de matiîMcs solides débitées. On a vu que la Loire ne verse pas en réalité un demi-million de mètres cubes de sable par an à sa partie

maritime, au lieu des nombreux millions qu*un préjugé* général lui attribuait.

9H4L. Fonds résIsÉante. — Quand on rencontre dans lo thalweg d'une rivière une partie haute, à résistance exceptionnelle, il faut évidemment recourir à des dragages. Nous entendons ici par cette expression les déblais sous Teau, quel que soit le procédé mis en œuvre ; on a vu que M. Baumgarten a fait dans la Garonne de véritables déblais de rocher, avec des engins spéciaux. De pareilles opérations peuvent permettre de diminuer le nombre des barrages, quand on canalise un cours d'eau ; les roches situées vers l'aval d'un bief ne sont pas attaquées, mais on déblaye celles d'amont.

9SS. Ré^ipilarisations da lit. — Le tracé de l'ancien thalweg n'est jamais approprié à la situation nouvelle, créée par des travaux de régularisation. Tantôt la rivière pourra faire seule les remaniements nécessaires, tantôt il faudra lui venir en aide par des dragages. Ceux-ci auront au moins l'avantage de hâter la jouissance des améliorations poursuivies et de diminuer les encombrements en aval.

5SSG. Apports extraordinaires des crnes. — En général les amas accidentels laissés par les crues dans le thalweg d'une rivière bien réglée finiraient par disparaître ; cependant une crue peut accidentellement décroître trop vite pour que laremise en ordre ait lieu dans le temps ordinaire. Quand elle est très forte, elle peut aussi laisser après elle des matières d'une grosseur inusitée.

Il y a donc nécessité, immédiatement après la crue, de faire une revue de la rivière, comme le cantonnier parcourt sa roule après l'orage, pour aviser sans délai aux réparations indispensables, enlever les amas de graviers, faire des saignées dans les bancs accidentels du chenal, afin de faciliter l'action latérale des courants sur le sable et entraver l'enchevêtrement superficiel, etc.

M. Fargue, dans son mémoire de 1882 sur la Garonne, parle des masses de gros matériaux que poussent en avant les crues maxima. Les crues ordinaires ne pouvant les déplacer, l'arrêt de ces amas devient définitif : des parties fixes se trouvent intercalées dans le fond mobile de la rivière, sans que les courants puissent avoir d'action sur eux ; si le sol de la

s [. CIRCONSTANCES QUI MOTIVENT LES DRAGAGES 351

vallée manque dp solidité, c*est une cause de changement de lit par corrosion des berges. Dans tous les cas, il faut enlever artificiellement ces grèves dépaysées; <* il faut les draguer toutes les fois qu'elles se reforment. Ce serait déplacer, ce serait même compliquer la difficulté, que de chercher à s'en débarrasser en les poussant en avant au moyen 'de modificatitms introduites dans les formes du lit de la rivière. »

^S'Sf. Circonstances diverses. — Quand le marinier de la Loire, au temps où notre grand fleuve avait des mariniers, atteignait le fond avec sa perche à bout ferré, il trouvait : tantôt une surface se laissant pénétrer facilement ; tantôt une surface résistante.

Les grèves mobiles n'occupent pas toute la surfacç du lit ; les grains de sable s'arriment dans la position de plus grande résistance quand ils sont soumis pendant longtemps à des courants de direction constante.

Outre les dragages à faire dans les endroits de nature plus résistante ou dans un chenal nouveau en cas de rectification, ou sur des graviers qu'une crue extraordinaire peut amener dans une section à fond de sable, il peut donc y avoir lieu de désagréger les parties entrain de se durcir par l'arrimage de^s matériaux superficiels. Celte désagrégation sera d'autant plus facile qu\m y procédera plus souvent et à des instants mieux choisis. En cas de négligence un peu longue, un véritable dragage deviendra nécessaire.

98S. Curieux passade du mémoire de K,egronÈ et Chaperon. — Le célèbre mémoire de Legrom et Chaperon (Annales de 1838) renferme un passage intéressant sur l'arrangement « qui olfre le plus de résistance à l'action du courant, tant que celui-ci conserve sa direction primitive. »

« ... Les bancs de gravier déposés pendant lesbasses eaux, de la manière la plus convenable au régime en ce moment, sont attaqués pendant les moyennes et les hautes eaux, et vice versa. Leur déplacement est probablement alors favorisé par la disposition que les graviers aiïectent sous l'influence du courant qui les charriait. Cette disposition est assez curieuse poiir être mentionnée. Les cailloux roulés, dont la forme générale est à peu près celle d'un ellipsoïde à trois axes inégaux, se déposent par couches successives, dans chacune

desquelles ils se recouvrent comme des écailles de poissoas. Le grand axe de Tellipsoïde est horizontal et perpendiculaire au courant, et Taxe moyen fait avec l'horizon un angle de 20 à 30 degrés. Nous avons constamment observé (dans^le Rhin) cet arrangement, pour les plus gros galets comme pour les plus petits • cailloux, et il est clair que c'est celui qui offre le plus (le résistance à l'action du courant, tant que celui-ci conserve sa direetion primitive. Cette position devient, au contraire, d'autant moins avantageuse que la direction du courant vient à se modifier davantage. » Cela n'empêche pas, si Farrangement a eu le temps d'arriver à une quasi-perfection, que les galets ou cailloux ne forment un banc fixe, inattaquable aux courants ordinaires, tant que le départ des sables et graviers voisins n'en a pas rendu possible l'attaque latérale par dessous.

Page 1