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LES EAUX, LES GRAVIERS ET LES LIMONS

199. I^es graviers. — « Chaque rivière a une tendance k corroder ses rives et son fond ; son lit s'approfondirait ou s*élargirait indéfiniment, si des dépôts provenant des régions supérieures no venaient remplacer à mesure les matières minérales enlevées. » (Duponchel, Hydraulique agricole , p. m.)

Pour le Rhône français, il n'y a pas d'apports dos monta, gnes voisines des sources du fleuve, puisque le lac de Genève les intercepte au passage. Nous avons vu que pour la Loire il n'y en a pas non plus, ou qu'il n'y en a du moins que fort peu. Mais en outre, pour ce dernier fleuve, les affluents n'apportent à peu près, comme la section supérieure du fleuve lui-même, que des produits de la démolition des berges dans la plaine. Le Rhône reçoit au contraire un certain volume de matières solides amenées des montagnes par ses affluents de la rive gauche ; mais ce volume n'est pas très considérable. En eff'et, on est particulièrement frappé de ce que semble apporter la Durance, et quand on descend le fleuve il se trouve qu'il n'y a plus de galets à quelques kilomètres au-dessous de Beaucaire. Un homme qui connaît bien le Rhône, et l'a pratiqué longtemps, n'a pu méconnaître la force de cette simple re-

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marque. On pourrait concilier la petitesse du volume apporté au fleuve, nous a4-il dit ensuite, avec les signes certains de grands mouvements de graviers, en remarquant que ceux-ci correspondent surtout à des déplacements transversaux, diagonaux.

« Si la masse des eaux, le volume et la nature des alluvions, pouvaient rester constants et uniformes sur une certaine étendue de la vallée, on conçoit qu'entre ces quantités il s'établirait un équilibre parfait, les alluvions se déposant ou se déplaçant, jusqu'à ce que le lit ait acquis une section telle que la vitesse du courant soit précisément suffisante pour maintenir en état de suspension ou de transport les limons et les sables enlevés à la zone d'érosion.

« Il va sans dire que cette hypothèse d'une permanence constante de débit et de régime ne se réalise jamais; mais, suivant les circonstances, on s'en rapproche plus ou moins. C'est à ce point de vue, d'une moyenne seulement, qu'on peut dire qu'il y a équilibre dans le régime d'un cours d'eau. En même temps qu'il dépose sur certains points une partie des matières provenant des régions supérieures, il entraîne des dépôts précédemment fixés sur un point voisin, détruisant les anciennes formations pour en constituer de nouvelles. Incessamment remaniés, de plus en plus broyés, les matériaux des rives atteignent ainsi l'embouchure de station en station, se rapprochant de plus en plus de l'état final : les limons argileux ou calcaires et les sables quartzeux. » L'auteur (M. Duponchel, page 112) appelle zone de compensation la région comprise entre celle des sources, ou d'érosion, et celle des embouchures, ou zone de dépôt. Mais il arrive souvent que la zone d'érosion est bien plus étendue.

L'Arve charrie beaucoup. Les affluents entre l'Arve et l'Ain sont des torrents à fortes déclivités, charriant énormément Dans le bassin de l'Isère, par suite des travaux des forestiers, la partie supérieure fournit moins qu'autrefois; la Drôme, l'Ardèche, la Durance apportent leur contingent,

Dans leur important mémoire du 8 février 1843, MxM. Bouvier et Surell font remarquer que le lit du Rhône est bordé de rives s'élevant à un mètre au moins au-Jessus des eaux moyennes, qu'il est formé de sable, de limon, de gravier mal

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agglutiné ; mais que le pied est plus solide, parce que les plus gros graviers s'y accumulent à la suite des corrosions. Les eaux venant à monter, elles taillent dans ce sol friable ; la terre et le sable fin sont emportés. Quand les eaux montent davantage, il y a des changements dans la direction des courants, et des pans de terrain peuvent être séparés du continent. C'est surtout entre Pont-Saint-Esprit et Arles qu'il existe un grand nombre d'Iles ayant cette origine. 11 y a aussi des îlots plus bas, qui semblent avoir été formés dans le lit même du fleuve; les plantations qui s'y développent ou qu'on y fait provoquent des dépôts de limons. Les îlots qui n'apparaissent, guère qu'à Tétiage sont stériles'. Les auteurs signalent avant tout la nécessité de fixer les berges, ensuite de barrer les bras secondaires.

Les derniers affluents de la Durance, d'après M. Bouvier (1856), ne donnent pas beaucoup de galets; sur la grande longueur qui existe jusqu'à Tembouchure en aval de ceux qui en donnent beaucoup, la grosseur est réduite de telle manière que le Rhône puisse les rouler, quoique sa pente ne soit que le quart de celle de la Durance.

A Tcmbouchure de celle-ci, il n'y a pas de rehaussement du lit du fleuve; pas de seuil, pas d'amoncellement de galets faisant barrage. En aval il y a encore des apports, mais en petite quantité, par le Gardon.

A vingt-quatre kilomètres de la Durance, plus de galets. Vers la fin, on trouve surtout des galets plats, de l'épaisseur d'une pièce d'un franc.

198. E.es limons. — L'Arly, l'Arc, la Romanche et le Drac entraînent dans l'Isère des masses considérables de matières terreuses et calcaires. La même chose a lieu dans le bassin de la Durance, où tous les cours d'eau sont torrentiels.

Dans l'Isère, les petites crues ne contiennent qu^un limon maigre, sablonneux, plus nuisible que profitable aux terresi Les grandes crues laissent des dépôts fécondants. On explique cette différence de la manière suivante : Les petites crues

1. Dans son Mémoire de 1856, M. Bouvier signale aussi rinfertilité des bancs de gravier qui se sont élevés au-dessus d'un certain niveau sans plantations. Pas de limons. On ne réussit plus quand on veut les planter^

proviennent généralement des parties hautes du bassin, où elles ne sont guère en contact qu'avec des roches dénudées; les autres, inondant les parties submersibles du fond des vallées, s'y chargent de matières terreuses.

Les vases sont entraînées par le Rhône jusqu'à la mer, où elles allongent le delta. D*après M. Surell (mémoire du 30 mai 18i7) les eaux du fleuve, quand elles sont troubles, forment à la surface de la mer une couche grise, sous laquelle il suffit du sillage d'un navira pour faire apparaître la profondeur verte de la mer. Un flotteur est entraîné vers l'ouest, les ♦débris de navires sont toujours rejelés de ce côté, jamais dans le golfe de Fos. Au contraire, le delta du Nil est balayé par uu courant de l'ouest à l'est : Pour le navigateur, les courants côtiers sont toujours dirigés, dans la Méditerranée, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

« Ce n'est pas des attérissements que le Rhône forme en Languedoc qu'on doit être surpris; mais de ce qu'il n'en forme que dans le Languedoc, et que la Provence, qui en est à la même distance, en soit entièrement exempte. Une différence si m.irquée, entre deux provinces également contiguës au Rhône, ne peut venir que du courant qui règne sur les côtes de Provence et du Languedoc, et qui va du levant au couchant. » (Élie de Beaumont, Géologie pratique, p. 402.)

Les expériences de Remillat et de M. Surell constatent, en face du delta, des vitesses de O^jSO à 0",75. Le courant cesse quelquefois, et parfois même se renverse en chassant vers Test; mais cela n'arrive qu'accidentellement, et la chasse vers l'ouest est dominante. A dix kilomètres du rivage la profondeur est d'environ 100 mètres ; les troubles ne s'enfoncent que lentement. D'après les calculs de M. Surell, ils peuvent être portés avant d'atteindie ces fonds jusqu'à trente-six lieues par des courants de 0",30, huit lieues par des courants de 0"',07. Les sables roulent le long des côtes, où ils occupent une lisière de deux à trois kilomètres de largeur.

Si l'on place dans un flacon de Teau trouble du Rhône, elle ne sera bien clarifiée qu'au bout de quarante-huit heures d'un repos absolu. D'après cela, on ne peut être surpris que la vase de ce fleuve soit transportée facilement au loin par les courants.

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