DIMINUTION DU DÉBIT DES SOURCES
s'embarrassent pas pour trouver une cause indubitable à leurs yeux et, dans toutes les régions où une ville importante est venue capter les sources, c'est au captage de celles-ci qu'on attribue la baisse du niveau des puits.
Il est malheureusement impossible d'admettre cette explication aussi simpliste. Je dis malheureusement parce qu'en effet la question devient très importante et très inquiétante quand on s'aperçoit de sa généralité.
L'appauvrissement des nappes est attribué à beaucoup de causes : certains auteurs admettent que la première et principale influence est due à l'enfouissement progressif des cours d'eau souterrains. D'après ce que nous avons vu, il est évident qu'au fur et à mesure que le calcaire se dissout, les courants souterrains tendent à s'enfouir de plus en plus jusqu'au moment où ils atteindront la partie imperméable, sur laquelle ils reposent. M. Martel a montré par un certain nombre d'exemples^ l'influence de cet enfouissement progressif.
Ainsi, la Hermann's Hôhle à Rùbeland (Harz) possède plusieurs étages de lits desséchés qui confirment l'enfouissement progressif des eaux souterraines.
De même dans l'Ile de Pérégil, la fameuse grotte de Calypso, très probablement décrite par Homère, ne possède plus les quatre sources indiquées dans son Odyssée.
Cette hypothèse ne peut à elle seule arriver à expliquer pourquoi certaines sources tarissent. En 4905-1906, il est tombé beaucoup d'eau dans le bassin parisien. Un certain nombre de sources qui, depuis vingt ans environ, étaient taries, se sont remises à couler dans la vallée de l'Avre, par exemple. Une année très humide a donc suffi pour réparer en partie l'influence néfaste d'une série d'années sèches. Depuis plus d'un siècle on constate que les pluies et surtout les neiges deviennent moins abondantes dans nos climats. M. Houllier nie cette influence parce que
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dans le cours du xix« siècle il y a eu des périodes très sèches sans qu'on puisse trouver des tarissements aussi importants qu'actuellement. 11 ne faudrait cependant pas oublier qu'une série successive d'années sèches arrive forcément à avoir une importance très grande sur le débit des sources. Une série d'années humides serait nécessaire aux nappes pour redonner l'importance qu'elles avaient au début du xix« siècle. Jusqu'ici ce sont les années sèches qui sont les plus nombreuses, M. Houllier a donc tort de nier cette cause. Il élimine l'influence des forêts et accorde une part prépondérante à la culture intensive actuelle. Autrefois, on faisait de la jachère, actuellement on n'en fait plus, d'où un appauvrissement successif des nappes souterraines.
MM. Gosselet et Grossouvre prétendent à leur tour que la cause première de ce phénomène est la mauvaise répartition des pluies. 11 pleut moins en hiver, d'où un profit moindre pour les nappes souterraines. Ceci est très juste. D'autre part, pour M. Grossouvre, nous faisons tout pour perdre notre eau.
Le drainage, le curage, le faucardement favorisent l'écoulement des eaux vers les rivières et augmentent le ruissellement.
Il propose comme remède de rétablir les étangs qui permettraient d'emmagasiner l'eau de ruissellement de façon à en faire des rivières l'été.
Les deux problèmes de l'appauvrissement des nappes souterraines et de l'augmentation des eaux souterraines sont donc liés entre eux très étroitement. Les causes indiquées par MM. Houllier, Gosselet, Grossouvre, Martel, et résumées ici, ont une influence certaine.
Il est malheureusement encore impossible d'y apporter un remède scientifique absolument inattaquable. Le reboisement semble cependant actuellement la solution la plus pratique.