GÉNÉRALITÉS
En étudiant la qualité des eaux, nous avons eu l'occasion de montrer qu'il y a des cas où celles-ci doivent être stérilisées avant d'être consommées. L'action de la nature est souvent incomplète. L'homme s'est alors efforcé, en copiant celle-ci, d'augmenter artificiellement l'intensité d'action des procédés naturels d'épuration et de stérilisation des eaux dont nous avons parlé précédemment. Prenons un exemple. Un sol est-il insuffisamment filtrant? On fera passer l'eau, captée dans ces terrains, sur un filtre composé de grains de sable uniforme et bien filtrant, comme dans le filtre de M Miquel que nous verrons par la suite.
Au lieu de filtrer les eaux, on les traitera par un oxydant énergique comme l'ozone, le peroxyde de chlore, l'eau oxygénée. On obtient ainsi plus rapidement et plus complètement le même effet stérilisant qu'avec la lumière.
Il est évident que la nature ne semble pas tenir à faire une œuvre complète de destruction. Elle a pour effet de régulariser le développement des différents organismes, de façon que chacun vive et accomplisse sa fonction sans trop se nuire entre eux. Les microbes, DiÉNERT. — Hydrologie agricole. 21
tout au moins certains, qui, pour nous, sont des êtres nuisibles, accomplissent certains phénomènes de destruction qui sont nécessaires au maintien de la vie des organismes vivants. S'il n'y avait pas d'organismes de la putréfaction, que deviendrait la matière organique accumulée dans les organismes morts? De la matière inerte, perdue pour toujours et, à la longue, la vie s'arrêterait faute d'aliment.
La natiire, assurant la continuation de la vie de tous les êtres, ne peut favoriser l'un sans nuire à l'autre. L'agriculteur en fait très souvent la triste expérience. Toutes les fois que, artificiellement, il augmente trop vite ses récoltes, il ne tarde pas à voir arriver des insectes ou des maladies qui lui disputeront le succès de ses efforts. C'est la lutte perpétuelle des différents êtres, nécessaire pour la bonne harmonie de la vie terrestre.
Ceci explique pouixjuoi souvent, en cherchant à combattre jusqu'à l'extinction une maladie, on en développe une autre. Peut-être l'homme arriverait-il à son but, si ses efforts n'étaient que progressifs, et s'il se contentait de victoires successives mais lentes sur les germes qui l'accablent! Généralement, il cherche à obtenir très rapidement un résultat parfait. Il n'arrive qu'à détruire l'harmonie des conditions qui président au développement de son être.
Loin de nous la pensée de considérer que l'hygiène est inutile. Les résultats, obtenus à la suite d'une amélioration de la qualité des eaux d'alimentation, sont là pour attester de son utilité.
Mais la question qui se pose est la suivante : Doit-oa exagérer à l'excès les conditions naturelles de l'épuration des eaux? Est-il bien démontré qu'il soit avantageux de ne boire que des eaux sans microbe ?
Oa a essayé de prouver que la vie, sans microbes,, était possible.
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; Différents expérimentateurs ont, k ce sujet, fait une série d'expériences très intéressantes, qui semblent bien montrer qu'on peut, dans des conditions spéciales, obtenir le développement d'êtres vivants à l'abri de tous microbes. Cette vie a été relativement courte parce qu'il est très difficile de maintenir un organisme vivant hors de toute contamination. Rien ne dit que ces organismes, croissant plus longtemps à l'abri des microbes, eussent prospéré aussi longtemps et aussi vigoureusement que les êtres ordinaires. Mais quand un animal a vécu avec une association microbienne, il est très dangereux d'essayer de lui supprimer tout germe. C'est ce que MM. Charrin et Le Play ont essayé de prouver en expérimentant sur des lapins.
M. Metchnikoff, dans un article récent, fait quelques réserves, sur l'extension à l'homme des résultats obtenus par MM. Charrin et Le Play sur les lapins. Ce savant avance que les meilleures bactéries intestinales sont les ferments lactiques. Mais jusqu'ici, on n'a jamais trouvé d'intestin humain exempt de B. coli communis. Sa présence n'indique nullement son utilité, il est vrai, mais en l'absence de toute expérience démontrant le contraire, on peut se demander, à la suite des expériences de MM. Charrin et Le Play, si ce germe ne contribue pas pour une certaine part, à la digestion des matières hydrocarbonées et albuminoïdes.
L'eau apporte avec elle un certain contingent de microbes. Les aliments, et en particulier tout ce qu'on mange à l'état cru, en fournissent également une certaine part. La viande aussi n'en est pas exempte, quelquesuns même sont des plus dangereux, et provoquent, quelquefois, des cas d'empoisonnement graves. C'est pourquoi, rationnellement, on doit chercher à éliminer des eaux les germes dangereux, jeunes et virulents, absolument nuisibles aux organismes qui les absorbent. La surveillance des eaux de Paris est basée sur ce
principe (1). On cherche à éliminer de la surface du sol tous les germes jeunes et virulents qui proviennent des malades typhiques, cholériques, dysentériques, etc. avant leur arrivée possible dans Teau des sources. Il est évident que ce moyen, encore pratique pour une grande ville, est inapplicable pour une exploitation agricole. Nous avons déjà dit que Teau d'un puits ne peut être consommée sans épuration quand, à la suite des études indiquées dans la troisième partie, elles ont été reconnues contaminées, par exemple, par une ville située àTamont. Jusqu'à présent, tous les germes pathogènes de maladies hydriques de l'homme sont asporulés. Ce sont aussi les plus sensibles à l'action des antiseptiques, ce qui rend le problème plus facile. Tout procédé qui permet d'éliminer tous les germes asporulés est donc celui qui convient en la circonstance,
11 est évident que le procédé devra être d'autant plus énergique que l'eau est plus contaminée. Ainsi par exemple, une ville, s'alimentant avec une eau de rivière, ayant reçu des égouls en amont de la prise, devra stériliser cette eau très dangei^use par un procédé plus énergique que si celle-ci n'avait reçu aucune eau usée.
En résumé, l'élimination complète des microbes d'une eau est une opération trop exclusive et coûteuse. L'organisme humain ne se développe nullement à l'abri des microbes, il est donc superflu de stériliser complètement une eau, si on ne supprime pas les autres port es d'entrée des différents germes (air, aliments crus, viande, lait, etc.).
(1) La surveillance des sources de la Ville de Paris, créée par M. de Selves, préfet de la Seine, à la suite du rapport de M. Duclaux, comprend deux parties, l'une médicale, dirigée par MM. les D" A.-J. Martin et Henry Thierry, a pour but de connaître tous les cas suspects qui peuvent répandre sur le périmètre des sources, des germes jeunes et virulents, très dangereux. L'autre l)arlie, que nous dirigeons, s'occupe de délimiter le périmètre d'alimentation de ces sources, d'étudier les changements qui surviennent dans la composition vl In ((imlilé des eaux de sources, et de prendre, de concert avec In surveillance médiciio, les mesures de propjiylaxie nécessaires au bon état sanitaire des périmètres.