Mémoires et noies de M. Auguste Le Prévost, t. II
appartenir ou écheoir en la paroisse de Sain t- Jehan Jouste Mourcene. »
Un acte de 1501 semble constater que, sur le territoire actuel du Mesnil-sur-l'Estrée, on distinguait trois titres religieux : l'abbaye de l'Estrée, la cure du Mesnil et le prieuré d'Heudreville.
Cet acte concerne les dîmes des grandes et des petites Gastines et la dîme du Pont-Francbet ; mais il paraît bien certain que l'abbaye de l'Estrée était sur le territoire contigu de la paroisse de Muzi.
Le fief d'Heudreville appartenait au prieuré de Saint- Martin d'Heudreville ; il s'étendait sur les paroisses du Mesnil-sur-l'Estrée et de Saint-Germain-sur-Oise.
Le patronage de l'église de la Madeleine d'Heudreville appartenait au seigneur du Mesnil-sur-l'Estrée. Jean de Pilliers était seigneur avant 1415. Robert Button écuyer anglais, tint ce fief pendant l'occupation anglaise. Georges de Pilliers était seigneur en 1469. Ce fief passa successivement aux familles de Maliiel du Coustumel et de Nourry.
De 1629, époque à laquelle le prieuré de Saint-Martind'HeudreviUe fut agrégé à la congrégation de Saint-Maur, à 1789, les renseignements manquent. Nous savons pourtant qu'en 1674 le prieur, non-résidant, était Louis- Anne Aubert de Villeserin, évêque et seigneur de Senez en Provence, conseiller du roi en ses conseils.
Un acte notarié du 30 décembre 1770 nous apprend que le nouveau prieur, Henry-François de Montclair, brigadier des armées du roy, chevalier non-profès de l'ordre de Jérusalem, demeurant à Paris, rue du Cherche-Midy, donne le prieuré à bail à Jacques Saussey, laboureur. Dans ce bail il est dit que le prieur a droit de dîmes sur la paroisse d'Heudreville (Mesnil-sur-l'Estrée), de Saint-Germain, etc. Une rente de
quarante-cinq livres lui est due par le curé de Louvilliers. De son côté « ledict seigneur doit la somme de cinquante livres par chacun an, pour l'acquit de deux messes basses par chaque semaine que doit ledit seigneur prieur, plus celle de^ dix livres aussi chaque année à monseigneur l'évêque d'Evreux pour rachapt de son droit de visite dans ladite chapelle. »
Une pièce manuscrite de 1786 appelle le prieur du prieuré de Saint-Martin d'Heudreville « messïre Jean-François Abdias Deville vielle, prestre docteur de Sorbonne, seigneur temporel dudit noble prieuré, du fief de Saint-Grermainsur-Avre, du fief de Beaulieu, etc. »
Un érudit modeste, M. Jolibois, instituteur faisant fonctions de secrétaire de la mairie du Mesnil, avait donc raison de nous dire que les moines avaient cessé de résider à Heudreville bien avant la Eévolution. Dans le registre de l'état civil, en effet, à la date du 3 septembre 1786, il est dit qu'on vient de porter en terre un prêtre du Mesnil « ladite inhumation étant faite jîar F.-J. Daniel Dutrezet, directeur de l'abbaye de l'Estrée et en présence de plusieurs prêtres des communes voisines. » Or, il est certain que s'il y.avait eu des moines au prieuré d'Heudreville à ce moment, un d'entre eux, au moins, aurait assisté à la cérémonie funèbre et aurait signé l'acte de décès.
Jacquss Saussey, fermier du chevalier de Montclair, eut des successeurs qui perçurent la dîme due au prieuré tant que cet impôt inique exista. En 1712, le 31 mai, il est fait mention sur le registre de la paroisse du Mesnil à propos
1 . Voici les noms divers que porta la commune appelée aujourd'hui Mesnilsur-I'Estréo :
Le Mesnil (ou Monil) ;
Maijedeine (ou Madeleine) du Mesnil;
d'un mariage, d'un Jacques Pothey qualifié de receveur d Eeiidreville ; le 16 septembre 1721 le même registre contient l'acte de mariage de dame Marguerite Potey, veuve de Jacques 'F ewvca. ci-devant receveur du prieuré d' Eeudreville ; le 20 octobre 1742 le titre de receveur du prieuré se montre encore une fois, il est accolé au nom de Julien Lepouzé parrain d'un enfant.
Pendant cette longue période de moines, d'abbés, de prieurs et de i-eceveurs de dîmes, la valeur thérapeutique de l'eau du prieuré ne fut pas exactement appréciée ; elle ne pouvait pas l'être. On constatait, il est vrai, que l'eau d'Heudreville produisait des résultats surprenants, dans bien des maladies, — et notamment dans les affections de l'appareil urinaire, — mais ces effets, "naturels, d'un liquide élaboré au sein de la nature, on les croyait aidés, sinon produits par un pouvoir surnaturel. Le puits paraissait n'agir qu'à l'ombre du clocher :
En réalité, l'eau bénite nuisait à l'eau minérale.
Aujourd'hui ces origines ne signifient plus rien.
La chimie prend un liquide, elle le décompose, elle montre dans ses éléments constitutifs des principes propres à agir sur l'organisme, c'en est assez pour que la médecine les déclare siens. Qu'elle vienne d'un ruisseau sacré ou d'une
Magdeleine-sur-Heudreville (1728) ; Mestiil UeudrevilU ; Ileudreville ; Mesnil-suT-l'Eslrée (depuis 1793).
Parmi cos divers noms, celui qui est resté au prieuré est digne de remarque. Hciidroville, dont il est facile de voir l'origine étymologique ûJoip, signifie ù, proprement parler « la cité do l'eau )). Do telles fafons de dire no naissent jamais au hasard : Héliopolis no se serait jamais appelée ainsi si cllo n'avait pas été la ville de '/îXio; (le soleil) ; le territoire sur lequel naît la source du prieuré n'aurait pas reçu le nom do « Heudrevillo » si ceux qui l'ont baptisé n'avaient pas voulu montrer dans ses flots une eau douée do propriétés supérieures, « l'eau par oxcellonce. »
source profane, l'eau qu'on présente à nos académies est soumise aux mêmes réactifs. S'ils décèlent en elle la présence d'agents curatifs, les gardiens de la santé publique inscrivent son nom sur le livre d'or de la thérapeutique, sans se préoccuper de son origine. Les croyances de chacun sont respectées, mais la science reste laïque, c'est-à-dire positive. A propos de l'eau d'HeudreviUe elle dit : pensez, ô gens pieux, que les vertus de saint Bernard ne sont pas étrangères aux guérisons obtenues au moyen de l'eau du prieuré, c'est votre droit ; mais sachez que la chimie nous fait toucher du doigt les sels qui donnent au breuvage son action curative. Croire est bien, voir est mieux.
La science a vu, la religion peut croire.
Que ne peut-on ainsi mettre toujours d'accord la raison avec la foi, la tradition avec l'expérience.
Dans le canton de Nonancourt, à 35 kilomètres nord-est d'Évreux, sur le territoire de la commune de Mesnil-surl'Estrée, non loin du vaste établissement de papeterie et d'imprimerie fondé par Firmin Didot, une riante colline s'élève qui semble baigner ses pieds dans les rivières de l'Avre et de l'Estrée. Au point culminant de la petite montagne, un vieux bâtiment se dresse, dont l'architecture originale ti-anche sur celle des constructions modernes de la vallée; une chapelle assez bien consei-vée, un portique à cintre hardi, un corps de logis fait de cellules et de vastes salles, des voûtes taillées dans le silex, une terrasse soutenue par des murs, comme on n'en bâtit plus depuis des siècles, tout cela constitue les restes du vieux prieuré d'HeudreviUe.
Dans ces bâtiments, autrefois consacrés à la religion, la thérapeutique rationnelle a élu domicile. A l'endroit où les moines psalmodiaient du latin, des milliers de bouteilles s'alignent, remplies d'un liquide naturel bienfaisant ; l'appartement de l'abbé est devenu le bureau d'expédition, la salle du tribunal est transformée en atelier pour les emballeurs, le tintement de la cloche sonnant matines a été remplacé par le roulement du camion emportant les caisses d'eau nitrée au chemin de fer. Puisement, mise en bouteilles, bouchage, étiquetage, emballage, occupent tous les habitants du prieuré : nous allons dire quelques mots de ces diverses opérations ; mais, avant, il convient de décrire la source.
La source du prieuré d'Heudreville se fait jour au fond d'un puits de 37'",87 de profondeur, dans lequel la colonne d'eau occupait le 1^' avril 1866, une hauteur de 2"°, 25, d'après le rapport des ingénieurs des mines, en date des 26 et 27 avril 1866, mentionné dans l'an-êté ministériel du 5 octobre 1867 autorisant l'exploitation de la source pour l'usage médical.
Les parois du puits, dures, résistantes, et d'un aspect noirâtre, ne présentent pas la moindre trace de maçonnerie. Taillées à petits coups dans les couches alternatives qui composent ce terrain, elles font voir les cassures conchoïdales, les aspérités tranchantes et les saillies mamelonées que le pic produit au centre des couches de rognons siliceux agglomérés dans les terrains supercrétacés. L'acide carbonique de l'air qui, depuis des siècles, impreigneles parois du puits, a donné à ces murs circulaires une solidité qui défie toute crainte d'effondrement.
Le niveau de l'eau, depuis de longues années, s'est constamment maintenu, en hiver, à 2",25 ; il s'est élevé progressivement, en été, jusqu'à 3",75 et cela pendant les plus grandes chaleurs, alors que les puits des alentours se trouvaient entièrement taris, circonstance assez fréquente dans le pays.
En 1793, le prieuré d'Heudreville ayant été transformé en une immense ferme par M. Horeau, ancien maître des postes à Dreux, quatre journahers, spécialement occupés à puiser de l'eau pour abreuver quarante chevaux, vingt vaches et six cents bêtes à laine (sans compter les ouvriers de l'exploitation) ne firent pas baisser la colonne liquide. Ils tiraient du puits de quinze à dix-huit cents litres par jour et toujours l'eau se maintenait aux niveaux indiqués ci-dessus : 2'°,25 en hiver, 3'",75 en été.
Des vieillards du Mesnil-sur-l'Estrée racontaient, il y a dix ans, à M. Sarda-Grariga, ancien gouverneur de Bourbon, qui a longtemps habité le prieuré, que plusieurs fois on avait essayé de mettre le puits à sec, sans jamais réussir, sans même parvenir à abaisser le niveau d'une manière sensible, quels que fussent les moyens et le nombre d'hommes employés à cet effet.
Le procédé de puisement de l'eau minérale nitrée du prieuré d'Heudreville est simple ; il offre pourtant toutes les garanties qu'on est en droit d'exiger quand il s'agit de recueillir dans des vases, devant être transportés au loin, des liquides destinés à l'usage thérapeutique. Voici comment le mode adopté est décrit dans une lettre adressée à M. le Préfet de l'Eure, en réponse à une dépêche de S. E. le Ministre des travaux pubHcs, portant la date du 22 août 1868 :
« La première question qui s'est offerte a été de choisir le mode de puisement des eaux. La science des mécanismes nous offrait
des pompes ef toute la variété des engins élévatoires. Mais, avant de rechercher l'élcgance ou la nouveauté des organes, nous avons dû nous pénétrer des conditions locales et de leurs exigences. Par l'emploi de longues conduites de pompes, l'extrême profondeur du puits donnait fort à craindre de fréquemment compter avec des réparations difficiles; bien plus, la composition chimique de l'eau devait faire éviter pour elle tout contact métallique : nous nous sommes décidés, en conséquence, pour le mode de puisement direct, comme devant offrir, pour le malade, une entière sécurité, et, pour l'exploitation, une régularité absolue...
« Un treuil gigantesque est établi au-dessus du puits. Il sert à mouvoir des paniers de vingt-cinq bouteilles...
« Le treuil est à engrenages combinés d'une façon telle qu'un seul homme appliqué à la manivelle motrice suffit cà la manœuvre; des relais assurent une riche production journalière. En outre, l'axe de la manivelle motrice porte un jeu de pignons qui, selon que l'un ou l'autre engrène, permet d'accroître la vitesse d'ascension des paniers en raison du nombre d'hommes mis à la manivelle*.
« Dans le panier, chaque bouteille trouve son compartiment. Un couvercle à claire-voie vient embrasser les vingt-cinq goulots et complète la stabilité du système. Mais il fallait faire en sorte que la corde qui vient s'enrouler le long de l'arbre du treuil demeurât dans l'axe du puits jusqu'à ce que le panier eût dépassé la margelle. Ce résultat est obtenu à l'aide d'une disposition bien simple qui consiste à élever suffisamment l'arbre du treuil de manière à pouvoir guider la corde par des poulies. Deux poulies à gorge embrassent la corde; leurs chapes sont suspendues au moyen d'articulations, de telle sorte que le rouet de chacune puisse constamment se placer dans le plan que détermine l'axe fixe du puits et le brin de la corde qui va s'enrouler. L'une des poulies sert de guide pendant la première moitié de l'ascension, l'autre durant la seconde.
« Une fois le panier élevé quelque peu au-dessus de la margelle on le dépose sur un chariot qui roule sur une voie ferrée et qu'on amène à cet effet au-dessus du puits. Ce chariot se rend ensuite dans l'atelier de bouchage et d'étiquetage.
« Le léger décantage qui doit laisser dans la bouteille, au-dessus du liquide, la place voulue pour le bouchage, est réalisé à l'aide
Les (Icmandcs d'eau Tiitréo se multipliant, il sera installû un nmnégo ou une niacliinc à vapeur pour mettre le treuil on mouTemcnt.
d'un artifice que nous croyous très rccommandable, en ce qu'il est combiné pour ne rien perdre des richessçs salines que l'eau apporte du fond du puits. Il consiste à larguer d'un côté les élingucs en patte d'oie qui rattachent le panier à la corde du treuil, de manière à faire prendre à celui-ci, dans le puits, une inclinaison calculée une fois pour toutes et telle que les bouteilles ne s'emplissent que de la quantité voulue; si bien qu'une fois le panier déposé sur la plate-forme horizontale du chariot, les bouteilles se trouvent laisser tout naturellement la place nécessaire au bouchage. »
Après avoir été boucliées à la macliine et étiquetées, les iDOuteilles sont portées dans une salle dite « d'encaissage, » où l'on procède à la confection des colis.
On remarquera que dans le procédé de puisement que nous venons de décrire, les bouteilles se remplissent dans le puits et qu'elles sont tenues constamment à l'abri du contact de l'air. Cela permet la conservation à peu près indéfinie du liquide qu'elles contiennent. Quand on sait que bon nombre d'eaux minérales estimées se troublent, se décomposent, moisissent même après quelques mois de bouteille, on appréciera l'avantage de l'eau du prieuré d'HeudreviUe qui, tirée du flacon trois ans après avoir été puisée, n'a rien perdu de sa limpidité, de son bon gô'ût, ni de sa fraîcheur,
Entrant en plein au cœur de notre sujet, nous allons parler des maladies que l'on guérit et de celles que l'on prévient avec l'eau minérale du Prieuré d'HeudreviUe. Mais, pour suivre un ordre logique, nous ne dirons l'action curative de cette eau et son action préventive, qu'après avoir examiné les divers éléments qui entrent dans sa composition, éléments desquels découlent les propriétés physiques, chimiques, physiologiques et médicales du liquide que nous étudions.
L'eau du prieuré d'Heudreville est claire, limpide, d'un goût agréable, sans saveur prononcée. Sa température est inférieure à la température moyenne de l'eau ordinaire ; elle est au sortir du puits de 12°,5 ; sa pesanteur spécifique est de l'jOOOl. Par son aspect au moment du puisement et après sa mise en bouteille, comme par ses autres caractères physiques, l'eau du prieuré d'Heudreville ne diffère pour ainsi dire pas de l'eau potable ordinaii'e ; les gens les plus délicats, les femmes et les enfants ne font pas la moindre difficulté pour la boire, pure ou mélangée avec le vin qu'elle ne trouble nullement. Quand on la prend aux repas, elle constitue un breuvage frais dont l'agrément ne le cède en rien à celui des eaux de table les plus renommées.
Un rapport ' fait au nom de la commission des eaux minérales (M. Goblet, rapporteur) constate que l'eau du prieuré d'Heudreville précipite par l'oxalate d'ammoniaque et l'azotate d'argent ; qu'elle se trouble par l'addition de sels acides de baryte, que, par l'évaporation, elle laisse un résidu très blanc dans lequel on constate une forte proportion d'azotates.
Une première analyse, faite à l'école de Médecine de Paris, indiquait un résidu de 0^',996, contenant 0S'',640 de potasse et de soude.
L'analyse officielle faite au laboratoire de l'Académie, par M. Bonis, a produit les résultats suivants :
EAU DU PRIEURÉ d'hEUDREVILLE, i LITRE.
Azotates alcalins ." Ob'. 303
Carbonate de chaux 0 320
Clilorure de sodium 0 139
Carbonate de magnésie 0 090
Sulfate de soude 0 030
Résidu insoluble et perte 0 016
0 gv. 904
<. Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXXII, n" 17, page 721.
La lecture seule de ces chiffres suffit pour affirmer les propriétés essentiellement diurétiques de l'eau du prieuré d'Heudreville, — propriétés reconnues par MM, les Académiciens, membres de la commission des eaux minérales ; — mais un examen plus attentif va faire voir que les affections des reins, les maladies de la vessie et celles des voies urinaires ne sont pas seules guéries ou améliorées par l'usage méthodique de cette eau minérale.
Les médecins de tous les temps ont reconnu les services rendus à la thérapeutique par les azotates, qu'on appelait autrefois et qu'on appelle encore « nitrate » ou « sel de nitre. »
Théophraste, Dioscoride, Gralien, Pline, Mesué, Malthiole et tous les savants qui ont écrit depuis les origines de la science jusqu'à la fin du seizième siècle, s'accordent à dire que le nitre jouit de propriétés incontestables. Dans l'ouvrage classique de du Pinet', qui résumait, en 1572, ce qu'on savait en fait de matière médicale, nous relevons les passages suivants :
« Le nitre attire les humeurs qui sont congelées bien profond dans le corps
« Le nilre pris en breuvage avec vin guérit les trenchées du ventre ; enduit avant l'accès, il est fort bon aux fièvres périodiques ;
« Clystérisé avec eau chaude il résout toutes ventositez
(1 Distillé dans les oreilles boueuses il les guérit, aussi les tinlemens d'icelles
« Il est fort propre à l'hydropisie. »
1. Antoine du Vinni, Commentaires de .11. P. André Malthiolus, médecin senois. Lyon, à l'Escu de Jlilaii.
Les livres de médecine plus récents ne sont pas moins affirmatifs sur la question de l'action thérapeutique des azotates. Pour n'en citer que quelques-uns, nous allons ouvrir au hasard quelques ouvrages qui se trouvent dans toutes les bibliothèques des praticiens.
Dans le Traité de thérapeutique d'Alibert*, nous lisons :
« Les substances minérales propres à agir sur les propriétés vitales des voies urinaires sont assez généralement des matières salines. Il n'est qu'une seule de ces matières qui paraisse produire des effets constants, c'est le nitrate de potasse
« En général on a cru observer qu'après l'usage du nitrate de potasse le pouls devenait plus lent et moins vif, ce qui a donné îîeu de présumer qu'on pouvait en faire usage toutes les fois qu'il *'agît de modérer la susceptibilité nerveuse. M. Selig a soutenu, à Erlangen, sous la présidence de Délius, une thèse ayant pour titre : De moderando usu nitri in febribus putridis et malignis. Son but est de prouver que, dans l'épidémie qu'il a observée, il ne faut user qu'avec une extrême précaution de la méthode rafraîchissante. Mais est-il prouvé que le nitre n'agisse que par un semblable effet? J'ai fait naguère un grand nombre d'essais, à l'hôpital Saint-Louis, sur le mode d'action de cette substance, qui n'agit jamais mieux sur les voies urinaires que lorsqu'elle est étendue dans beaucoup de liquide. »
L'eau du prieuré d'Heudreville représente bien la solution telle que la voulait Alibert.
Martin-Solon écrit ^ d'autre part :
« A petite dose, le nitrate de potasse (sel de nitre) est un puissant diurétique dont la médecine a su tirer parti. A haute dose, il excite fortement la membrane muqueuse du pharynx et des intestins, et jouit de propriétés purgatives assez énergiques. »
A son tour, Orfila dit' :
L Nouveaux éléments de thérapeutique et de matière médicale. %' éiit, Paris. 4808, t. l.