EXTRAIT DES RECHERCHES DE M. BELGRAND
M. Belgrand , ingénieur en chef des ponts et chaussées, chargé du service hydrométrique de la ville de Paris, a bien voulu mettre à notre disposition un résumé des essais les plus intéressants qu’il a exécutés dans le cours de ses persévérantes recherches pour découvrir des sources propres à l’alimentation de Paris; nous sommes heureux de pouvoir publier ici ces précieux documents. C’est assurément le témoignage le plus considérable que nous puissions produire en faveur de la méthode hydrotimétrique et des ressources qu’elle offre pour apprécier rapidement la qualité des eaux, pour les comparer entre elles, et se rendre compte des moindres variations qu’elles présentent dans leur composition. M. Belgrand n’aurait certes pas entrepris un travail aussi étendu, s’il n’avait eu à sa disposition des moyens aussi rapides, aussi faciles et aussi sûrs que les procédés hydrotimétriques; encore moins aurait-il pu, sans leur secours, accomplir avec succès ccrrce enquête si remarquable et si utile.
Dans le cours de ses recherches, M. Belgrand a soumis au titrage hydrotimétrique les eaux de près de quatre
cents sources, et les a classées d’après la nature géologique des terrains d’où elles sortent et d’après leur ordre de dureté, exactement représenté par leurs degrés hydrotimétriques. Il les a partagées en quatre groupes principaux.
Le premier groupe comprend les
Sources du Morvan marquant de 1 à 7"
— du Green Sand et de la craie inférieure, de 7 à 12"
— des sables de Fontainebleau, de 6 à 22°
Le second groupe :
Sources de la craie blanche, de 12 à 17", 80
— des arkoses de l’infralias (terrain juras-
sique), de 11 à 19°, 50
— de la craie marneuse, de 14,50 à 22°
— du calcaire à entroques (terrain juras-
sique), de 16,90 à 21°, 50
— du calcaire de Beauce, de 17 à 25°
— de la craie blanche recouverte de terrain
tertiaire, de 17 à 27° ,50
— des calcaires oolitiques durs (terrain ju-
rassique), de «... 17, 50 à 26"
Le troisième groupe :
Sources des marnes vertes, terrain non gypsifère,
de 19,50 à 30°
— de l’argile plastique, de 20 à 35"
— des terrains oolitiques marneux, de. ... 21 à 34°
— des terrains tertiaires entre les marnes
vertes et l’argile plastique, de 21,50 à 46"
Le quatrième groupe :
Sources du lias (terrain jurassique), de 27,50 à 120*
— des marnes vertes, partie gypsifère, de. 23 à 155"
Les eaux du premier groupe sont chimiquement les plus pures et les plus douces. Elles sont excellentes pour adoucir par leur mélange des eaux qui ont une trop grande dureté. Il est à remarquer toutefois que si, sans les avoir mélangées avec d’autres eaux, on les distribue par des conduites en fonte, elles présentent le grave inconvénient de déterminer dans ces conduites la formation de tubercules ferrugineux qui les obstruent assez promptement.
Les eaux du second groupe sont toutes très-bonnes, on peut les prendre, pour ainsi dire, au hasard ; ce sont les plus belles et les plus agréables à boire. Il arrive quelquefois cependant qu’elles sortent des terrains tourbeux, elles perdent alors beaucoup de leur qualité.
On trouve encore de bonnes eaux dans le troisième groupe, mais il faut que les terrains où elles sourdent ne contiennent pas de gypse ; c’est alors qu’il faut savoir faire un choix.
Les eaux du quatrième groupe, celles qui sortent du lias et des marnes vertes recouvrant le gypse, sont toutes de mauvaise qualité, et ne peuvent être employées en boisson.
A la suite de ces données générales, M. Belgrand fait connaître les degrés hydrotimétriques des nombreuses sources du bassin de la Seine qu’il a examinées, et notamment de celles que possède la ville de Paris. Il donne des renseignements curieux sur les dérivations de la Dhuis, de la Vanne, de la Somme-Soude; sur les variations hydrotimétriques qu’éprouve le puits artésien de Grenelle après des années de sécheresse et d’humidité.
Enfin il indique les degrés hydrotimétriques de l’Yonne, de la Marne, de l’Oise et plus particulièrement de la Seine, à divers points de leurs parcours, et depuis leur source jusqu’à Paris.
Nous ne doutons pas que nos lecteurs, après avoir pris connaissance de l’intéressant travail de M. Belgrand, ne lui sachent, comme nous-mêmes, un gré infini de la publicité qu’il a bien voulu donner, par notre entremise, aux résultats de ses belles études.