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IV. — EYGIÈNE GÉNÉRALE

L'Hindou n'a aucun souci de l'hygiène et semble lui jeter un perpétuel défi dans tous les actes de sa vie. Par la force d'inertie qu'il oppose à toutes les mesures susceptibles de porter atteinte à ses mœurs et à ses habitudes, il est maitre chez lui. Dans toutes les assemblées locales, il a la prépondérance du nombre ; aussi tout ce qui est de nature à attenter d'une manière quelconque aux préjugés de castes, aux superstitions aussi variées que compliquées dont le code social hindou est encombré, rencontre de sa part une opposition systématique contre laquelle s'use à la longue la volonté la plus robuste. Les préjugés de caste, les prérogatives dont jouissent certaines classes sociales, viennent encore accentuer les résistances de la population aux mesures de préservation que l’on essaie de lui imposer. C'est ainsi que les maladies épidémiques, sans qu'il soit possible d'intervenir, peuvent se propager dans certaines familles que leur situation dans la hiérarchie des castes place au-dessus des règlements administratifs, tels les musulmans, par exemple, chez HA on ne peut pénétrer.

Il est inexact de croire que l’ Européen asservisse l'indigène à ses lois et le façonne à ses usages, c'est au contraire l'Hindou qui, par sa passivité, lentement, mais à coup sûr, absorbe et s’assimile l’élément métropolitain. Ce dernier, de guerre lasse, finit par se laisser désarmer. C’est ce qui explique les difficultés que nous éprouvons à introduire quelques notions d'hygiène dans ce milieu, réfractaire à toute innovation. Les préjugés de castes sont la véritable clef de voûte dela vie sociale chez les Hindous ; nous énumérerons les principaux statuts qui régissent les castes afin de mieux faire ressortir les difficultés contre lesquelles on se heurte à chaque instant, même dans les soins à donner aux malades :

1° Les individus de casles différentes ne peuvent se marier entre eux ;

2° Pour manger ensemble, il faut être de même caste ;

3° Les aliments doivent étre cuits par une personne de même caste ou par un brahme ;

4 Tout individu de casle inférieure ne peut toucher 2 substances cuiles, ni même entrer dans la cuisine ;

5° On ne peut faire usage d'une eau ou de tout autre liquide pollué par une personne de casle inférieure (les rivières et les étangs sont considérés comme élant à l'abri de loute souillure) ;

6° Certains produits destinés à l'alimentation, tels que le riz, le blé, doivent être rejetés s'ils ont élé effleurés par des mains impures et quand ils sont mouillés ou enduits de graisse ;

1° Il n'est pas permis de manger du bœuf, du porc ou du poulet.

Les manquements à l'hygiène, de la part des indigènes, ayant forcément une répercussion sur la santé des Européens, nous les signalerons succinctement.

Le grand défaut de l'Hindou est de n'avoir que des notions très vagues sur la propreté corporelle ; il se livre pourtant à des ablutons journalières, mais il les pratique indifféremment dansles rivières ou dans les étangs d'eau croupie qui sont à sa proximité. C'est là, également, qu'il procède à ses besoins naturels, soit dans l'eau, soit sur les bords. Avant de procéder à ses ablutions, qui consistent à se verser un peu d'eau sur le corps, l'usage du savon lui étant inconnu, il a soin de s'’oindre d'huile de coco. A Chandernagor, l'Hougly, le fleuve sacré, est le lieu préféré pour les ablutions ; les femmes y vont

Fig. 55. — Un marché à Pondichéry.

se purifier après chaque période menstruelle. Aux autres moments, les femmes ainsi que les hommes se livrent à cette opération dans les étangs creusés près de leurs habitations.

Cette pratique du bain a été l'origine de tous les étangs creusés pour un besoin qui joue un si grand rôle dans la vie de l'Indien. Ils servent, en effet, aux ablutions, au lavage des vêtements et de la vaisselle, fournissent du poisson ainsi que l’eau d'alimentation que l'indigène ne craint pas de puiser à l’endroit même où il a procédé à ces différentes opérations.

SOMMEIL. — Les natifs accordent à certains travaux, aux voyages et spécialement aux fêtes et aux plaisirs, le temps habituellement réservé au sommeil de la nuit. Ils dorment quatre ou cinq heures la nuit et font pendant la journée des siestes de plusieurs heures (Aubœuf).

HABITATIONS. — On retrouve partout chez l'Hindou la même nsouciance en matière d'hygiène. Quand on parcourt les rues et les ruelles de certains villages, on est surpris de la malpropreté qui y règne; les abords des routes sont couverts d'immondices et, dans es villages, les fumiers s’'amoncellent contre les maisons.

L'aspect intérieur des cases reflète l’incurie qui règne au dehors; a majeure partie des habitants, appartenant à la classe des parias, xivent ordinairement dans la plus lamentable misère ; ils s’entassent

dans des taudis immondes où ne pénètrent ni air ni lumière. Ces paillotes sont précédées d'un pandal, sorte de véranda où se fait la cuisine ; elle sert en même temps de lieu de réception et de dortoir pendant la saison chaude. C'est là que couchent pêle-mêle, sur des nattes étendues sur le sol souvent détrempé, hommes, femmes, enfants, n'ayant pour toute couverture qu'un pagne d'étoffe légère.

L'intérieur des cases n’est jamais lavé; on se contente de les badigeonner avec un mélange de boue et de bouse de vache, qui en séchant leur donne un aspect de propreté.

La bouse de vache est très utilisée par les Indiens; c’est, avec les feuilles sèches de cocotiers et de bananiers, le seul combustible dont ils disposent. Les femmes la pétrissent et en font des galettes qu'elles placent dans des paniers ou qu'elles appliquent contre les murs des paillottes pour les faire sécher.

L'hygiène de l'habitation laisse donc à désirer chez les parias ; il en est de même chez les Indiens de caste. Leurs maisons, entourées parfois de jardins dans lesquels est creusé un étang, semblent au premier abord plus confortables ; mais, en examinant en détail les différents appartements, on constate toujours le même dédain pour la propreté; dans les cours intérieures s'accumulent des détritus de toutes sortes ; les jardins ne sont pas entretenus; l'écoulement des eaux usées n’est pas assuré.

Dans certaines castes, les bœufs et les autres animaux partagent la demeure de leurs maîtres ; en tout cas, les étables sont à côté des maisons.

VÊTEMENTS. — Les Européens habitant l'Inde doivent, au point de vue du vêtement, se conformer aux prescriptions recommandées pour tous les pays chauds : vêtements blancs en coton pour le jour pendant la saison chaude, vêtements de drap léger ou de flanelle pendant la mousson de sud-ouest, surtout le soir et pendant la période des grandes pluies, qui produisent de grands écarts de température.

Les Hindous, très sensibles aux différences de température, ne sont guère plus vêtus la nuit que le jour. Le costume national comprend : une pièce de coton blanc enroulée autour du corps vers son milieu, passant entre les jambes pour venir s'attacher en arrière, tandis qu'une partie pend en avant au-dessus des genoux. Un châle, sans ourlet, sert de ceinture ou est drapé autour des épaules. Les. indigènes employés dans les bureaux portent un pantalon et une petite chemise sur laquelle ils endossent une sorte de lévite en coton, ample, boutonnée à droite pour les Hindous, à gauche pour les Musulmans. Ces derniers portent le turban à la façon des Turcs, tandis que les premiers ne se couvrent pas la tête.

Les natifs vont généralementpieds nus; quand ils portent des chaussures, ils les ôtent en entrant dans un lieu sacré et en présence d’un

supérieur. Les femmes, vêtues d'un corsage court s'arrêtant au-des-

sous des seins, enroulent autour de leur taille une pièce de cotonnade dont une partie descend jusqu'à la cheville; l'autre extrémité croise la poitrine en sauloir, masque le sein et couvre la tête comme un voile.

Les enfants des classes élevées restent nus jusqu'à l’âge de trois ans ; ceux des parias,' jusqu'à six ou sept ans; pendant la saison fraiche, les uns et les autres sont plus ou moins couverts, suivant le degré de fortune de leurs parents.

ALIMENTATION. — L'Européen trouve facilement à s'alimenter et à varier sa nourriture. Les viandes de boucherie, surtout celle de bœuf, sont un peu filandreuses ; le poisson estabondant et les légumes faciles à se procurer, sauf pendant la saison sèche.

L'alimentation des indigènes consiste’surtout en riz, blé ét autres graines, en poissons frais ou séchés provenant de la mer, des étangs ou des rivières. Les viandes de boucherie et la volaille ne sont consommées que par les Musulmans, les Hindous ne faisant usage que de chair de chèvre ou de bêtes fauves. Pour relever le goût du riz et du poisson, on y ajoute du carry, dans la composition duquel entrent les épices les plus variées : coriandre, safran, bois d'Inde, poivre de Cayenne et plusieurs espèces de piments. Certaines castes y ajoutent de l’Assa fœtida en assez grande quantité. Cette sauce, absolûment inabordable pour un palais européen, provoque, lorsqu'on y goûte, une sensation de brûlure ou de cuisson qui dure assez longtemps. Il est à présumer que, malgré l’accoutumance, elle n’est pas sans entrer pour une certaine part dans les nombreuses affections des voies digestives auxquelles les indigènes sont sujets. A l’action néfaste du carry vient s'en ajouter une autre, plus pernicieuse encore, provoquée par l'usage des boissons alcooliques. Certaines castes s'en abstiennent ; d’autres, sobres par habitude, n’y ont pas recours ; mais il n'en est pas de même pour toutes. Les liqueurs fermentées les plus répandues sont le callou et l'arack.

Le callou n'est autre que le suc fermenté extrait chaque jour, par sections transversales successives, du bourgeon floral du cocotier et du palmier, avant l'épanouissement de la fleur.

L'arack estune eau-de-vie préparée avec des moûts sucrés provenant du sucre de palmier, appelé Jagre dansle pays, ou de mélasses de basses qualités. Les procédés de distillation employés pour préparer cette boisson sont des plus primitifs et laissent passer des produits secondaires, qui, tout en lui donnant un goût spécial, augmentent singulièrement ses propriétés toxiques. Cette eau-de-vie est surtout consommée par les indigènes des basses castes et plus spécialement par les parias, chez lesquels on rencontre beaucoup d’alcooliques. Dans les classes plus élevées, on faitusage de liqueurs et surtout de cognac et de whisky. Cette habitude tend à se répandre de plus en plus, même parmi les femmes et les enfants, malgré les prescriptions formelles des lois de Manou.

Les mets sucrés entrent pour une large part dans l'alimentation d'un grand nombre de familles de caste, végétariennes par religion : Brahmes, Chettys, Commentys, etc.

Les Hindous ne boivent à leurs repas que de l’eau ou du lait ; l'eau est prise à la rivière, à l'étang ou au puits le plus voisin. Ces eaux sont généralement polluées par des détritys de toutes sortes et les matières fécales qu'on y déverse, quand elles ne sont pas souillées, comme dans l'Hougly, par les cadavres qu'on y jette.

Les gens aisés font trois repas par jour; le premier consiste en riz bouilli assaisonné au carry; le deuxième, pris vers uneheureet demie, se compose de quelques sucreries et surtout de soudaies, mélange de lait caillé et de jagre. Le soir on mange du riz au carry, le tout accompagné de lait caillé.

Dans les classes pauvres, l'insuffisance de l'alimentation vient se joindre souvent à sa mauvaise qualité. Nombreux sont les parias dans l'impossibilité d'apaiser leur faim, et qui en sont réduits à ne faire par jour qu'un repas composé de riz cuit à l'eau, relevé par une sauce au piment. Le soir, ils se contentent de boire l’eau qui a servi à la cuisson du riz. :

Dans les campagnes, les paysans se nourrissent de galettes contectionnées avec des graines de samé, de téné, de varagou et de kambou désignées dans le pays sous le nom de menus grains (1).

C'est aux femmes qu'incombent tous les soins domestiques ; ce sont elles également qui s'occupent des animaux.

Les Hindous, sans distinction de castes et de situation, font usage de la chique de bétel, constituée par des feuilles de bétel, de la noix d’'arec, de la chaux, du cachou, des graines de coriandre, de la cannelle et de la cardamome. Ils fument le tabac après lui avoir fait subir une préparation consistant à couper les feuilles en morceaux, à verser dessus du jagre dissous dans de l’eau, à pétrir le mélange et à le réduire en une substance pulpeuse propre à être fumée. Les natifs fument l’opium et le mangent ; ils le remplacent parfois par le chanvre indien.

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