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SCORBUT

de forme bien grave, et chaque malade traité a pu rejoindre son bord dans un temps variant entre quatre et quinze jours.

Fièvre typhoïde. — Celle maladie n'est pas endémique dans la population des iles; elle est importée par les navires provenant de France, sur lesquels embarquent des hommes déjà malades, ou véhiculée par l’eau de boisson prise avant le départ, dans des ports de la métropole où règne la dothiénentérie à l'état endémique.

De véritables épidémies ont été observées en 1902 et 1903 dans la flottille de pèche. L'origine en a pu être facilement établie : les deux principaux foyers ont été les navires le Château-Laffite en 1902 et le Burgundia en 1903. Les marins qui avaient pris passage sur ces bâtiments avaient présenté, en cours de traversée, de la diarrhée mise sur le compte de l’eau saumâtre bue à bord, et c’est précisément sur les hommes provenant de ces navires que les premiers cas de fièvre typhoïde ont été observés.

Des 84 cas de fièvre typhoïde, relevés à l'hôpital colonial en 1902, 51 concernaient des hommes provenant du Château-Laffite, alors qu'il y en eut seulement quatre ou cinq parmi les hommes amenés en même nombre par un second vapeur. Les autres furent observés chez des pêcheurs provenant de navires armés en France.

Des 119 cas de fièvre typhoïde soignés en 1903 à l'hôpital colonial, un très grand nombre provenaient du Burgundia, notamment les 10 ou 12 premiers. Il y eut 56 cas fournis par des navires armés en France.

La mortalité fut, en 1902, de 18 décès sur 83 cas, soit 22 p. 100, et en 1903 de 16 décès sur 119 cas, soit 13 p. 100.

Depuis 1903, la situation s’est beaucoup améliorée, par suite des dispositions prises pour mettre l'eau de boisson à l'abri des contaminations, el par suite de l'amélioration des conditions générales d'hygiène dans lesquelles nos marins sont embarqués et transportés.

Scorbut. — Cette maladie s'observe surtout en fin de campagne, sur les bateaux qui ont stationné longtemps sur les Bancs, sans venir s'approvisionner à Saint-Pierre. Il ne reste plus à ce moment de vivres frais à bord, et la nourriture ne comprend alors que du biscuit très dur et des conserves avariées. L'éliologie du scorbut est tout entière dans cette absence de vivres frais, et c'est bien à tort qu'on incriminerait la mauvaise hygiène des bateaux, les pluies incessantes ou d’autres causes. Les goélettes locales, en dépit d'une hygiène déplorable pour la plupart, n'ont pas de cas de scorbut, parce que dans le cours de la campagne elles viennent plusieurs fois se ravitailler à Saint-Pierre.

Loin de conférer l'immunité, une première atteinte prédispose à une seconde, une seconde à une troisième, qui peut survenir à plusieurs années d'intervalle. Cette seconde et celte troisième atteintes sont généralement plus redoutables que la première.

Il n'y a eu aucun décès à enregistrer parmi les 15 cas soignés à

l'hôpital, en 1902 et 1903, bien que plusieurs eussent revêtu des formes cachectiques.

MALADIES ENDÉMIQUES ET SPORADIQUES. — Le plus grand nombre de ces hospitalisations est dû aux affections aiguës ou chroniques du poumon. La fuberculose est fréquente parmi les pêcheurs, qui proviennent presque tous des côtes bretonnes, où elle est très répandue et reconnait les mêmes causes qu'à Sainlt- Pierre : misère physiologique et alcoolisme. Il y a eu pour ce genre d'affection 74 entrées en 1902 et 60 en 1903.

Puis viennent les embarras gastriques, les rhumatismes, les entérites, les angines, les laryngites, les troubles cérébraux, la paralysie générale, l'aliénation mentale, et toutes les autres maladies observées en France.

MALADIES VÉNÉRIENNES. — Dans le cours de ces deux années, je n'ai eu à soigner que 7 cas de syphilis et un nombre très restreint de blennorragies. Si ces maladies sont rares parmi les marins, il n'en est pas de même à Saint-Pierre, où la prostitution n'est l'objet d'aucune surveillance.

MALADIES CUTANÉES. — La malproprelé des pêcheurs et la promiscuité dans laquelle ils vivent expliquent suffisamment la fréquence de ces maladies parmi eux. La gale, en particulier, est très répandue.

MALADIES CHIRURGICALES. — Un grand nombre de ces maladies ont pour point de départ les plaies déterminées par les piqûres d’hameçons ou d’arèles de morue. Ces plaies, très simples à l’origine, s’aggravent, en raison du manque de soins et de propreté à bord, et deviennent abcès, phlegmons, panaris, qui, au retour de la pèche, nécessitent l’ablation soit d'une phalange, soit d'un doigt, soit même d'un membre.

On observe aussi chaque année plusieurs accidents dus au perrier, petit canon dont se servent les goélelles pour annoncer leur présence, et dont l'utilité est très contestable.

En dehors des amputations de doigts ou d'orteils, qui sont chose courante à Saint-Pierre, il se présente un assez grand nombre de cas chirurgicaux nécessitant des opérations importantes, trachéo- Lomies, ampulalions des membres, empyèmes, etc.

On observe assez fréquemment des cas de congélation partielle.

MORTALITÉ. — La fièvre typhoïde et la tuberculose sont les principaux facteurs de morbidilé et de mortalité. Sur les 29 décès enregislrés parmi les pècheurs en 1902, 5 se sont produits sur les navires armés en France et 24 sur les goélettes armées dans la colonie, ce qui donne un pourcentage de 0,75 p. 1000 pour les premiers et de 16,5 pour les secondes. Les proportions ont été les mêmes en 1903.

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