‹ Hygiène colonialeChapitre 14 sur 194 · AGE · texte numérisé non relu

AGE

Si les troupes coloniales françaises ont présenté, jusqu’à ces dernières années, une mortalité qui a pu s’élever jusqu’à 4o et 5o p. 100, elles le devaient à la trop g-rande jeunesse de leurs effectifs à peu près exclusivement composés d’hommes de i8 à 25 ans. A partir de l’époque où les vieux soldats ont fig'uré en plus g’rand nombre dans leurs rang-s, les rég-iments coloniaux ont vu décroître le chiffre de leur mortalité (i).

Depuis long’temps les Ang-lais n’admettent dans leurs rég-iments de l’Inde que des hommes âg'és de plus de 21 ans. Lord Wolselej demandait que les soldats ang-lais ne fussent pas envoyés dans les colonies avant 22 ans. Il serait encore plus sag-e de reculer cette limite jusqu’à 25 ans (2). Le recrutement d’hommes de cet âg-e est possible pour les entreprises qui n’ont besoin que d’un faible effectif.

Après 4o ans les eng-ag-ements ne peuvent être acceptés que de la part d’individus appelés à des postes sédentaires, n’exécutant pas des travaux de force. A partir de cet âg-e les tares org-aniques se multiplient et leur évolution est accélérée par les pays chauds. L’homme arrivé à la cinquantaine et encore en bonne santé vit bien dans les pays chauds salubres s’il est soumis à une hyg'iène sévère et à une médiocre activité. Il peut encore dirig’er une entreprise commerciale ou industrielle, mais après 60 ans le fait devient exceptionnel.

Les enfants au-dessous de 5 ans ont une mortalité très élevée dans les pays insalubres : elle a été évaluée à i48 p. 1000 au Beng-ale. A partir de cet âg-e, elle diminue beaucoup, mais est "encore de 17,73 à ii,5o p. 1000 au Beng-ale, moyenne supérieure à celle des pays tempérés. Si, dans

(1) Expédition du Dahomey :

Infanterie de marine (jeunes soldats^ = g5 p. 100 de déchet. Légion étrangère (vieux soldats) = 5o p. 100 —

La proportion à Madagascar est égale lorsque l’infanterie de marine est composée de vieux soldats.

(2) Di" G. Reynaud, l' Armée coloniale, 1892.

les Indes Néerlandaises, la mortalité infantile est très faible (Stokvis) cela s’explique parce qu’on ne trouve pas dans la population européenne ces enfants pauvres des g-randes villes qui contribuent tant à rehausser le chiffre de la mortalité ; partout où l’on a affaire à une population pauvre la mortalité infantile s’élève, sûr indice de conditions hygiéniques mauvaises.

Dans les colonies salubres comme la Réunion (i) autrefois et la Calédonie, dans les colonies assainies comme l’Algérie, la mortalité infantile européenne devient très faible, car les enfants ont un bien-être supérieur à celui de la classe correspondante d’Europe et sont moins exposés aux contagions.

En résumé, il est possible d’emmener les enfants déjà sevrés dans les pays chauds salubres, s’ils doivent y trouver un bien être matériel suffisant et si les parents ne doivent pas être soumis à des travaux peu rémunérés et à la misère. Dans les pays chauds insalubres, les enfants appartenant aux classes aisées pourront seuls être emportés et il sera prudent de ne leur faire subir cette transplantation qu’après Tâge de cinq ans. Si les parents doivent se livrer à une exploitation agricole nécessitant les défrichements, où tout sera à créer, ou bien si leur profession exige des déplacements fréquents ils seront plus sages en laissant leurs enfants en Europe jusqu’à ce que les conditions d’existence soient changées.

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